Le fils du poète et traducteur d’origine polonaise Maciej Niemiec informe Poezibao du décès de son père, ce 25 janvier 2012.
Maciej Niemiec dans Poezibao :
bio-bibliographie, ext. 1
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Le fils du poète et traducteur d’origine polonaise Maciej Niemiec informe Poezibao du décès de son père, ce 25 janvier 2012.
Maciej Niemiec dans Poezibao :
bio-bibliographie, ext. 1
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 06 février 2012 à 11h16 dans Evènements | Lien permanent
Cette rubrique suit l’actualité éditoriale et présente les derniers ouvrages reçus par Poezibao. Il ne s’agit pas de fiches de lecture ou de notes critiques et les présentations font souvent appel aux informations fournies par les éditeurs.
Devant l’afflux de livres, Poezibao n’est plus en mesure de présenter chaque livre reçu de façon détaillée. Tous les livres reçus seront donc cités mais une partie seulement d’entre eux fait l’objet d’une présentation plus complète, accessible en cliquant sur « lire la suite de… » - pour les autres livres, Poezibao s’efforce de trouver des informations en ligne et donne les liens correspondants
○ Yi Sang, L’inscription de la terreur, Les Petit Matins
○ Anthologie Éros émerveillé, Poésie/Gallimard
○ Charles Dobzynski, Un four à brûler le réel, Poètes de France, Orizons
○ Revue Ce qui secret, numéro 2, janvier 2012
○ Louise Warren, Anthologie du présent, les éditions du passage
○ François-Xavier Maigre, Dans la poigne du vent, Éditions Bruno Doucey
○ Jean Michel Delambre, L’Eldorado de la Méduse, Les Ecrits du Nord / Éditions Henry
À propos de ces livres, lire une présentation détaillée en cliquant sur « lire la suite »
et aussi
○ Bernard Perroy, Petit Livre d’impatience, Éditions du Petit pavé, en savoir plus et site de l’auteur
○ Amin Khan, Arabian Blues, MLD, 2012, 80 p. 14€, en savoir plus
○ Bernard Perroy, Sur la plus haute branche, Sac à mots, site de l’auteur
○ Jean-Louis Keranguéven, Au Silence consenti, Éditions de l’Atlantique, 2012, 17€
○ Louis Raoul, Feuilles de l’air, Éditions de l’Atlantique, 2012, 14€
Lire la suite "Poezibao a reçu n° 201, dimanche 5 février 2012" »
Rédigé par Florence Trocmé le dimanche 05 février 2012 à 10h56 dans Poezibao a reçu | Lien permanent
Plusieurs sources, dont un mail d’Isabelle Garron, informent Poezibao du décès de Stacy Doris, dans la nuit du 31 janvier au 1er Février 2012 à San Francisco
Biographie et bibliographie sur le site de P.O.L.
Rédigé par Florence Trocmé le dimanche 05 février 2012 à 09h45 dans Evènements | Lien permanent
Rappel : agenda, liens, informations sont désormais publiés ici
Les 15 articles publiés dans Poezibao cette semaine :
En particulier
La mort de Wislawa Szymborska
Mort de Dorothea Tanning
Feuilleton
[Feuilleton] Mont Ruflet d'Ivar Ch'Vavar - 25/41
[Feuilleton] Mont Ruflet d'Ivar Ch'Vavar - 26/41
[Feuilleton] Mont Ruflet d'Ivar Ch'Vavar - 27/41
Entretiens
Entretien avec Jean-Paul Michel (par Matthieu Gosztola)
Notes de lecture
Grio village double de Jacques Sivan (par Pierre Drogi)
Cuisine, d'Antoine Emaz (par Rémi Checchetto)
Anthologie
Bernard Vargaftig (anthologie permanente)
Franco Buffoni (né en 1948) (anthologie permanente)
Yi Sang (anthologie permanente)
Wislawa Szymborska (anthologie permanente)
Jean-Paul Michel (anthologie permanente)
Fiches bio-bibliographiques
Franco Buffoni (né en 1948)
Poezibao a reçu
Poezibao a reçu n° 200, dimanche 29 janvier 2012
○ Goethe, Divan d’Orient et d’Occident, Les Belles Lettres
○ Marie Huot, Gît le cœur, Le bruit des autres
○ Ingrid Jonker, L’Enfant n’est pas mort, éditions le Thé des écrivains
○ Revue Le Bateau Fantôme, n° 10
○ Anthologie Vingt et un, La Termitière
○ Revue l’Arbre à paroles, N° 154
○ Jacques Basse, Échos et murmures, Rafaël de Surtis
Rédigé par Florence Trocmé le samedi 04 février 2012 à 10h10 dans Poezibao Hebdo | Lien permanent
Mont-Ruflet
poème-feuilleton d’Ivar Ch’Vavar
27e épisode
Résumé de l’épisode précédent : Le narrateur initie Claudie à la vie sylvestre. Il croit avoir trouvé en elle une compagne innocente et que le touche-pipi n’intéresse pas. Mais voilà qu’elle veut jouer aux « sauvages » et ils errent dans les taillis et les clairières en tenue d’Ève et Adam...
