Cette rubrique suit l’actualité éditoriale et présente les
derniers ouvrages reçus par Poezibao.
Il ne s’agit pas de fiches de lecture ou de notes critiques et les
présentations font souvent appel aux informations fournis par les éditeurs.
Parmi les très nombreux ouvrages reçus
cette semaine : un livre de l’auteur lauréat du Prix Européen de
Littérature, Tadeusz Rozewicz, chez Arfuyen ; une
première parution de Jérôme Lhuillier, En cette grande époque, chez Flammarion ; Je voulais m’en aller mais je n’ai pas bougé, de Jean-Jacques
Viton chez P.O.L. ; trois essais d’Arnaud Buchs sur
Yves Bonnefoy, intitulés Une pensée
en mouvement ; une plaquette de Gabrielle
Althen, Falloir ; un texte de Jong N. Woo, L’Ébranlement, avec des dessins de
Alexandre Hollan ; Paysages
maintenant, un recueil de poèmes de Michaël Batalla et
enfin que la musique, de Marie-Florence Ehret.
Tadeusz Rozewicz
Regio
traduit du polonais par Claude-Henry du Bord et Christophe Jezewski, Prix
Européen de littérature, édition bilingue, Arfuyen, 2008, 18, 50 €
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J’ai signalé hier l’attribution du Prix Européen de Littérature
à ce poète polonais plusieurs fois mentionné pour le Prix Nobel et dont l’œuvre se caractérise par sa
radicalité et son universalité. Né en 1921, poète, dramaturge et nouvelliste,
Rozewicz appartient à la génération qui a eu vingt ans dans un pays martyrisé
par les nazis et il a vécu sa maturité sous la dictature communiste. Son œuvre théâtrale
a été largement traduite en anglais et en allemand, mais reste largement
ignorée en France où seulement deux traductions de ses poèmes étaient jusqu’à
présent disponibles, l’une chez Actes Sud (1990), l’autre chez Buchet Chastel
(2005). Au lendemain de la guerre, foudroyé par le poids de l’Histoire, il
invente une poétique nouvelle : rupture avec le vers classique, abandon de
toute métaphore, crudité et rugosité de la langue.
Ce livre donne l’intégralité d’un des grands recueils de la maturité de
Rozewicz, Regio (1969) ainsi qu’un
choix de poèmes extraits d’une dizaine de ses autres recueils.
Je publierai cette semaine la fiche bio-bibliographique de Tadeusz Rozewicz et
donnerait des extraits de ce livre dans l’anthologie permanente.
Jérôme Lhuillier
En cette grande époque
Flammarion, 2008, 15 €
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Il est très rare, en
cette grande époque (l’intitulé est bien sûr ironique) de rencontrer un
projet poétique aussi ouvertement lié que celui de Jérôme Lhuillier à la remise
en cause du monde qui est le nôtre, aujourd’hui. Pas sur un mode vindicatif cependant
dans ces pages d’une grande retenue et d’une belle densité formelle. Et avec
des références qui tournent autour de la littérature, du côté de Dante ou de
Pound plutôt qu’autour de textes militants ou d’articles de presse. Ces poèmes
attaquent au vitriol la vacuité et les impostures du monde contemporain et son
inquiétant nivellement culturel en une écriture incisive, cinglante.
Jérôme Lhuillier est né en 1971 et il a publié une première suite poétique dans
l’ouvrage collectif Venant d’où, édité
par Flammarion en 2002.
Jean-Jacques Viton
je voulais m’en aller mais je n’ai pas
bougé
P.O.L. 2008, 16 €
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J’ai eu l’occasion de signaler l’initiative de l’éditeur P.O.L.
qui a publié d’abord les textes de ce livre en un feuilleton, dont les épisodes
étaient envoyés chaque jour, par courrier électronique, sur simple demande et
en format pdf.
Cette manière de faire, élégante et novatrice, déjà pratiquée à plusieurs
reprises par P.O.L. a permis de goûter, jour après jour, les très beaux poèmes
qui composent le livre de Jean-Jacques Viton.
