Jean Migrenne, fin connaisseur de la littérature française et anglophone, devenu, presque malgré lui, un grand traducteur de la poésie contemporaine de langue anglaise, nous a quittés en janvier. Au Moyen-Orient, on a habitude de célébrer la vie d’un défunt quarante jours après sa mort, et la guirlande de poèmes choisis ici est un petit hommage à Jean a l’occasion de cette “quarantaine.”
Jean Migrenne est né à Paris en 1938, de famille ouvrière avec des racines picardes. Devenu professeur agrégé, il a enseigné l’anglais toute sa vie dans les Classes Préparatoires aux Grandes Écoles au Lycée Malherbe de Caen. Il est entré en traduction un peu “par hasard,” en 1990, quand son collègue le poète Hugues Labrusse lui a demandé de traduire des textes de poètes américains pour une anthologie Poètes de New York : Mosaïque que Labrusse préparait. J’ai fait sa connaissance à cette époque, car je figurais moi-même dans l’anthologie. Jean avait des questions sur certains poèmes ; comme j’étais à Paris, nous nous sommes rencontrés et une longue conversation sur la poésie a commencé. Jean avait des questions à poser sur d’autres textes que les miens, et comme certains poètes ne répondaient pas au courrier (avant le courriel !) et que d’autres ne connaissaient pas assez le français pour juger, je suis devenue un peu sa collaboratrice en dénouant des énigmes. Nous étions d’accord sur l’importance d’inclure plus de poètes afro-américains dans ce livre, et Jean s’est mis en contact avec plusieurs d’entre eux, dont le poète exilé James Emmanuel, qui vivait à Paris, et qui, lui aussi, est devenu son ami.
Dans les années suivantes, Jean a publié plusieurs recueils de poésie contemporaine traduite, des poètes dont l’Anglais Stephen Spender, l’Irlandais Seamus Hogan, mais surtout des poètes américains : James Emmanuel, les prix Pulitzer Henry Taylor et Rita Dove – elle-même une des grandes voix de la poésie afro-américaine, Richard Wilbur, moi-même. Passionné aussi d’Histoire et d’histoires, il a traduit et commenté deux livres du 16ème siècle sur la sorcellerie, dont la Démonologie de Jacques/James Stuart, Roi d’Ecosse et d’Angleterre (1590, paru en 2010. Il a collaboré aussi à maintes revues littéraires françaises, dont Europe, Siècle 21, Le Frisson esthétique et (en ligne) Temporel. Il a aussi traduit des textes de quelques grandes voix modernes (nées pendant la première guerre mondiale) américaines peu connues du public français, dont Gwendolyn Brooks, Robert Hayden et Muriel Rukeyser. À paraitre : l’œuvre du poète américain David George, expatrié en Espagne, et un recueil des poèmes de Yusef Komunyakaa, un autre Prix Pulitzer afro-américain. Il y a dans ses archives de quoi éditer des recueils de plusieurs autres poètes.
J’ai choisi ici une guirlande de onze traductions assez récentes, toutes de poètes américains contemporains, qui représentent et l’étendue de cette poésie et surtout le génie généreux du traducteur -- grand serviteur des deux langues, des poètes et des lecteurs.
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Marilyn Hacker
image extraite de cette courte vidéo.
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