Qui me faisait comme un justaucorps trop juste, je marchais
En écartant légèrement les jambes et les bras, et, je m’en avi
Se à l’instant, même les doigts. Et... pas possible ! l’air se col
Lait à moi, ah... ça me dégoûtait un peu... et il me prenait et
Me tournait comme dans une main, la verge et les bourses...
Je bandais donc... Oui, je bandais dans la main tiède de l’air
Frais, et ça me faisait un truc qui me remontait en vrille tout
E la moelle épinière, putain, je tirais sur mes vertèbres cervi (1360)
Cales, je rentrais mon menton dans ma poitrine en écarquill
Ant les yeux, je me penchais un peu plus en avant... putain !
Il y a quelque chose qui veut sortir de moi là, mais je ne sais
Pas ce que c’est ni par quel trou faudrait que ça gicle ! Alors
Je gonfle les joues, je contracte le rectum.. et puis j’essaie d’a
Voir une impression intéressante, cochonnerie de merde, au
Niveau de mes doigts de pieds enfoncés dans la couche de f
Euilles mortes.. Je ne sais, lecteur, si tu te rends bien compte
De ce que je subis, moi, pour que tu puisses te rincer l’œil pi
Néal, ou autre ? Enfin, bref. On faisait des hectomètres ainsi (1370)
Nous deux Claudie, quelquefois furtivement, on approchait
Des endroits où on entendait la cognée, la grande hache des
Bûcherons ou bien travailler les scieurs de long. Nous obser
Vions les hommes de loin ; souvent ils se redressaient, saisis
Saient un gros litre de rouge posé là ils portaient le goulot à
Leurs lèvres et avalaient de longues rasades, en renversant l
A tête en arrière dans le soleil (le soleil était toujours là à sur
Veiller ce qu’ils faisaient semble-t-il, zénithal dans ces larges
Clairières d’abattis). Un peu d’oiseaux chantaient. Je me sou
Viens... Ou alors Claudie m’entraînait à faire quelque trente (1380)
Ou quarante mètres hors des bois, on marchait dans les blés
et quelquefois aussi dans l’herbe d’un pré. Tous nus. Il arriv
A même qu’un jour de canicule l’on foulât déchaux et comp
Lètement à poil la poudre rouge du chemin.. (je ne sens pas
Bien le subjonctif, ici, après un passé simple.. Après l’impar
Fait on dirait que ça passerait mieux, mais comme ça n’est a
Rrivé qu’une fois, qu’on aille sur le chemin de terre rouge je
Ne peux décemment pas utiliser l’imparfait). Puis nous reve
Nions au cœur des bois, aux grands arbres. Dans la hauteur,
Ou l’éloignement, la cime de chacun était un monde en soi... (1390)
Qui se balançait si lentement dans le silence... Ou, du moins,
Une sorte de matérialité acoustique, oui « matérialité » est le
Bon mot – que nous appelions « le silence ». Mais on y enten
Dait un tas de trucs. — Des fois Claudie, abandonnait même
Ses lunettes (on les posait rosées sur un vêtement foncé), elle
Avançait sans presque rien y voir (il n’était plus question de
Masque depuis longtemps je voyais ses yeux cligner, cligner
Sans répit). Elle disait qu’elle voyait bien assez avec sa peau.
