Mercredi
14 septembre 2005, en Sorbonne (Paris IV)
colloque sur Yves Bonnefoy, Les Planches courbes, avec parmi de nombreux autres intervenants Marie-Claire Bancquart et Jean-Yves Masson, connus des lecteurs de Poezibao.
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Mercredi
14 septembre 2005, en Sorbonne (Paris IV)
colloque sur Yves Bonnefoy, Les Planches courbes, avec parmi de nombreux autres intervenants Marie-Claire Bancquart et Jean-Yves Masson, connus des lecteurs de Poezibao.
Rédigé par Florence Trocmé le mardi 13 septembre 2005 à 12h05 dans Agenda, liens, informations | Lien permanent | Commentaires (0)
Corbeaux corneilles choucas
ou freux
oiseaux d'hiver
de noire beauté
qui tournaient sur
les terres grasses
comme des entrailles.
Corbeaux corneilles choucas
ou freux
oiseaux d'hier
de haute enfance
témoins sans témoins
du pus blanc qui bouche
l'œil trop bleu du ciel
avec vous je croasse et
craille.
22
Au bord des terres noires
les freux soulèvent
le poids blanc du ciel
de leurs ailes puissantes.
Ils tournent en criant
mais personne ne lève plus
la tête comme on lève
un verre pour trinquer à la
mort.
Marie-Florence Ehret, Plus vite que
la musique, inédit
voir
la fiche de Maire-Florence Ehret.
Et un autre
extrait du même recueil inédit.
Rédigé par Florence Trocmé le mardi 13 septembre 2005 à 11h40 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)
Extraordinairement doué,
brillant, être de culture, d’énergie, d’humour, désinvolte et souvent
excentrique, Jean-Paul de Dadelsen est
ainsi évoqué par la plupart de ceux qui
l’ont connu. Ignorant souvent que l’homme composait parallèlement à cette vie sociale
engagée et exposée une impressionnante œuvre poétique.
Une œuvre dont je
m’étonne qu’elle ne soit pas plus connue, plus diffusée, tant le
Poésie/Gallimard publié aujourd’hui a représenté pour moi un choc. Je l’ai lu
d’une seule traite, quasiment, me réservant d’en explorer petit à petit toutes
les richesses. On trouve dans ce livre une extraordinaire interrogation sur la
vie, la mort, le destin, pétrie d’accents bibliques, d’allusions à la musique, aux poètes allemands (Hölderlin
notamment), une poésie extraordinairement forte et personnelle qui vous happe
et ne vous lâche plus. Pourtant qu’ils semblent étrangers les uns aux autres
les thèmes des recueils rassemblés ici : depuis le somptueux Bach en
automne qui évoque la figure de
Bach à la fin de sa vie, jusqu’à Mort de la femme du pharmacien, depuis les accents métaphysiques et les adresses
à un Éternel absent ou silencieux jusqu’aux moqueries et jeux de langage,
depuis des vers réguliers et les formes classiques incluant même à l’occasion
une villanelle et une sextine jusqu’au texte d’une seule coulée versifiée, sans
majuscules et sans ponctuation de Tombeau personnel. Sans parler des quelques poèmes écrits
directement en anglais, Dadelsen étant agrégé d’allemand mais également marié à une Anglaise et aussi fin connaisseur d’une langue que de l’autre.
Paradoxes multiples et
fascinants donc de l’homme et de cette œuvre grandiose, cachée, qui suscita
l’intérêt de Camus dès que Dadelsen lui montra Bach en automne, et celle de Henri Thomas qui s’attacha à la
publier.
Il n’est que regarder la liste des
participants de l’émission de France Culture programmée vendredi 16
septembre 2005 pour comprendre à quel niveau se situe ce livre qui regroupe
l’essentiel de l’œuvre de Dadelsen. Avec des introductions de Henri Thomas et
de Denis de Rougemont pour la première partie et les notes de Baptiste-Marrey
pour la seconde partie. Car à l’occasion de la réédition de ce livre (paru une première fois en Poésie/Gallimard en 1987), dix-sept
textes et poèmes au texte établi et annoté par Baptiste-Marrey ont été ajoutés à
l’ensemble du corpus. Ils proviennent du volume intitulé Goethe en
Alsace édité par Le Temps qu’il
fait en 1995.
