Ce 9 novembre 2006, Village Voice, la librairie anglophone de la rue Princesse à Paris, accueillait la poète américaine Marilyn Hacker à l’occasion de la parution de Essays on Departure en Grande-Bretagne. Un livre qui est à la fois une anthologie, selon le principe des Selected poems en vigueur dans le monde anglo-saxon, mais aussi une nouvelle parution avec des poèmes encore inédits en livre.
Mary Blaine Campbell a introduit la lecture de Marilyn Hacker et a bien voulu me confier son texte dont je propose ici une traduction.
Essays
on Departure
par Mary Baine Campbell
Il
y a beaucoup à dire sur le titre du nouveau livre de Marilyn Hacker : pas
seulement en raison de la métamorphose qu’il opère sur la forme de l’essai ou du
jeu de mots sur départ*, car les lecteurs de Montaigne, que la poète aime tant,
savent de quoi il en retourne.
Pas non plus en raison du mot départ lui-même,
qui est la forme par excellence du commencement : nous n’en connaissons
pas, pas même la naissance, qui ne soit un départ. « Commence » est
en effet le titre du dernier poème du recueil et « commence » le
dernier mot qu’il nous adresse
Là
où le renard a faim, hésite, se fatigue
Commence
la trace qui conduit les chasseurs à sa tanière
Essays on departure avait une raison supplémentaire d’occuper mon
attention cette semaine : j’ai lu le livre, le ventre noué, suspendue aux
sondages concernant les élections américaines, de peur qu’elles ne soient volées
une fois encore par les forces obscures responsables de la mort et de la
dévastation auxquelles ces poèmes se confrontent et dont ils triomphent. Et le
livre m’a donné la volonté de continuer, de m’éloigner de tout cela et de recommencer,
une fois encore.
sauveurs, de martyrs et de sages
indispensables, une histoire du XXe siècle et du XXIe
siècle naissant, un atlas des rues de Paris, et une introduction à l’œuvre de
cinq magnifiques poètes contemporains. Un thésaurus du Tout, oui.
Mais beaucoup
plus que cela : le témoignage d’une des vies les plus riches et les plus
ardemment vécues et aimées de notre littérature.
J’ai
terminé Essays on Departure avant que
les résultats des élections ne commencent à tomber sur Internet, absolument
convaincue que je voulais vivre
aussi, quoi qu’il arrive.
Aussi terminerai-je en remerciant la poète pour ce
don, à l’aide de ces mots qui lui
reviennent en boomerang, depuis l’un de ses premiers poèmes, « Rune de la
Finlandaise »
Elle
savait parler avec les mains comme les sourds-muets
Elle
savait gagner les clés de fer de la reine gelée
Elle
pouvait s’égailler à flanc de colline avec une amie ivre
Elle
pouvait tresser les vents du monde en unique torsade****
©Mary
Baine Campbell – traduction Florence Trocmé
*departure signifie à la fois départ et
dérogation, infraction à une règle
**en anglais, jeu de mot très difficile à rendre entre whole, tout entier et
hole, la tanière du renard
***traduction
de Claire Malroux, in la Rue Palimpseste,
Éditions de la Différence, 2004
****j’emprunte ici la traduction du poème « Rune de la Finlandaise » à Jean Migrenne, in Fleuves et retours,Amiot Lenganey, 1993.
Photos ©florence Trocmé, de haut en bas, Marilyn Hacker, Mary Baine Campbell, Odile Hellier, directrice de la librairie Village Voice en compagnie de Mary Baine Campbell et de Marilyn Hacker, et de nouveau Marilyn Hacker
Les amis anglophones de Poezibao trouveront ci-dessous la version originale du texte de Mary Baine Campbell
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