Je me demandais si ça me plaisait encore cette histoire ? Si je
Ne commençais pas à en avoir un peu marre. Je me disais au (1400)
Ssi que nous finirions bien par être pris... Mais j’avais décidé
De continuer quoi qu’il puisse arriver. Je me sentais une obli
Gation à l’égard de Claudie. Mais nous sommes passés à des
Choses qui ne me plaisaient pas du tout... Elle exigeait qu’on
épisode 28 le lundi 6 février 2012
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 03 février 2012 à 12h35 dans Feuilleton | Lien permanent
« Pour faire « ciel », un poème doit être muni de qualités spéciales, mal calculables. »
(Premier entretien)
Matthieu Gosztola : – Dans la Nouvelle Revue Française de janvier 2010 (n° 592), dans une de vos « Rimbiennes », vous écrivez : « Le poème est un ciel. Le dernier ciel possible. Mieux toi-même que / toi-même Il fixe selon des nécessités propres ce qui / ne peut être oublié ». Mais le poème est ciel parce qu’il resplendit dans une forme sans forme, tandis que vos poèmes, souffles taillés, entaillés, restituent la lueur justement par leur précision, extrême…
Jean-Paul Michel : – Un ciel ? – Ce qui est au-dessus de nous, dans l'ordre des faits de pensée non moins que dans la vie la plus immédiate, vers quoi nous levons, très physiquement, les yeux. Son éclat nous donne un monde. Ce n'est pas la moindre des grâces qui nous soit faite que le ruissellement de cette lumière tombée de haut. Elle anime les peuples, les nourrit, les réchauffe, donne à l'excès cette manne de joie sans condition (notre antique état de « Fils du Soleil ») sans laquelle peut-être aucune créature n'aurait jamais souri. Le ciel nocturne a fourni leurs premiers repères aux nomades, aux bergers, aux marins. Disposerions-nous d'une figure qui mérite notre confiance ? Une orientation devient possible. Surgissement, éclat, horizon, ébauches d'une vie désirable, puissance d'inclination, qualité d'appui, chaleur : – on peut attendre cela du poème.
Pour les ciels du poème, j'ai le souvenir d'avoir voulu leur « formalité », puisque toute inscription consiste en ce dépôt d'une trace persistante, lisible par un autre (on en attend qu'elle résiste avec fermeté à la dissolution) « sans formalisme » (sans soumettre le poème à des formes qui lui préexisteraient dans un ciel antérieur), un poème vivant inventant les formes qu'il lui faut, exactement.
Pour faire « ciel », un poème doit être muni de propriétés spéciales, mal calculables – dont peuvent donner idée les grandes œuvres restées actives. La poursuite ardente de ces propriétés est ce à quoi l'on connaît un auteur. La mise en mouvement moderne de toutes les formes des arts – Goya, Rimbaud, l'impressionnisme, les Fauves, Cézanne, Picasso, Matisse, etc... est l'image même de ce désir vigoureux d'œuvres qui soient en puissance de donner contrepartie à l'indétermination du devenir – dont nous puissions recevoir, une autre fois, le lait de vivre.
« Ce qui ne peut être oublié » ? – Les rencontres marquantes, intenses, chargées de l'éclat, des puissances, du mystère de la vie vivante que les arts ont tâche d'accueillir, de prolonger, de rendre à chacun comme une chance pour lui, sur ce mode unique du don qui est leur être même. La responsabilité des arts à cet endroit est grande, d'autant que cet aide-mémoire ontologique, qu'ils sont, doit compter, pour agir durablement, sur des œuvres d'une force et d'un éclat inoubliables.
MG : Une précision : « restituent la lueur », cela signifie la font renaître intacte et, dans le même mouvement, la font naître à elle-même ?