A noter : les vers
souvent très longs de Dadelsen, qui
tenait par dessus-tout au respect de sa prosodie, ont imposé une inhabituelle
impression dans le sens dit « à l’italienne ». Cela ne nuit en rien à
la lecture, je peux en témoigner.
©florence trocmé
Lire
la fiche bio-bibliographique de Jean-Paul de Dadelsen
Lire un
extrait de Bach en automne paru
dans l’anthologie permanente de Poezibao
Jean-Paul de Dadelsen
Jonas suivi de Les Ponts de Budapest
et autres poèmes ; présenté par
Henri Thomas et Denis de Rougemont. Édition des Ponts de Budapest et
autres poèmes par
Baptiste-Marrey , Collection Poésie/Gallimard N° 405, 2005
isbn 2-07-030782-4
6 ,70 €
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 12 septembre 2005 à 13h56 dans Notes de lecture | Lien permanent | Commentaires (0)
Pour saluer la parution d’un
tout nouveau et indispensable Poésie/Gallimard,
qui met à la portée de tous une œuvre extraordinaire et bien trop tenue dans
l’ombre, celle de Jean-Paul de Dadelsen. Une émission
lui est consacrée vendredi soir sur France Culture.
extrait de Bach en
automne
II
J’ai connu jadis les jours de
marche, les ormes vers le soir énumérés
De borne à borne sous le
soleil chromatique,
L’auberge à la nuit où fument
quenelles de foie et cochon frais.
Jadis à libres journées j’ai
marché jusqu’à Hambourg écouter le vieux maître.
Haendel en chaise de poste
s’en est allé
Distraire le roi de
Hanovre ; Scarlatti vagabonde dans les fêtes d’Espagne.
Ils sont heureux.
Mais à quoi serviraient les
pédales des orgues, sinon
À signifier la route
indispensable ?
Sur ce chemin de bois, usé
comme un escalier, chaque jour, que ce fût
Sous les trompettes de Pâques
ou les hautbois jumeaux de Noël,
Sous l’arc-en-ciel des voix d’anges
et d’âmes,
De borne à borne répétant mon
terrestre voyage, j’ai arpenté
La progression fondamentale
de la basse.
Au-dessus de la route
horizontale par où les négociants partent non sans péril
Marchander aux échoppes de
Cracovie
les perruques, les parfums,
les peaux apportées des éventaires de Novgorod,
Seule l’alouette s’élance
dans la verticale divine.
Avant qu’à la suite de son
Soleil
Hors de la tombe, de l’ordre,
de la loi, l’âme éployée ne parvienne à jaillir.
La terre apprise avec effort
est nécessaire.
voir
la fiche bio-bibliographique de Jean-Paul de Dadelsen
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 12 septembre 2005 à 12h16 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (1)
Émission de France
Culture dans Surpris par la nuit
vendredi 16 septembre 2005, à 22h30.
Reconnaissances à Jean-Paul de Dadelsen
Production : Matthieu
Bénezet. Avec : Jacques Réda,, Baptiste-Marrey, Alain Suied, Claude Vigée, Gérard
Pfister, Anne de Dadelsen (fille de Jean-Paul de Dadelsen).
A l'occasion de la parution
de <I>Jonas </I> (collection Poésie/ Gallimard)
Réalisation : Anne Fleury
" Simplement on
cherche
Peut-être simplement on bouge mollement
Le désordre est tenace
Est-il
la préparation de la mort "
voir
la fiche bio-bibliographique de Jean-Paul de Dadelsen
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 12 septembre 2005 à 11h55 | Lien permanent | Commentaires (0)
Jean-Paul de Dadelsen est
né dans une famille protestante le 20 Août 1913 à Strasbourg. Son père avait
des origines allemandes.
Dadelsen était très
brillant. Il fut reçu premier à
l’agrégation d’allemand, fut traducteur (Keyserling, Kassner), professeur de
lycée. Il a épousé une Anglaise. En 1942, il rejoint en Angleterre les Forces Françaises Libres comme officier de
parachutistes. Il devient ensuite correspondant étranger du Combat d’Albert
Camus et titulaire d’une émission de la B.B.C, puis finalement conseiller
d’organisations européennes et internationales, en particulier à Zurich à
l'Institut International de la Presse. Il n’avait commencé à écrire
véritablement qu’à partir de 1952, le magnifique Bach en automne, sa première tentative, alors qu’il avait 39 ans. Il fut emporté par un cancer du cerveau le 22 juin 1957.
