Poezibao apprend de plusieurs sources (merci notamment à Eric Dubois et à Denis Heudré), le décès de l’éditeur René Rougerie (voir cet article de Ouest France – l’éditeur effectuait une tournée de libraires en Bretagne) : Décès de René Rougerie
« février 2010 | Accueil | avril 2010 »
Poezibao apprend de plusieurs sources (merci notamment à Eric Dubois et à Denis Heudré), le décès de l’éditeur René Rougerie (voir cet article de Ouest France – l’éditeur effectuait une tournée de libraires en Bretagne) : Décès de René Rougerie
Rédigé par Florence Trocmé le samedi 13 mars 2010 à 09h03 dans Evènements | Lien permanent
Rappel : les éditions Zoé qui accomplissent un remarquable
travail autour de Robert Walser, avec notamment des traductions de Marion Graf,
ont fait récemment paraître deux nouveaux livres, Au bureau,
Poèmes de 1909, et Petite Prose.
Voir la présentation de ces livres ici.
A noter tout particulièrement, les eaux-fortes de Karl Walser qui illustrent le
livre Au bureau
SOIR
Noir jaune devant moi dans la neige luit
un chemin qui se perd sous les arbres.
C’est le soir, et lourd
est l’air imbibé de couleurs.
Les arbres sous lesquels je marche
ont des branches comme des mains d’enfants ;
elles implorent sans fin,
si douces quand je suspens mon pas.
Jardins et haies au loin
brûlent dans un obscur fouillis,
et le ciel embrasé voit, figé de peur,
les mains d’enfants qui supplient
Robert Walser, Au Bureau. Poèmes de
1909, traduction de Marion Graf, édition bilingue, Eaux-fortes de Karl Walser,
pp. 10 et 11
* * * * *
ABEND
Schwarzgelb im Schnee vor mir leuchtet
ein Weg und geht unter Bäumen her.
Es ist Abend, und schwer
ist die Luft von Farben durchfeuchtet.
Die Bäume, unter denen ich gehe,
haben Äste wie Kinderhände;
sie flehen ohne Ende
unsäglich lieb, wenn ich stille stehe.
Ferne Gärten und Hecken
brennen in dunklem Wirrwarr,
und der glühende Himmel sieht angststarr,
wie die Kinderhände sich strecken.
* * * * *
NEIGE
Il neige, il neige, la terre se couvre
d’un blanc fardeau, si loin, si loin.
Du ciel tournoie en giboulée,
titube et tombe, la neige, la neige
Ah, la paix t’est donnée, un espace,
ce monde blanc m’exténue.
Si bien que mon désir, petit, puis grand
pénètre en moi jusqu’aux larmes
Robert Walser, Au Bureau. Poèmes de
1909, traduction de Marion Graf, édition bilingue, Eaux-fortes de Karl Walser,
pp. 44 et 45
SCHNEE
Es schneit, es schneit, bedeckt die Erde
Mit weißer Beschwerde, so weit, so weit.
Es taumelt so weh hinunter vom Himmel
Das Flockengewimmel, der Schnee, der Schnee.
Das gibt dir, ach, eine Ruh', eine Weite,
die weißverschneite Welt macht mich schwach.
So daß erst klein, dann groß mein Sehnen
Sich drängt zu Tränen in mich hinein.
* * * * *
PLUS LOIN
Je voulais m’arrêter,
ça m’emporta plus loin,
le long des arbres noirs,
et sous ces arbres noirs
je voulais vite m’arrêter,
ça m’emporta plus loin,
le long de prairies vertes,
au bord des prairies vertes
je voulais juste m’arrêter,
ça m’emporta plus loin,
vers de pauvres masures,
près d’une des masures
je voudrais pourtant m’arrêter,
regarder sa misère
et la lente fumée
qui monte vers le ciel, je voudrais
m’arrêter là, longtemps.
Je le dis, me mis à rire,
le vert des prés se mit à rire,
la fumée qui montait, fumignon, souriait
ça m’emporta plus loin.