On peut trouver ici tous les renseignements sur le feuilleton P.O.L.
et un extrait du livre de Je voulais m’en
aller mais je n’ai pas bougé.
Arnaud Buchs
Une pensée en mouvement
Trois essais sur Yves Bonnefoy
Galilée, 2008, 20 €
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Arnaud Buchs propose ici trois essais consacrés à l’œuvre d’Yves
Bonnefoy, « on ne trouvera rien de définitif dans ces pages, mais plutôt
le désir de marquer les étapes d’un cheminement – celui du sens – »
En trois mouvements, Arnaud Buchs tente de partir sur la trace de ce sens, qu’il
cherche dans l’écart, la tension au cœur même de l’écriture entre ce que « disent
les mots et ce qu’ils font », notamment au travers des trois livres d’Yves
Bonnefoy consacrés à la peinture de Zeuxis ; ce sens il le cherche ensuite
« dans l’épaisseur des années, car le sens de l’œuvre s’imprègne du temps
qui la traverse ». Un troisième mouvement se dessine « qui interroge
le sens lui-même pour en faire un seuil ».
Trois essais, trois temps, trois mouvements pour un parcours dans l’œuvre d’Yves Bonnefoy.
Gabrielle Althen
Falloir
Revue Poésie en voyage, La Porte, 2008
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L’éditeur propose, sur abonnement (18 € pour six numéros),
de toutes petites plaquettes au format à l’italienne (10 x 14, 5 cm), comme
autant d’occasions de mettre l’accent de façon privilégiée sur un poème ou un
court ensemble de poèmes d’un auteur. Ici Gabrielle Althen dont on aime
retrouver « La parole chaque fois conduisant à la porte du temps / Non
loin de la colonne vive du malheur.
Jong N. Woo
L’Ébranlement
avec des dessins de Alexandre Hollan,
Éditions Jacques Brémond, 2007, 20 €
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« Jong N. Woo, née à Séoul, écrit directement en
français. Aucune allusion dans ses poèmes à une culture lointaine, mais ils
nous apportent une vision de l’alternance qui fait mouvoir le monde. Ils sont
accompagnés de dessins d’Alexandre Hollan,
placés en vis-à-vis, dans un accord parfait. »
J’emprunte ces mots à Françoise Hàn dont on peut lire une belle note critique
de ce livre ici
Michaël Batalla
paysages maintenant
Jean-Michel Place, 2007, 8 €
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Michaël Batalla s’explique lui-même de son projet, au début
du livre : « J’ai entrepris un travail systématique d’observation des
paysages qu’il m’est donné de découvrir au gré de mes déplacements et ce
travail d’observation m’a conduit à l’écriture d’une série poétique intitulée paysages maintenant. Ajoutant « j’aurais
sans doute pu être un peintre de motif ».
Voici donc une série de poèmes dont le « sujet »
est le paysage, descriptions objectives certes mais qui comme le souligne
Michel Collot dans sa postface (se souvenir ici que Michel Collot a écrit un
essai réputé, Paysage et Poésie, en
2005 chez Corti), sont faits du point de vue d’un sujet à la subjectivité
irréductible et fondamentale. Et si « leur énoncé tend à éliminer toute
trace de lyrisme, ils n’en reposent pas moins sur une énonciation de type
lyrique, expression d’un "je-ici-maintenant" »
Marie-Florence Ehret
que la musique
L’arbre, 2007, 12 €
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L’instant
ne passe pas il
ploie sous son chargement d’images
plie les genoux comme
le chameau devant le chas de l’aiguille
Une poignée de beaux poèmes de Marie-Florence Ehret, publiés
avec un grand soin éditorial par L’Arbre, une très petite maison d’édition
située dans l’Aisne et à laquelle on peut s’adresser directement (Christine
Brisset-Le Mauve, 7, route d’Hameret, 02370 Aizy-Jouy.