Très peu de choses furent
publiées de son vivant, d’autant qu’il retravaillait constamment ses poèmes.
Albert Camus s’était chargé de la publication de l’œuvre mais n’a pu aboutir
avant sa propre mort et par la suite ce furent Henri Thomas et
Jacques Brenner qui s'en chargèrent. Sa poésie est imprégnée par l'Allemagne et la Bible,
ainsi que par sa connaissance de la musique.
« Il ne vient à la
suite de personne ; il ne cadre avec rien dans nos Lettres , ni
terroristes, ni rhéteurs n’y trouveront leur compte. Nous risquons toujours
d’oublier que le génie poétique se moque de nos conformistes errances. S’il
nous frappe à l’improviste, ce n’est pas qu’il veuille nous surprendre ; à
nous de comprendre qu’il est » (Henri
Thomas)
bibliographie
Bach en automne, NRF n° 35, 1955
L’invocation liminaire de Jonas, La fin du jour, Peupliers et trembles, Les
Cahiers des Saisons, 1956
Guitares, la dernière nuit de la pharmacienne,
Dépassé, Provisoirement, in Preuves, 1957
Jonas, Précédé d'une étude par Henri Thomas, Gallimard, 1962
Bach en automne, les Bibliophiles de l'Est, 1979
Goethe en Alsace, Le Temps qu'il fait, 1995
Jonas suivi de Les Ponts de Budapest et autres poèmes ; présenté par Henri Thomas et Denis de
Rougemont. Édition des Ponts de Budapest et autres poèmes par Baptiste-Marrey , Collection Poésie/Gallimard N° 405, 2005.
Une
belle note sur Dadelsen.
Dans
la Poéthèque du Printemps des Poètes
fiche ®florence trocmé
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 12 septembre 2005 à 11h51 dans Poètes (fiches bio-bibliographiques) | Lien permanent | Commentaires (2)
À Miklós Radnóti,
poète hongrois de renom, dont on 'retrouva le corps dans un
charnier en 1946. Fouillant ses poches, sa veuve découvrit un carnet de (ses)
poèmes.
Mon esprit jette sa chapelure
dans le cours figé de la nuit.
Ce rite purificateur qui le
décharge du péché, pour nous,
Les Juifs, c'est Tashlich* :
les poches qu'on vide.
Nuit sous éteignoir, musée
des cendres humaines sous couvre-feu.
Les étoiles bégayent, leur
corolle disparaît, muselée de nuages.
Un grain de sang palpite sous
la lunule du pouce divin.
Apprenez que nos fondations
pour crématoires rasés ont de l'avenir.
Dans l'ivre clarté du jour je
rends hommage à leurs victimes.
Sachez que je raffole quand
même du parfum de verre du citronnier.
Que le bonheur c'est une
arthrite d'olivier qui me lance sous les rotules.
Que, malgré tout,
j'appartiens à l'orchestre du crime.
Qu'en mon corps vibrent
toujours les variations du renoncement.
(Mais, dites-moi, peut-on se
dégager de l'éphémère authentique ?)
Apaisées, mes lèvres ont la
rugueuse incohérence des feuilles sur le macadam.
Oui, mon esprit jette son
pain dur dans le cours durci de la nuit.
Et la lune pâle me la montre
aussi plate qu'un fond de cocotte.
La nuit est inertie absolue,
qu'anges ou démons créateurs
Neutralisent, couverture que
chaque camp tire à soi.
La nuit lisse rebondit comme
un trampoline
Qui me renvoie mes péchés en
pleine figure.
Comme paquets de mer, ils me
ruissellent sur les lèvres,
Ils me rentrent par les yeux,
par les dents.
Mon esprit regimbe tel un
cheval fou.
Je sais que les mains de tes
assassins ressemblaient aux miennes.
Et je comprends mon
impuissance, attablée que je suis au festin du néant,
Au bout d'un pèlerinage à ma
propre révélation.
Et j'ai honte de te dire, de
lire les poèmes que tu rayonnes sur ma peau.
Et le ciel n'a pas très envie
de me voir vider mes poches.
tiré de Against Forgetting: Twentieth
Century Poetry of Witness, sélection Carolyn Forché.
