Je recommande chaudement la lecture du passionnant numéro d'été de la Quinzaine Littéraire, consacré à l'Envie de lire.
J'en extrais cet encadré, un très beau texte de Jean-Michel Maulpoix :
La lecture comme l’amour
« Quelqu’un vous a ouvert sa porte et vous invite à
vous asseoir. Quelqu’un vous offre à boire. Quelqu’un qui n’est pas là. Qui y
est sans y être. Qui n’a de visage qu’en sa voix. Cette ombre que vous ne voyez
pas pourrait être la vôtre.
Cette ombre vous ignore. Elle parle dans le silence. Elle ne
sait rien de vous, et pourtant elle vous cherche. Elle vous désire et vous
dérange. Parfois, elle se dénude brusquement et toute entière se livre.
C’est une curieuse histoire, celle qui d’entre les pages
fait ainsi se lever une espèce de corps chimérique qui vous est destiné et dont
vous n’étreindrez que l’ombre.
Capable de solliciter la gamme entière de vos affections et
de vos pensées, la lecture est le seul amour qui soit d’une réciprocité
parfaite.
Comme l’amour, la lecture est jalouse. D’un amour jaloux
pour les inconnus et pour leurs vies secrètes. A ces chambres d’hôtel que sont
les livres, on accède toujours par des escaliers dérobés.
Ce que nous donnent les livres, ils ne le reprennent pas. Et
c’est pour chacun du même geste que commence une toute autre histoire. »
Jean Michel Maulpoix, encadré de la Quinzaine Littéraire n°905, 1er au 31 Août 2005, p. 27.


