En 1939, à l'occasion de l'édition publique de son recueil Fiançailles pour rire, « Loulette » écrit à son « Poupoul chéri » pour s'excuser d'avoir corrigé (censuré) un poème que la créatrice de la mélodie (Marie-Blanche de Polignac) avait qualifié d'« inconvenant ». Mais voilà : grâce à Francis Poulenc qui lui a donné l'ordre d'écrire des poèmes afin qu'il puisse en mettre en musique, Louise de Vilmorin est la co-auteure de plusieurs chefs-d’œuvre de la mélodie française — « Tourbillon sensuel et déraisonnable » a écrit une musicologue. Mais que ce soit dans sa version originale (« Au-delà »), ou dans sa version retouchée (« Choisir n'est pas trahir »), le poème le plus percutant n'existe plus dans aucun livre disponible, seulement dans les livrets des CD de mélodies de Poulenc (ou sur Internet...) :
Je choisis celui-là
Qui sait me faire rire,
D'un doigt de-ci, de-là,
Comme on fait pour écrire.
C'est que la poète — au delà d'une vie amoureuse compliquée, auteure de poèmes libertins à double sens, de palindromes, de calligrammes, d'(h)olorimes et autres exercices incroyablement pré-oulipiens, amateure de jeux sur les mots et les sens (qu'il faut savoir décoder) — appartient à la grande lignée des « poètes fantaisistes ». André Malraux (son dernier amour) voit en elle une « poète de la voix », l'héritière de Heine, Verlaine, Corbière, Laforgue et Apollinaire. Mais derrière sa « féerie impulsive » et son « burlesque enchanté », il faut sentir le ton de deuil et le fond mélancolique de ce clown triste. Touchée par une tuberculose osseuse dans sa jeunesse, la très belle et très spirituelle Louise de Vilmorin pouvait écrire (en octosyllabes), joliment :
Le bonheur est un invalide
Qui passe en boitant comme moi,
ou plus gravement :
Mon cadavre est doux comme un gant
Doux comme un gant de peau glacée
Et mes prunelles effacées
Font de mes yeux des cailloux blancs.
[Jean-Paul Louis-Lambert]
Jean-Paul Louis-Lambert a proposé à Poezibao ce dossier autour de Louise de Vilmorin.
Pour en respecter la mise en page, il est ici publié sous forme d’un PDF, à ouvrir d’un simple clic.
Téléchargement Carte Blanche, Louise de Vilmorin et Poulenc, par Jean-Paul Louis-Lambert