**Tashlich. Cérémonie du
Nouvel An juif. On se réunit près d'un cours d'eau où l'on vide ses poches des
miettes qu'elles contiennent. On se débarrasse ainsi symboliquement de ses
péchés.
Traduction d'un poème de
Yerra Sugarman, © Jean Migrenne, avril 2003. Cette traduction est parue dans le
numéro de la revue Europe n° 906, en octobre 2004, dans le dossier rassemblé par Marilyn Hacker sous le titre Les
frontières ouvertes de la poésie américaine, p. 326.
voir
la fiche de Yerra Sugarman
To Miklós Radnóti
Radnóti was
a well-known Hungarian poet, whose “body was exhumed from a mass grave in 1946.
His widow, going through his pockets, discovered a notebook full of [his]
poems.”
My mind throws its crumbs into the night’s stopped river.
This is its ceremony to cast off sin, to become pure,
What we Jews call Tashlich*, an emptying of pockets.
Night’s dark darkened by the museum of human ash, its lights switched
off.
The stars’ corollas stammer and, muzzled by clouds, vanish.
A spot of blood throbs under God’s moony thumbnail.
I would like you to know our foundations for burning flesh have not yet
been razed.
I pay their victims homage by day’s inebriated bright.
But understand, I still love the glass scent given off by groves of
lemon.
I gladly feel the olive trees’ arthritic branches pulsing in my knees.
And despite everything, I participate in the crime of music.
My body still an instrument, strums its many forms of abandonment.
(Although I ask you whether what’s truly ephemeral can be abandoned.)
My lips, after passion, scrape like leaves along pavement, incoherent,
tarrying…
Yes, my mind flings crusts into the night’s taut river.
And I see by the moon’s weak lamp, it’s as flat as the bottom of a pot.
The night so motionless, it seems an inertia devised by angels or
devils,
Who pull on it from both ends.
The night’s surface like a trampoline, resistant, rubber.
And so, my sins fly back at me.
They splash my face like spindrift, leaving river on my lips.
They reenter me through my eyes and teeth,
As my mind rears up, a wild horse.
For I understand, you were murdered by hands like mine.
And I understand I am helpless, a reveler at the table of the void,
A pilgrim who’s journeyed only to discover herself.
And I’m ashamed to speak you or read the poems you shine on my skin.
And the sky does not kindly let me empty my pockets.
*Tashlich means “cast off.” It’s
a ceremony that takes place during the Jewish New Year. People gather at a body
of water and empty into it crumbs from their pockets. This symbolizes a ridding
of sins.
voir
la fiche de Yerra Sugarman
Rédigé par Florence Trocmé le dimanche 11 septembre 2005 à 11h17 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)
Yerra Sugarman est née à
Toronto en 1955. Ses parents, juifs, Sam and Pearl Sugarman, venaient d’une
ville près de Cracovie en Pologne, avaient fui vers l’Union Soviétique puis la
France pendant la seconde Guerre, et arrivèrent à Toronto avec leur premier enfant,
un garçon, en 1951. Yerra grandit dans
une importante colonie de survivants de la Shoah au Nord de Toronto. Diplômée
d’arts plastiques des universités de Columbia et Concordia, elle enseigne la
création littéraire à l’Université de New York. Son premier recueil Forms of
Gone a paru en 2002 (The Sheep
Meadow Press) et a reçu plusieurs prix. Ses poèmes et ses articles sont publiés
dans de nombreuses revues, comme Another Chicago Magazine, The Nation, How2, Pleiades, Barrow Street, 100 Poets Against the War,the
Oxford Encyclopedia of American Literature, and Rattapallax. Elle participe
au comité de rédaction de cette dernière.
Yerra Sugarman a
également traduit les poèmes yiddish de Celia Dropkin.
Certains de ses poèmes,
traduits par Jean
Migrenne, ont paru dans les revues Europe et Siècle 21. Elle travaille actuellement à un recueil appelé Glass.
Une
photo et des poèmes en anglais sur le site de Poetrymagazine
On peut trouver aussi un poème (en
anglais) sur un équivalent américain de Poezibao que je suis heureuse de présenter à cette
occasion, Verse Daily
Plusieurs
poèmes aussi dans la section anglaise du beau site de Anny Ballardini, Fieralingue
fiche ©florence trocmé
Rédigé par Florence Trocmé le dimanche 11 septembre 2005 à 11h11 dans Poètes (fiches bio-bibliographiques) | Lien permanent | Commentaires (1)
Je viens de mettre en
ligne un index des poètes de Poezibao beaucoup plus complet. On peut y accéder
en permanence en cliquant, dans la colonne de gauche, juste en dessous de
l’horloge, sur 1.
