Ondes gravitationnelles
Je suis fascinée par l’immense découverte qui vient d’être annoncée, même si je dois dire en toute honnêteté que j’y comprends bien peu de choses.
De quoi s’agit -il ? ! « Les membres des collaborations Ligo et Virgo viennent en quelque sorte de fêter dignement le centenaire de la théorie de la relativité générale d’Albert Einstein avec une salve de publications à propos de GW150914. Derrière ce nom énigmatique se cache tout simplement la détection de la "lumière gravitationnelle" produite à environ 1,3 milliard d’années-lumière par le plongeon puis la fusion de deux trous noirs contenant chacun environ 30 masses solaires, et qui vient seulement d’être détecté sur Terre, plus d’un milliard d’années après, par les interféromètres de Ligo aux États-Unis. » (source)
Ce que j’ai compris, c’est que la fusion de ces deux trous noirs, phénoménal phénomène d’une puissance inimaginable, a généré une onde qui a déformé l’espace-temps et que cette onde au bout d’un milliard d’années a touché la terre, produisant une infime déformation dans un système destiné à la capter. Qu’il ne s’agit pas d’un fait constant comme je l’avais pensé, un train d’ondes continu, mais d’un phénomène toujours lié à un évènement stellaire de très forte puissance.
Écriture et système de refroidissement
Antoine Emaz a relevé cette idée de l’écriture comme un système de refroidissement qui m’était venue en lisant Sanda Voïca. Il m’écrit :
« "écrire comme système de refroidissement" : j’ai toujours aimé les images techniques ou mécaniques. Celle-ci me semble bien parlante, depuis le lyrisme le plus chaud jusqu’au formalisme le plus clinique et congelé. Les poètes pourraient se "ranger" sur cette échelle, sans doute. Cela me fait penser au jeu de l’objet caché avec les enfants : « tu chauffes, tu brûles, tu refroidis, tu es glacé… » La vie pure brûle, la langue pure est froide, on écrit entre, en évitant les deux extrêmes, où il n’y a plus de vie ou bien plus de langue… »
De l’évaluation juste d’une œuvre ou d’une découverte
Mesurer l’ampleur du génie : il en va sans doute différemment si nous connaissons le domaine dans lequel s’exprime ce génie ou pas du tout. Nous pouvons peut-être avoir de la difficulté à sonder l’ampleur du génie d’un grand écrivain parce que la langue nous la pratiquons tous ; sauf à être peintres nous-mêmes, le génie du grand peintre nous frappe peut-être plus ; en musique cela se resserre encore car si peu nombreux sont ceux qui connaissent les techniques de la composition ; quant à la science, le génie d’un Einstein nous sidère, lui qui par ses calculs a été capable de prévoir tout un système d’une audace et d’une complexité incroyables, que la détection, pour la toute première fois, d’une onde gravitationnelle, vient confirmer de façon éclatante ! On le mesure d’autant plus que ce langage-là des mathématiques ou de la physique nous est totalement étranger, hermétique.
De la photo comme « chasse des anges »
« La photo, c’est la chasse. C’est l’instinct de chasse sans l’envie de tuer. C’est la chasse des anges : on traque, on vise, on tire, et clac ! au lieu d’un mort on fait un éternel. »
→ je songe alors lisant ces mots, les recopiant plutôt, et en différé, aux oiseaux aperçus près de Port-Nieux et que ceux qu’on appelle les twittos (ceux qui participent au réseau social Twitter) m’ont permis d’identifier, aigrette et tadorne. Il y a eu en effet lors de la « prise » de ces photos quelque chose qui s’apparentait à la chasse. Les oiseaux étaient farouches ; si je restais dans la voiture, ils ne bougeaient mais dès que j’en sortais, avec pourtant mille précautions, ils me détectaient et s’envolaient immédiatement pour aller se poser trop loin pour la portée de mon appareil.
(Citation est de Chris Marker, faite par Sanda Voïca, dans un des poèmes de Epopopoèmémés.
« Émue par mes mots »
« Emue – par mes mots : je me suis enfin passée la parole »
→ que de fois je ressens cela lorsque j’ouvre le flotoir et singulièrement les jours où tout est sombre. Se donner la parole, se retrouver, se mettre à l’abri aussi, un petit temps, pour mieux repartir ensuite. Rien de narcissique dans ce dire de Sanda Voïca, mais un constat : elle a mis du temps pour accéder à sa parole, elle qui a dû vivre l’exil et faire le détour de l’autre langue, devenue sa langue d’écriture, ce qui n’est pas rien ! S’il y a un aspect épopée dans ce livre, comme l’indique le titre, ce serait la grande aventure d’appropriation de la parole, de sa propre parole.
C’est un livre étrange et attachant que cet Epopopoèmémés au nom si difficile à dire et à écrire. Il y a une sorte de mise à nu de l’être dans son fonctionnement élémentaire, non pas confidences ou indiscrétions, même si le quotidien le plus trivial affleure souvent, mais parce que la couche touchée par l’écriture est bien plus profonde que celle du biographique anecdotique. C’est celle de l’identité en son royaume si incertain et fluctuant, celle de la si bien dite « raison d’être », de l’engagement de soi au vif de la vie. Non pas au sens d’un héroïsme mais dans le sens d’un investissement profond, où le divertissement (au sens de Pascal) n’a pas sa place, alors même que l’humour, le retrait sont présents et possibles. Et où tout se concentre, vivre, écrire, lire, agir, rencontrer, dialoguer : « presser les jours jusqu’à leur dernière goutte. » (98)
(en lisant Sanda Voïca, Epopopoèmémés)
Penser, approfondir
« Penser, approfondir, avancer judaïquement dans les heures de la journée / Bifurquer, surtout / Hiberner, aussi. Se remplumer. » (100)
→ Indispensable diastole / systole. Oui hiberner, se remplumer. Ai toujours pensé qu’à hiberner je préfèrerai « estiver », car j’aime l’hiver et pas l’été et que si retrait il y avait, je préfèrerais qu’il soit estival. Se mettre à l’ombre, à l’abri de la chaleur, au frais.