JPM : – Peut-on dire, en toute rigueur, que le poème « restitue » l'expérience sentie ? Baudelaire, après Poe, dit, d'une façon plus prudente, qu'il la « suggère ». Ce qui est advenu une première fois comme expérience ne peut pas « revenir » sans déplacements, perte, transmutation dans un autre temps et sur un autre mode (comme effet d'art d'une œuvre). L'effet d'art d'une œuvre peut, en revanche, suggérer ce qu'il en aura été de l'expérience première (au prix desdits déplacements, perte, transmutation). Lorsqu'une œuvre possède, de loin en loin, par exception pure, le pouvoir de nous donner le sentiment vivant de la présence même de ce qui s'est perdu (c'est cela, la « sorcellerie » des arts), nous sommes fondés à remercier pour ce qui aura été « sauvé » de ce qui n'est plus. Une figure d'art efficace « produit », déploie, déplie la part évocable du fait sensible, en ex-pose les traits particuliers selon les modalités de cette « suggestion » qui est son office le plus propre. Le poème participe de la rémanence de ce qui a eu lieu, et l'accroît. Davantage : il possède le pouvoir de donner figure à ce qui n'est pas, n'a jamais été dans un autre champ que celui de ces effets d'art du poème – et, ce faisant, de faire advenir « à elle-même » une chose d'art pur, à son tour une réalité des plus tangibles. Ce qui « advient à soi » dans le poème, outre le poème lui-même, c'est l'expérience de la perte de ce qui, pour avoir été vécu, ne peut plus revenir, sauf à « aboutir à un livre ».
MG: – Et néanmoins, peut-on dire que cette précision, de toutes les syllabes, se construit bien sur une forme sans forme, sur une forme travaillée par l’informe, puisque la forme du poème tient également à l’absence de complétude sur quoi il se construit, de par les nombreux silences, les nombreuses coupes ?
JPM : – « Une forme travaillée par l'informe » ? – Comment pourrait-il en aller autrement ? Il y a débat, conflit, « travail » entre la « forme » (serait-elle « ouverte », discontinue, lacunaire, blessée) et l'élément : le « sans forme » de l'innommé préjudiciel. L'expérience antérieure à tout langage serait celle d'un flux (la « rhapsodie de sensations » de Kant, le « continu » bataillien,
– innommables, irreprésentables). Le langage, par ses découpes figurales et nominales introduit du discontinu. Nous nous trouvons alors plongés dans ce vertige que disait Jacobi : « lorsque je tente de me représenter l'infini, je m'évanouis » – dont Hegel a conservé active la mémoire sous l'espèce de l' « inquiétude anéantissante de l'infini », laquelle signe le sérieux de toute confrontation pensée au grand réel. Les « formes » des arts ont fort à faire pour tenter de lui donner contrepartie, figure tenable et nom. La partie est par trop inégale. Quelques Innocents auront eu pourtant l'audace énorme de ne pas renoncer.
Le silence, les blancs, les coupes (les « espacements » mallarméens de la lecture) comptent depuis l'origine des arts au nombre des moyens de composition – en poésie comme en architecture, en musique, dans le dessin, la sculpture, la peinture. – On peut regarder ces intervalles, leur jeu, comme autant de moyens de régler l'inscription, la réception, l'écoute. Ils permettent de prendre appui sur des attaques nouvelles, de laisser résonner des chutes choisies. Il ne serait pas illégitime d'y voir, en poésie, des échos d'opérations osées de longue date dans l'histoire du dessin, de la gravure, de la peinture : silhouettes, esquisses, « non finito », hachures, (mais, aussi bien : touches de couleur pure, aplats, papiers découpés, pochoirs, caviardages, papiers collés). On peut comparer l'orchestration de ces longues laisses à des scénographies pour un théâtre lyrique à inventer, comportant des éléments de récit, des indications de scène, des morceaux pour un chœur, des récitants, des parties chantées.
Tout juste puis-je dire que ces façons d'agir s'imposent avec force. J'ai tenté de mettre à l'épreuve d'autres registres, d'autres formes, lesquelles m'ont donné à connaître aussi leurs pouvoirs, sans m'interdire pourtant de revenir à l'idée initiale de ce poème polyphonique qui me hante. J'en ai entrevu récemment une autre possibilité à l'occasion d'un concert « parlé /chanté » donné dans les foyers de l'Opéra de Bordeaux (« A quoi sert la beauté mortelle ? »), avec trois récitants, un quatuor baroque, des voix – Monteverdi, Gesualdo. L'échange vivant de la musique et du poème m'a saisi. – Cela donnait à entendre cette « conspiration de tous les arts dans le dos de la nature », que dit Rilke, avec le sentiment d'une époustouflante suspension du temps.