Robert Walser, Au Bureau. Poèmes
de 1909, traduction de Marion
Graf, édition bilingue, Eaux-fortes de Karl Walser, pp. 58 et 59
WEITER
Ich wollte stehen bleiben,
es trieb mich wieder weiter,
vorbei an schwarzen Bäumen
doch unter schwarzen Bäumen
wollt’ ich schnell stehen bleiben,
es trieb mich wieder weiter,
vorbei an grünen Wiesen,
doch an den grünen Wiesen
wollt' ich nur stehen bleiben,
es trieb mich wieder weiter,
vorbei an armen Häuschen,
bei einem dieser Häuschen
möcht' ich doch stehen bleiben,
betrachtend seine Armut,
und wie sein Rauch gemächlich
zum Himmel steigt, ich möchte
jetzt lange stehen bleiben.
Dies sagte ich und lachte,
das Grün der Wiesen lachte,
der Rauch stieg räuchlich lächelnd,
es trieb mich wieder weiter.
Ces trois poèmes ont été mis
en musique par Heinz Holliger hautboïste et compositeur contemporain
Sur Heinz Holliger
Robert Walser dans Poezibao :
Poèmes (lecture d’A. Lance), biobibliographie, extraits 1, extrait 2
Index
de Poezibao
Une de Poezibao
Centre de ressources poésie de
Poezibao
Les favoris de
Poezibao
Sur simple demande à [email protected] :
→ Recevez chaque jour de la semaine "l'anthologie permanente" dans
votre boîte aux lettres électronique
ou
→ Recevez le samedi la lettre d’information, avec les principales parutions de
la semaine sur le site (les abonnés à l’anthologie reçoivent automatiquement
cette lettre)
• Merci de préciser "abonnement à l’anthologie" ou "abonnement à
la lettre seule″
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 12 mars 2010 à 10h45 dans Anthologie permanente | Lien permanent
du vendredi 12 mars au vendredi 2 avril, Paris, conférences
sur Paul Celan
samedi 13 mars, 18h30, Paris, revue RoToR
samedi 13 mars, 19h, Limoges, Fabrice Caravaca
mardi 16 mars 2010, 20h, Toulouse, Howl
jeudi 18 mars 2010, 19h30, Paris, Jean-Patrice Courtois, Emmanuel Laugier
jeudi 18 mars, 20h, Lons-le-Saunier, Printemps des poètes
samedi 20 mars, 11h, Clermont-Ferrand, l’Edition de la poésie, aujourd‘hui et
demain, Ariane Dreyfus, Louis Dubost, Franck Pruja, François Rannou
Dimanche 21 mars, 17h, Gentilly, Christophe Marchand-Kiss, Olivier Apert, avec
le musicien David Tuil, Daniel Pozner
Informations développées dans la suite
de note
par Pauline Trocmé
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 12 mars 2010 à 10h01 dans Agenda, liens, informations | Lien permanent
jeudi 8 avril, 20h,
Caen, Christian Prigent et Emmanuel Adely
vendredi 12 mars, 19 h, Annonay,
Brigitte Palaggi
vendredi 12 et samedi 13 mars,
Hubert Lucot, Danielle Mémoire et Jacques-Henri Michot
dimanche 14 mars 2010, 16h30,
Paris, Les parvis poétiques, Marie-Claire
Bancquart, Bernard Noël, Zoé Valdès, André Velter,
Edith Azam, Olivier Apert, Catherine Zittoun, Linda Maria Baros,
Nicole Barrière
mardi 23 mars, 18 h, École
Supérieure d'Art, Aix-en-Provence, Arno Calleja, Guillaume Fayard, Samuel Rochery, Dorothée Volut
Informations développées dans la suite
de note
par Pauline Trocmé
Rédigé par Florence Trocmé le jeudi 11 mars 2010 à 14h05 dans Agenda, liens, informations | Lien permanent
ACTUALITÉ DE REVERDY
par Antoine Emaz
Bien
sûr, c’est d’abord l’actualité éditoriale avec la publication de ce magnifique
premier tome des Œuvres complètes
chez Flammarion. Quand nous aurons, à l’automne 2010, le tome 2, ce sera toute
l’œuvre reverdyenne rassemblées en deux volumineux volumes. Une bible, une
pléïade au format Flammarion dans la collection Mille et une pages, avec les
notes très précieuses d’Etienne-Alain Hubert, des fac-similés des premiers
recueils, des poèmes inédits… Une mine.
Mais pourquoi Reverdy aujourd’hui ? Pourquoi cette œuvre importe-t-elle
encore maintenant ?
