Je
remercie vivement Pierre
Maubé qui a bien voulu me communiquer, pour publication dans Poezibao,
cette lettre qu’il a écrite à l’intention des participants au concours de
poésie organisé par l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres (IUFM) de
Paris, dans le cadre du Printemps des Poètes. Il
s’agit d’une série de conseils et de données pouvant être utiles à un poète
cherchant à publier son travail.
En guise de
préambule
Vous écrivez. Notamment
des poèmes. Vous aimeriez que ces poèmes soient lus, vous aimeriez qu’ils
soient publiés. Vous avez raison : comme toute création littéraire, la
poésie, si elle naît dans la solitude, ne s’épanouit que dans la rencontre. Un
poème appartient autant, voire plus, à ses futurs lecteurs qu’à son auteur.
Oui,
mais voilà : qu’en faire ?
A
qui adresser ses textes ? Qui publie de la poésie aujourd’hui en
France ?
Les
lignes qui suivent ont pour but de vous apporter quelques éléments de réponse.
LE principe
Tout
d’abord, un principe, LE principe de base, qui reviendra, refrain,
refrain, leitmotiv, « fatiguer (votre) mémoire ainsi qu’un
tympanon » tout au long de cette lettre : LISEZ.
Vous écrivez. Très bien.
Lisez-vous ?
Lisez-vous quelques-uns
des milliers de poètes qui, aujourd’hui, ici et maintenant, autour de vous,
écrivent et publient ? Pourriez-vous citer le nom de l’un d’entre
eux ? Le titre d’un de ses livres ? Quelques-uns de ses vers ?
Non ? Rassurez-vous,
vous n’êtes pas les seuls. En fait, vous êtes presque tous dans ce cas :
vous voulez que vos poèmes soient lus, et vous ne lisez pas ceux des autres.
Aujourd’hui, quelque
200 000 personnes en France écrivent des poèmes. Si chacune de ces personnes
achetait une fois par an un recueil de poésie contemporaine, les éditeurs
hésiteraient un peu moins avant de publier quelques-uns des innombrables
manuscrits de poésie qu’ils reçoivent.
Une
revue de poésie, à moins d’être abondamment subventionnée (vaste et délicat
problème, qui sort hélas des limites de cette lettre), publie en moyenne chacun
de ses numéros à 400 exemplaires, et survit grâce à 200 ou 300 abonnés.
Un
éditeur de poésie peut s’estimer heureux s’il vend (hors subvention) le premier
recueil d’un auteur inconnu à plus de 150 exemplaires. Et bien des poètes
« connus » (connus de qui ?), pour leur dixième ou vingtième
recueil ne dépassent pas ce chiffre, ou pas de beaucoup.
600
revues, 500 éditeurs
Aujourd’hui,
en ce moment, plus de 600 revues, plus de 500 éditeurs publient des poèmes,
publieront bientôt peut-être vos poèmes. Mais pour qui ? Pour quelques
centaines de lecteurs.
Si
même les poètes ne lisent pas ou presque pas de poésie contemporaine, il faut
vraiment être fou pour continuer à publier cette étrange chose que personne ne
lit. C’est ce que se disent chaque jour éditeurs et revuistes.
Alors,
beaucoup se découragent. La liste des revues et éditeurs de poésie disparus
depuis dix ans remplirait plusieurs pages.
A
qui la faute ? Aux journalistes, aux libraires, aux bibliothécaires, aux
enseignants (c’est ce qui est pratique avec les enseignants, quel que soit le
problème on peut toujours dire que c’est de leur faute) ? A l’air du
temps ? Je ne sais pas.
Donc,
s’il vous plaît, ne vous précipitez pas sur les adresses qui vont suivre pour
expédier vos textes comme on lance une bouteille à la mer. Commencez par
lire quelques numéros de ces revues, quelques recueils de ces éditeurs, et
voyez si ce qu’ils publient correspond à ce que vous écrivez.
Si
ce n’est pas le cas, accueillez ces écritures différentes, laissez-les vous
interroger, suivez-les (ou pas) dans leur aventure, aimez ou détestez, relisez,
critiquez, rejetez, adoptez, faites des rencontres.
Si
c’est le cas, si vous voyez que cet éditeur, que cette revue publient ce que
vous aimez lire, ce que vous aimez écrire, alors, et alors seulement, proposez
vos textes. Et dites dans votre lettre pourquoi vous aimeriez rejoindre les
auteurs de cette revue, de cet éditeur, pourquoi vous vous sentez un peu de
leur famille.
Comme
l’écrit, le dit, le répète sans cesse Louis Dubost, fondateur des éditions L’Idée
bleue (un peu de patience, l’adresse se trouve page suivante) : «
… je privilégie, dans mes relations avec les auteurs, ceux qui, manifestement,
n’ont pas envoyé leurs manuscrits à l’aveuglette, et qui ont effectué cette
démarche en toute connaissance de cause, après avoir longuement fréquenté les
auteurs de mon catalogue. » (1)
Si
vous savez cela, vous savez l’essentiel.
« Oui mais, me
direz-vous, tout cela c’est bien beau, mais comment connaître ces revues et ces
éditeurs qui ne sont ni dans les librairies, ni dans la plupart des
bibliothèques, et dont les médias ou nos enseignants ne nous ont jamais
parlé ? »
C’est effectivement une
objection recevable.
Je vous propose donc,
mais ce n’est qu’un début de solution :
quatre annuaires,
un lieu,
quelques revues
« ouvertes », quelques revues plus sélectives,
quelques éditeurs,
quelques conseils,
quelques anthologies,
deux ouvrages de
référence.