MG: – Vous revenez à plusieurs reprises dans des entretiens sur la façon qu’ont l’écriture puis la publication d’advenir chez vous après longue décantation, longue période de mûrissement du presque oubli par quoi la présence de l’événement d’accidentelle devient nécessité, celui-ci requérant non pas le clouage au ciel du poème mais son irruption en son sein qui le fait enfin être, dans sa saveur originelle, et comme première. « Le temps que je laisse au texte, c’est du temps que je lui donne, que je me donne, afin de pouvoir revenir vers lui comme « du dehors » ». Cette perception du dehors de ce qui est part du dedans est-elle vraiment possible ?
JPM : – Flaubert a dit cela très bien : « J'attends que l'abricot soit mûr. ». – Pour ce qui est de ce « retour » à des pages que l'on aura d'abord gardées au chaud (ou laissées refroidir) jusqu'à ce que l'on soit à même d'en enregistrer le fait avec la lucidité requise, je crains qu'il ait quelque nécessité : on ne peut pas, en même temps, être à la fenêtre et se regarder passer dans la rue. Le feu de la perception première doit se conserver, bien sûr, au terme de ces relectures, mais cela n'est, paradoxalement, possible qu'à la condition de cette distance prise avec ce qui s'est déjà déposé dans son premier « dehors ».
MG: – Comment se fait cette réappropriation de l’altérité, dans laquelle l'oubli est une condition de l’éclosion du Même ?
JPM : – Les « premiers jets » sont déjà un « dehors » du « dedans » que vous dites. Ils se sont déposés sous des espèces objectives : ces pages, qu'un autre peut lire. Rien ne s'oppose alors à ce qu'on les appréhende du dehors même où elles se tiennent, comme des faits. Les effets de suggestion de l'expérience que suscite la lecture sont-ils vraiment du « Même » ? Si la trace écrite se conserve bien comme trace, le sujet se sépare vertigineusement de soi dans l'acte de son inscription. Je suis frappé pourtant de la délicatesse de certaines lectures. On dirait alors, miracle !, que tout ne s'est pas perdu de l'expérience première. L'incrédulité de l'auteur, dont c'était pourtant-là l'attente « impossible » tient peut-être d'abord à ce qu'un tiers seulement puisse être en position de juger de la coïncidence de ces deux séries d'événements (l'expérience / le poème), et par là de mesurer aussi l'étendue de la perte, la non-coïncidence, l'écart de l'une à l'autre ?
[entretien réalisé par Matthieu Gosztola, décembre 2011]
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 03 février 2012 à 11h42 dans Entretiens | Lien permanent
« La vie crue, sans phrase,
avait été perdue. » (1990)
Des oliviers plantés avec soin devant nos yeux couvrent
comme une mer la sèche
montagne. Les hommes, ainsi, habitent,
de leur talent l’espace entier du vivable ils
façonnent un visage tenable devant
le chaos des monts : c’est
la torche qu’ils allument leur
poème – devant le tout de l’être, avec modestie,
ferveur. Cette poursuite de travaux salubres est
leur marque. Une cloche soudain taille dans le silence un
ordre On remercie, reconnaissant, de
ce qu’une musique humaine puisse
borner le silence donné – ce don
d’un monde plus grand et
meilleur
Ces signes ne sont pas sans portée. Puisses-tu
carillon matinal valoir métaphore pour
un signe vers
le tout de l’être en sa beauté terrible – d’un coup surgi depuis
attisant nos désirs ! Puisses-tu
poème comme un cri scander
à l’égal de ces notes dans l’aube – et, comme elles, d’assez de portée un chant
pur
À cette condition, la parole n’aurait pas été
chose vaine
Penser est habiter Il n’y a d’autre mesure que la parole
L’Être n’a pas de plein La vérité est son voile Chaque
possibilité nouvelle de la parole, de ce voile, un pli
nouveau. Chacun de ces plis porte
le chiffre d’un poète.
Premières heures du matin, devant la mer d’oliviers,
Delphes, 04. 08. 96
Jean-Paul Michel, « Je ne voudrais rien qui mente, dans un livre. », suivi de « Défends-toi, Beauté violente ! », édition nouvelle, Flammarion, 2010, p. 250-251.