Ce n’est pas simplement affaire de dates et de commémoration. Certes, Reverdy
est mort en 1960 et il était arrivé à Paris à 21 ans, seul et sans appuis, en
1910. Mais cette coïncidence de calendrier me semble de peu de poids pour
expliquer pourquoi Yves di Manno, E.A. Hubert et Flammarion se lancent dans une
entreprise de cette ampleur.
Bien sûr Reverdy n’est pas un poète maudit ou méconnu. En 1952, il était invité
par André Parisot pour dialoguer à la radio avec Breton et Ponge. Char, Dupin,
du Bouchet ont plusieurs fois salué son œuvre. La revue Triages, fin 2007, a consacré un épais numéro spécial à Vingt-trois poètes et Reverdy vivants…
On ne peut donc pas dire que cette œuvre soit tombée dans les oubliettes de la
mémoire poétique, mais force est de constater qu’elle n’a pas le même degré de
reconnaissance que celles d’Apollinaire, Breton ou Aragon… Alors, pourquoi
Reverdy maintenant ?
D’abord peut-être parce qu’il participe au plus haut point, dans ces années 1915-1925, à l’explosion
créatrice et à la complète redistribution des cartes en art qui accompagne la
première guerre mondiale. Sur quelques années, coexistent et se combattent ou
s’allient des personnalités aussi fortes que celles d’Apollinaire, Reverdy,
Jacob, Cendrars, Cocteau, Tzara, Breton, Aragon, Éluard… Beaucoup de poétiques
particulières, très riches, mais qui ne se fédèrent pas jusqu’à ce que Breton
et les surréalistes s’imposent comme école dominante pour l’entre-deux-guerres.
Notre époque vit une pression historique très différente (et heureusement) mais
non moins forte, et c’est la même nécessité de neuf mais pas d’école dominante.
Des groupes se font, se défont, mais pas de poétique qui impose sa norme.
Seulement des trajets d’écriture particuliers, des amitiés et des détestations,
du respect et des clivages, des options d’écriture aux antipodes les unes des
autres, qui coexistent parallèlement. En ce sens, Reverdy est bien de notre
temps, lui qui affirmait « ne pas suivre, ne pas être suivi », et
choisit le retrait à Solesmes en 1926.
Autre point qui me semble recouper des préoccupations actuelles : affirmer
une contradiction motrice de l’œuvre : oser l’invention formelle et
soutenir que « la forme va de soi », qu’elle n’est pas séparable de
l’émotion qui lui donne naissance. Pour le premier terme, l’invention formelle,
il suffit d’ouvrir le tome 1 des Œuvres
complètes, et regarder les fac-similés de La lucarne ovale, Quelques poèmes, et Les ardoises du toit pour s’en convaincre. Ou bien relire le très
étonnant Voleur de talan,
« roman poétique » à clés, difficilement saisissables sans les notes
d’E. -A. Hubert. Mais en lisant ces pages, on constatera aussi que l’élan
lyrique n’est jamais perdu. Évidemment, il est plus bridé (« critique »
dirait J. -M Maulpoix) qu’il ne le sera dans les amples poèmes de la fin, Sable mouvant par exemple. Mais c’est justement pour cette
mise au pas du « je », ce lyrisme froid, freiné, bridé, même s’il
reste moteur du poème, que ces poèmes de 1916 ou 1918 me restent très présents.
Une autre dette vis-à-vis du Reverdy de ces années : l’invisibilité de
l’image. J’emprunte cette expression à du Bouchet dans son très bel hommage Envergure de Reverdy. De La lucarne ovale à Cravates de chanvre, tous ces recueils sont repris dans le tome 1, Reverdy nous débarrasse des avatars
romantiques : « On a voulu tuer le romantisme. Il a la vie dure, il
fallait le tuer. » Mais il évacue aussi l’automatisme surréaliste et le
« stupéfiant image ». On sait que Reverdy théorise l’image poétique
dans Nord-Sud, dont les numéros sont
également présents dans ce tome 1. Les surréalistes s’empareront de cet outil
pour leur propre compte : aller vers le surréel, la dictée de
l’inconscient, etc… Pour Reverdy, il s’agissait bien au contraire de saisir le
« lyrisme de la réalité ». Pour exemple, je prends presque au hasard
un poème du Cadran quadrillé (p 863),
sans pouvoir reproduire sa mise en page particulière :
« Si la lumière s’éteint tu restes seul devant la nuit / Et ce sont tes
yeux ouverts qui t’éclairent / Du jardin montent des bruits que tu ne comprends
pas / De la rouille des feuilles et des branches / L’eau court jusqu’au matin /
Et elle change de voix / Et tout à coup tu penses au portrait blanc qu’encadre
la fenêtre / Mais personne ne passe et ne regarde / Et pas même le vent ne
vient troubler les arbres »
Limpidité de Reverdy, transparence, et arêtes coupantes de cristal. Mais aucun
désir de provoquer le lecteur, de le désorienter. Cette poésie angoissée est
sans expressionnisme. Elle ne joue pas et ne vise qu’un trajet, au plus
exact : de la réalité vécue à « cette émotion appelée poésie ».
