Les anges
Si je vous livre tous mes diables
mes anges s’en iront avec eux
Je resterai seul et je le regretterai
et je me demanderai où est l’espérance
et en vain pour moi aux clochers en ruine
sonneront les cloches
Les neiges, les neiges vertes ne tomberont plus
les anges blancs ne reviendront plus.
Le cauchemar
Soudain du fond du rêve l’enfant crie
et ses pleurs le réveillent
ce grand Petit il en a rêvé
une chose archaïque s’est passée
l’enfant ne sait ni qui ni quoi
Et voici l’abîme de cet instant
où le sureau noir fleurit blanc
et la nuit sent la tige de poivre d’eau
Le temps
Si l’angoisse de l’herbe des steppes se calmait
si le vent perdait la voix si l’eau ne trouvait plus où se jeter
si la pierre avait pitié si la lumière s’éteignait dans le ciel
et si l’homme tournait le dos au mal
alors incassable paraîtrait la cruche
qui tant va à l’eau
que
zut, aide-moi
à ramasser les morceaux le temps est éternel
et tout ce qui a été créé l’a été pour nous à partir de nous
la peur la douleur l’herbe des steppes la mort et ton amour
Jan Skácel, Millet l’ancien (Dávné proso), trad. Yves Bergeret et
Jiří Pelán, Atelier La Feugraie, 1997, pp. 11, 14 et 66.
Bio-bibliographie
de Jan Skácel