Index des poètes de Poezibao
Tous les noms soulignés
en bleu renvoient soit aux fiches bio-bibliographiques des poètes, soit aux
extraits de leur œuvre parus dans l’anthologie permanente, voire à des compte
rendus de leurs livres ou à des reportages sur des événements auxquels ils ont
participé.
Cet index sera actualisé
régulièrement. La date de mise à jour figure en tête de la liste alphabétique.
Rédigé par Florence Trocmé le samedi 10 septembre 2005 à 18h35 dans Evènements | Lien permanent | Commentaires (0)
Je me permets de
reproduire en partie un poème que je viens de trouver dans l’excellente petite
revue En vue, qui présente chaque mois
les rendez-vous des bibliothèques de la Ville de Paris (une vraie mine que ces rendez-vous, soit dit en passant !).
Je reproduis ce poème
pour une double raison : faire participer Poezibao à l’année du Brésil
mais aussi indirectement faire mémoire de celles des victimes de Katrina qui
sont descendants des esclaves venus jadis d’Afrique et dont tant et tant
travaillèrent dans les plantations de coton ou de canne à sucre.
Ce sucre blanc qui
adoucira mon café
en ce matin d’Ipanema
n’a pas été produit par
moi
Il n’a pas surgi dans le
sucrier par miracle.
[...]
Ce sucre est venu
de l’épicerie du coin et
ne l’a pas fait non plus Oliveira,
le propriétaire de
l’épicerie.
Ce sucre est venu
d’une usine à sucre de
Pernambouc
ou de l’État de Rio
et ce n’est pas non plus
le propriétaire de l’usine qui l’a fait
Ce sucre était de la
canne
Il est venu des vastes
plantations
qui ne poussent pas par
hasard
au creux de la vallée.
Dans des lieux lointains,
où il n’y a pas d’hôpital
ni d’école,
des hommes qui ne savent
pas lire et meurent
à vingt-sept ans
ont planté et cueilli la
canne
qui allait devenir sucre.
Dans des usines sombres,
des hommes à la vie amère
et dure
ont produit ce sucre
blanc et pur
avec lequel j’adoucis mon
café ce matin à Ipanema.
Ferreira Gullar, Dans la
nuit véloce, choix de poèmes,
1950-2001, traduit du brésilien par L. Gonçalves et D. Lamaison, éd. Eulina
Carvalho, 2003. Éditions Eulina Carvalho (32, boulevard de Strasbourg - 75010
Paris France - Tél./fax : 00 33 1 39 53 02 23)
in En Vue, n° 8 de
septembre/octobre 2005, p. 9.
O branco açúcar que
adoçará meu café
nesta manhã de Ipanema
Não foi produzido por mim
nem surgiu dentro do açucaceiro por
milagre.
[...]
Este açucar veio
da merceraia da esquina et tampouco o fez o
Oliveira,
dono da mercearia.
Este açúcar veio
de uma usina de açúcar em
Pernambuco
ou no Estadodo Rio
e tampouco o fez o dono da usina
Este açúcar era cana
e veio dos canaviais
extensos
que não nascem por acaso
no regaço do vale.
Em lugares distantes,
onde não há hospital
nem escola,
homens que não sabem ler
e morrem
aos vinte e sete
anos
plantaram e colheram a cana
que virana açúcar.
Em usinas escuras,
homens de vida amarga
e dura
produziram este
açúcar
branco e puro
com que adoço meu café
esta manhã em Ipanema.
Ferreira Gullar est né en
1930 et est considéré comme une des grandes voix de la poésie brésilienne.
Poète engagé, persécuté et exilé à Paris et à Buenos Aires après le coup
d’Etats militaire de 1964, sa poésie devint un temps, militante. Mais Gullar est
aussi un poète-philosophe.
pour les lecteurs du portugais (mais aussi pour les
nombreuses photos), le
site officiel du poète
sur
le site des éditions Eulina Carvalho (français)
En français encore
La librairie portugaise et les
éditions Chandeigne
Rédigé par Florence Trocmé le samedi 10 septembre 2005 à 12h47 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)