Les recueils de cette période sont historiques, bien sûr. Ils ne pourraient
être signés par un jeune poète contemporain, ne serait-ce que parce qu’on ne se
chauffe plus au charbon. Mais les enjeux que pose cette œuvre dans les années
1915-20 me semblent recouper des tensions bien présentes dans la poésie
d’aujourd‘hui : éthique/esthétique, vivre/écrire, réel/image, jeu/ascèse,
forme/liberté, émotion/exactitude, lisibilité/obscurité, moi ?
Donc pas d’embaumement ni de momification.
Ce tome 1 des Œuvres complètes
n’est pas un enterrement de première classe, il demande une lecture active
autant qu’actuelle, pour mesurer combien cette œuvre, qui n’a jamais été à la
mode, ne se démode pas. C’est toute la différence, souvent notée par Reverdy
dans ses carnets, parfois avec le dépit de voir que l’un était mieux reconnu
que l’autre, entre le talent et le génie.
par Antoine Emaz
Cette note d’Antoine Emaz sera bientôt complétée par un dialogue avec Yves di
Manno sur les raisons et les conditions de cette publication, vues sous l’angle
de l’éditeur.
Pour mémoire, présentation publiée le 7 février dans la rubrique Poezibao :
Pierre Reverdy
Œuvres complètes, tome 1
coll. Mille et une Pages, Flammarion
1500 p. - 30 €
Entreprise chez Flammarion dès 1967, la première
édition des Œuvres complètes de Pierre
Reverdy était épuisée depuis de très nombreuses années. Cette nouvelle édition
entièrement refondue (et considérablement augmentée) remet en perspective
l’ensemble de l’œuvre en deux volumes plus maniables. Elle en permet surtout
pour la première fois une lecture raisonnée. Dans ses grandes lignes, l’édition
suit la chronologie des parutions, où alternent prose et poésie –
indissociables chez Reverdy. Chacun des volumes s’ouvre toutefois sur l’un des
deux grands recueils collectifs constitués par l’auteur lui-même, à la fin de
sa vie : Plupart du temps pour le
tome I, Main d’œuvre pour le
tome II. Viennent ensuite les singuliers « récits » introuvables
depuis des décennies (Le
Voleur de Talan, Risques
et périls, La
Peau de l’homme), les recueils de
pensées et d’aphorismes qui ont rythmé sa vie (le Gant de crin, Le Livre de mon bord, En Vrac), ses derniers ensembles poétiques (La Liberté des mers, Au soleil du plafond) et les nombreuses études sur la peinture et la poésie,
réorganisées pour cette édition afin qu’on en perçoive le vrai cheminement.
Signalons enfin la présence dans les Annexes de deux importants ensembles de
poèmes inédits (dont le mythique Cadran quadrillé), ainsi que la reproduction en fac-simile de ses tout
premiers recueils (La
Lucarne ovale, Les
Ardoises du toit) tels que l’auteur
les avait lui-même imprimés. (Prière d’insérer)
Rédigé par Florence Trocmé le jeudi 11 mars 2010 à 11h23 dans Notes de lecture | Lien permanent
En écho au Marsyas
de la poète allemande Anja Utler présentée hier dans l’anthologie
permanente, celui du poète américain Nathaniel Tarn, traduit par Auxeméry.
WAR STILLS/DISTILLATS GUERRIERS
Groupe Un
1. EFFET MARSYAS
Marche parmi les arbres : ruban d’émeraude,
réminiscence d’il y a longtemps : était-ce une peinture,
était-ce quelqu’un en train de peindre, ou autre ? Soleil,
premier principe. Il y a ici un principe pour ce qui souffre.