S’il était permis à l’auteur
d’élire un rival à
son livre,
idéalement je voudrais
que, pour ce recueil, ce fut
l’inimitable musique de
ce qui est.
[…]
« Comment sauver poème qui ne sauve… »
Comment sauver poème qui ne sauve
ce qu’il aime (nomme)
le – très réellement – garde
sinon de tout oubli
– puis qu’il n’est de beautés que promises
à perte – du moins
pur
de toute atteinte méprisable &
vers « la pointe la plus fine des temps »
porte
son simulacre scintillant ?
Serions-nous si vains que puissions
de quelque façon prendre
notre parti d’échouer
quand cette tâche – seule – peut valoir
que l’on trace, incise, grave
prie ?
D’avoir été seulement nommé
dans la juste cadence d’un vers
sacre
ce qui ne doit périr.
Puissé-je assez loin nourrir non l’illusion mais
assez fort le goût de la bataille pour
à bras-le-corps saisir lutter prendre
donner forme réelle
ne manquer
à cette folie – seul devoir !
– Sauf à la honte.
Marsala, 6 août 1994.
Jean-Paul Michel, « Le plus réel est ce hasard, et ce feu... », Cérémonies et Sacrifices (1976-1996), Flammarion, 1997, p. 7, 203-204
[proposition de Matthieu Gosztola – lire l’entretien avec Jean-Paul Michel]
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 03 février 2012 à 11h41 dans Anthologie permanente | Lien permanent
La peintre surréaliste et écrivaine américaine Dorothea Tanning, qui fut l'épouse du peintre allemand Max Ernst, est morte mardi à New York à l'âge de 101 ans
article détaillé du Figaro
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 03 février 2012 à 08h40 dans Evènements | Lien permanent
La grande poète polonaise, lauréate du prix Nobel en 1999, vient de mourir, ce 1er février à Cravovie.
Ciel
Voilà par quoi on aurait dû commencer : le ciel
Fenêtre sans rebord, sans feuillure, sans vitres.
Ouverture et rien d’autre,
mais ouverte largement
Nul besoin d’attendre une nuit sans nuages,
ni de lever la tête
pour regarder le ciel.
Je l’ai derrière mon dos, sous ma main, mes paupières.
Le ciel m’enveloppe fermement,
me soulève.
Les montagnes les plus hautes
ne sont pas plus près du ciel
que les vallées les plus profondes.
Pas un endroit où il y en aurait davantage
que dans un autre endroit.
Un nuage est aussi lourdement
écrasé par le ciel qu’une tombe.
Une taupe n’est pas plus au septième
qu’un hibou qui agite ses ailes.
Une chose qui tombe dans le vide
tombe du ciel dans le ciel.
Fluides, liquides, rocheuses
enflammées et aériennes
étendues du ciel, miettes du ciel
ciel qui souffle et ciel qui s’entasse.
Le ciel est partout
jusqu’aux ténèbres sous la peau.
Je mange du ciel, j’évacue du ciel.
Je suis piégé piégé,
habitant habité,
embrasseur embrassé,
question en réponse à question.
Le diviser en Ciel et Terre
n’est pas la façon idoine
d’appréhender ce Tout.
Ça permet juste de survivre
à une adresse plus précise,
plus facile à trouver,
si jamais on me recherche.
Mes traits particuliers :
admiration et désespoir.
Wislawa Szymborska, De la Mort sans exagérer, traduit du polonais pas Piotr Kaminski, Poésie Fayard, 1996, pp. 108 et 109
Sur sa mort :
un article de l’Express, un autre du Point
et dans Poezibao :
bio-bibliographie, extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5,
Rédigé par Florence Trocmé le jeudi 02 février 2012 à 13h59 dans Anthologie permanente | Lien permanent
La poète polonaise Wislawa Szymborska vient de mourir.
un article de l’Express, un autre du Point
et dans Poezibao :
bio-bibliographie, extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5,
Poezibao consacrera son anthologie d’aujourd’hui à la poète
Rédigé par Florence Trocmé le jeudi 02 février 2012 à 11h55 dans Evènements | Lien permanent