Il y a une bribe d’amour parmi tous ces verts, amour du lieu
lui-même : recette locale pour l’extinction de voix, l’asphyxie.
Cet étage passe au travers d’un étage, il passe au travers de cet étage,
il continue à traverser les étages un à un jusqu’au cœur de l’enfer. On
continue
à marcher sans autre possibilité. Une dignité ressort du ruban d’émeraude,
la seule sorte de dignité à laquelle cette marche peut faire penser — seule
pensée possible dans l’adversité. Jamais été aussi bas : [durant toutes
ces années, jamais si bas]. Preuve évidente : de ceci seulement, de cela
seulement — mais de telles choses choses, pas d’esprit :[soleil interdire
elles pouvoir être esprit]. Loin du compte, à l’infini, une guerre prend
de l’ampleur. Troisième ou quatrième guerre de même type — les mouvements
en sont évidents depuis le début, sauf pour les analystes
de l’expédition militaire et qui diable s’en formaliserait pour si peu,
chez les spécialistes ? Il y a ceux qui sont spécialisés en tuerie
et ceux qui sont spécialisés en mort simple ; l’hôpital est
plein au premier jour, les médecins en petit nombre et, après tout,
les gens sont en train de mourir depuis maintenant un temps considérable
grâce à un procédé de strangulation que les tueurs ont perfectionné.
Le soleil est du côté des tueurs, pas des gens qui disparaissent. Et puis
les quatre ou cinq meneurs qu’on distingue dans le peloton des tueurs
déblatèrent à l’envi sur les écrans télé [et la télé déroule le
spectacle] :
le redoutable rouleau des spectacles télé, le déroulé sans fin de la
més- et dés- : [désinformation]. À marcher au milieu
des arbres d’ici, désir irrésistible de témoigner pour
Marsyas. Pendu à son arbre, il est tête en bas,
les testicules serrés d’une corde, lui-même fort et bien encordé
tel ce dictateur et sa compagne dans les années quarante ou cinquante
au milieu des arbres en Italie, charmantes nouvelles. Qu’on multiplie
Marsyas par quatre ou cinq et on aura complété le tableau
de la situation qui nous pend à notre nez de coupables avertis.
Ils ont failli de façon abyssale à justifier la langue.
Ceci pour parler de guerre [car tous à présent parlent guerre]
et il est décent de montrer quelque opposition. Au plus bas
des étages, là où la glace est fabriquée par les machines
que Marsyas a achetées, les armes de destruction massive,
le plaisir du Titien, en son grand âge, fait la description
d’un écorchement dans sa perfection. Dignité, évidence, et même
effervescence. Voilà bien ce qu’on peut faire en peinture !
L’éclat d’émeraude de la mer sous la surface — avec une odeur étrange,
la peau qui s’épluche de sur les muscles et sur les os,
la puanteur des traîtres à une cause, réunion de prédateurs.
Nathaniel Tarn, traduction inédite d’Auxeméry
Nathaniel Tarn dans Poezibao :
bio-bibliographie, extrait 1
Qui est Marsyas
Le
tableau de Titien évoqué dans le poème de
Les références et la version originale seront données ultérieurement.
Index
de Poezibao
Une de Poezibao
Centre de ressources poésie de
Poezibao
Les favoris de
Poezibao
Sur simple demande à [email protected] :
→ Recevez chaque jour de la semaine "l'anthologie permanente" dans
votre boîte aux lettres électronique
ou
→ Recevez le samedi la lettre d’information, avec les principales parutions de
la semaine sur le site (les abonnés à l’anthologie reçoivent automatiquement
cette lettre)
• Merci de préciser "abonnement à l’anthologie" ou "abonnement à
la lettre seule″
Rédigé par Florence Trocmé le jeudi 11 mars 2010 à 10h42 dans Anthologie permanente | Lien permanent
•du
mercredi 10 au samedi 13 mars 2010 à 20h30 ainsi que le vendredi 12 mars à
15h00, Paris, la Compagnie De(s)amorce(s)
•jeudi 11 mars, 19h, Paris, Maram al-Masri & Bruno Doucey
•vendredi 12 mars, 20h30, France Culture, Laurent Jarfer et Ilan Kaddouch
•vendredi 12 et samedi 13 mars 2010, Marseille, Les temps multiples à l'œuvre, Hubert Lucot, Danielle Mémoire et
Jacques-Henri Michot
Par Pauline Trocmé
Informations agenda développées dans la suite de note
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 10 mars 2010 à 16h58 dans Agenda, liens, informations | Lien permanent
Dominique Saint-Dizier apparaît comme un électron libre dans l’espace
littéraire et artistique. Il se définit « auteur-plasticien », mêlant
étroitement les mots à des œuvres visuelles, sans céder à aucune
hiérarchisation des disciplines. On pourra voir, dans le présent ouvrage,
quelques uns de ses « dessins » composés exclusivement de mots illisibles,
une façon pour lui d’exprimer le silence. Depuis longtemps, Dominique
Saint-Dizier a cessé de se poser des questions. Cela ne l’empêche pas de se
poser les questions des autres, des questions
qui posent problème et qui l’ont incité à en dresser une première énumération
constitutive de ce livre pour le moins déroutant. Ainsi qu’il l’exprime
lui-même dans ces pages, « l’auteur-plasticien » mène un travail qu’il compare aussi à une « errance
ontologique » destiné à « réduire l’écriture à
son in-signifiance. » C’est dire qu’il tord volontiers le cou aux
certitudes et se montre très méfiant vis-à-vis d’un langage porteur de sens.
Humour et dérision sont convoqués pour « tordre la rationalité »
ainsi que les conformismes bienveillants qui justifient nos actes. Des questions qui posent problème » décapant - sans état d’âme - une langue
maquillée protectrice de doutes intérieurs. Voici quelques unes de ces
dérangeantes questions : « En
quel endroit de votre corps vous sentez-vous le plus vous-même ? »,
« De quel côté de votre peau vous sentez-vous plus nu(e) ? »,
« Est-ce que l’homme qui suit son ombre de très près prend un
risque ? », « Est-il possible d’arriver le premier à son terrier
en courant deux lièvres à la fois ? » J’en ajouterai une :
« Etes-vous prêt à répondre aux questions de ce livre ? »
par Alain Helissen
Dominique Saint-Dizier
Questions qui posent problème
éd. Corps Puce
90 pages ; 14 €
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 10 mars 2010 à 10h21 dans Notes de lecture | Lien permanent
MARSYAS, CIRCONSCRIT
L’articulation peut se produire [..] aussi
dans une aspiration (sons ingressifs pulmonaires).
Ainsi par exemple dans l’expression d’une légère
douleur soudaine parfois un
[f] inspiré est utilisé.
R. Arnold / K. Hansen
longtemps après est :
comme crécelle comme : si respiration trouvait rythme et
le long du bord craquent ou claquent les capsules
la semence : jaillit gicle profond, depuis
le rivage, dessus la terre
avant :
glisse la langue autour du palais chuintant
en roucoule et grisolle au (..) dans la chaleur
elle - herbe coupée – s’efface
transsiffle aussi - un écho - le vent
1
surplombé – encercler
marsyas, ça : pendu au tronc
bientôt : délivrance, agrippé à la branche – derme –
est : tendu, vers les ombres aux aisselles
qui fuient, vers la lame à le couper
- le souffle capté – voir : elle ouvre l’obscure
pensée : aux courants d’air et de lumière
_
ainsi : tâter, les doigts, veulent : se nouer à cette croûte elle
crisse aux ongles elle : craquèle comme par : la lumière aspirée
- [kch] – déchirable, vers l’écorce, dessous l’aveugle – [ssh] –
bois de croissance actif creuse – en silence – le noyau noircissant
_
2
palper – souvenu
-
juste : embruissé ce qui pousse la tigée pulsant daphnés, qui
bourgeonnent : tôt dans l’an rose : calices fendus – fiévreux
ça : éclate aux doigts – [ff] – bisexe – [tss] – plumeté a-
valé de lumière ça : s’écoule en fibres et drupes fruitées
-
3
proprement : séparer
lui soi-même : à observer de lui : luisent les membres ils
glissent en suée – en crampe – blanchâtre devant
le tronc vient le sel : sous l’aisselle lui fleurissent,
se figeant, cristallant, puis, quand membrane
abrasée par le vent en parchemin retournée
suspendue – pigne dans pulpe – se détache la vision
_
ainsi : cannelé le : limbe éclosent de la vase : stries le
roseau coupant balance : les épillets – [ch] – s’aiguisent et
incisent cisaillent – [tsch] – siffle : sibilant – la
cornée les boutons de baies – [bfch] – s’érafle : au vent
_
4
défoisonné - déverser
vergetées, les courbures, de fils détachés de l’entraille
cachée : voulaient donc pulluler ces cellules épinées
cellules cornues : couches germantes, elles voulaient, ourler
ce qui doit être nommé : cordonnerie comptable. abouchant
les os aux arêtes aux : piquants appendices auront
à être effeuillées et : devront aux facettes capucines
aux muscles du ventre s’accorder, relever rabaisser les côtes
en dessous : le poumon, ouvert au toucher, s’est tassé,
sous la pression de l’air
_
pelurées : acérées les feuilles : sur tige nervurées paniculées
frissonnant – [tss] – entre les doigts au bec de flûte ondulant
tremblent se fendent : scindant l’arrivée d’air – [ssh] – frémissent les
roseaux collés aux lèvres aux grappes s’écarte dégorge : retrouve son
unité
_
5
tourbillant – dévaster
tressaille – l’air traversé voltigé d’oiseaux –
à triturer les sillons assombris de la scie – les
traçant jusqu’aux abdominaux – voir : déplumer remplumer
les côtes comme : des ailes qui battent inondant : erre regard
s’enfonce se perd en fouillis essors entrelacs (…)
écarquillé entraîné s’affole : cette blessure qui s’affaisse
la bouche : s’évase encore et se tait
- karstique soudain – s’asséchant
entretemps :
est dessaisi entier s’effondre : lui à lui – enfin – de face
et gicle de lui s’écriaille dégargouille – une plainte –
lui seul d’abord : délié des tensions marsyas va
finalement : refluer sur une terre d’attente
ne fuyant pas : il sourd
Traduit de l’allemand par Jean-René Lassalle
Extrait de : Anja Utler : münden – entzüngeln, Korrespondenzen,
Vienne 2004.
Version originale en cliquant sur « lire
la suite… »
par Jean-René Lassalle
Bio-bibliographie de Anja Utler
Index de Poezibao
Une de Poezibao
Centre de ressources poésie de
Poezibao
Les favoris de
Poezibao
Sur simple demande à [email protected] :
→ Recevez chaque jour de la semaine "l'anthologie permanente" dans
votre boîte aux lettres électronique
ou
→ Recevez le samedi la lettre d’information, avec les principales parutions de
la semaine sur le site (les abonnés à l’anthologie reçoivent automatiquement
cette lettre)
• Merci de préciser "abonnement à l’anthologie" ou "abonnement à
la lettre seule″
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 10 mars 2010 à 09h49 dans Anthologie permanente | Lien permanent
Anja Utler est une poète allemande née en 1973 dans une région marécageuse du
Haut-Palatinat. Elle s’est occupée d’orthophonie et son écriture insiste sur
les qualités sonores de certains phonèmes isolés qu’elle prononce avec
attention dans ses lectures publiques. En 2002 elle édite en livre de poche une anthologie sur le thème de
l’amour vu principalement par la jeune génération des poètes allemands. Elle a
habité Saint-Petersbourg et traduit des poètes russes, un de ses poèmes étant
dédié à Marina Tsvetaïeva (« sybille »). Elle a reçu un prix au
festival de musique contemporaine de Donaueschingen pour une courte pièce radiophonique où sa voix se
dédouble, hachant les syllabes, mêlant des mots slaves. En 2009 son éditeur
viennois Korrespondenzen a publié son nouveau livre avec un CD audio.
Bibliographie :
münden – entzüngeln. Korrespondenzen 2004.
brinnen. Korrespondenzen 2006.
plötzlicher mohn. Münchner Reden zur Poesie. Lyrik Kabinett 2007 (essai)
jana, vermacht. Korrespondenzen 2009 (avec CD)
Traductions en français:
Dans la revue Action Poétique n°180 (par François Mathieu) et dans
l’anthologie de poésie allemande L’Amour aux temps de l’U.E (Editions
Biliki, Bruxelles, 2008)
Sitographie :
On peut l’entendre lire son poème
« Sybille » en allemand avec traduction française
cliquable sur le site Lyrikline.org
par Jean-René Lassalle
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 10 mars 2010 à 09h43 dans Poètes (fiches bio-bibliographiques) | Lien permanent