Le retrait : à minuscule échelle, une heure de temps, une poignée de minutes, parfois cela suffit. Fermer les écoutes et brancher l’écoute. Ne plus émettre. Interrompre si possible cet incessant mouvement d’émission intérieure vers autrui, phrases adressées, projets l’impliquant, décisions dédiées.
« Je m’enfonce de plus en plus dans mon échine, dans ma charpente / la bonne carrure enfin » écrit encore Sanda Voïca (101).
Silence du cerveau
« Silence du cerveau, silence de la peau, silence des orteils, silence des yeux. / Anti-logos, pour l’harmonie tout court. / Dans l’extrême harmonie. / Mémoire ? Silence de la mémoire aussi : elle aime se taire au plus profond des neurones. » (104)
→ ces orteils ! Ils me font penser à ce jeune musicien vu sur Arte et qui, privé de bras, jouait du cor avec les orteils de son pied gauche. Et c’était stupéfiant de qualité et de musicalité, même si profondément dérangeant à regarder, dans un premier temps. Aucun exhibitionnisme, mais un désir de musique qui l’a poussé à ce prodige. Il aurait pu chanter, mais non ce qu’il voulait c’est jouer d’un instrument de musique. À n’importe quel prix.
→ ce silence du cerveau, ce silence de la mémoire, l’anti-logos, ce que décrivait aussi le neurochirurgien Hugues Duffau, en parlant de recherches contemporaines à partir d’IRM qui tentent de « voir » ce qui se passe dans un cerveau qui essaie de ne pas penser, de ne pas produire de mots. Toutes expériences qui sont proches de celles de la méditation. Passer au-delà de la barrière de corail des mots, disais-je il y a peu. Constater qu’ils sont terriblement tenaces, les mots. Mais que parfois, quelques instants, on peut atteindre une sorte de silence du cerveau. Ce qui permet, il faut le souligner, de décupler ses capacités perceptives. (en lisant Sanda Voïca, Epopopoèmémés)
Non uniforme
Un texte, même contenu dans un seul livre, conçu d’un seul tenant, n’est que très rarement uniforme. Il a ses hauts et ses bas, ses creux et ses pics, c’est un paysage. Parfois il nous parle, se met à vibrer. Parfois, il reste désespérément plat et n’offre aucune prise. Notre heure de visite n’y est pas pour rien. Nous venons avec notre élan et notre soif, nous venons avec notre lassitude et notre satiété. Les circulations qui s’opèrent dans le temps de la lecture sont si complexes.
Surréalisme
Ce n’est que sur la fin de ma lecture que je décèle une tendance surréaliste, au sens large, chez Sanda Voïca qui ne correspond pas par hasard avec Alain Jouffroy. Voici par exemple le poème de la page 116 avec son étrange « pis de silence » à traire. Il me met cette idée en tête, me l’impose brièvement. Élément classifiant qui aurait pu désamorcer quelque chose de l’électricité de la lecture. Je suis donc heureuse de n’y avoir pas pensé plus tôt et constate à quel point notre pulsion à classer, étiqueter, ordonner peut être néfaste à la bonne lecture. Elle rabat sur au lieu de nous ouvrir à.
Le mertrou
Elle use de tous les registres de langue, Sanda Voïca, néologise, fait des jeux de mots : « Quand je me pose trop de questions, je me retrouve dans le mertrou » (117)
→ superbe invention que ce mertrou, qui devrait plaire à Patrick Beurard-Valdoye qui est un des rares écrivains à proposer des néologismes que je peux accepter. J’y suis très réfractaire parce qu’ils me font l’effet de grumeaux de farine dans la sauce, trop souvent. Il leur faut un élan, une fusion avec la phrase, la pâte de la langue très forts, au point qu’ils pourraient en devenir membres de droit ! Mertrou me semble avoir droit d’asile.
(En lisant Sanda Voïca, Epopopoèmémés)
L’arbre des Toraja
Chez les Toraja, qui peuplent une île d’Indonésie, on n’enterre pas les nourrissons et les tout petits enfants morts. On creuse un trou dans un grand arbre, on y dépose le petit corps, on ferme la cavité avec de la paille et « au fil des ans, lentement, la chair de l'arbre se referme, gardant le corps de l'enfant dans son grand corps à lui, sous son écorce ressoudée. ». L’arbre va croître désormais habité par la présence des restes de ces petits enfants. C’est l’explication du titre du dernier livre de l’écrivain et cinéaste Philippe Claudel, qui est une belle méditation sur la vie et sur la mort, L’Arbre du pays Toraja.
Voix sombre
De la mort il est aussi question, à chaque page, dans le très beau livre de Ryoko Sekiguchi, La Voix sombre. Ryoko Sekiguchi qui fait remarquer que « de nos jours, les traces d’une personne sont principalement conservées dans la forme du support visuel ». (23)
→ Des dizaines, des centaines de photos et si peu de voix, si peu d’ambiances sonores enregistrées.
Fermer les yeux, écouter
Fermer les yeux / écouter, leitmotiv de la vie, de plus en plus. Dans l’autobus écouter le moteur et les voix, les engrenages de bruits du moteur au démarrage et le tac-tac crépitant de certaines voix humaines. La Voix humaine. Alors que Denise Duval vient de mourir ce 25 janvier 2016.
Le virtuel seul
Ryoko Sekiguchi montre que tout ce que nous conservons de ceux qui sont morts est virtuel. Des images essentiellement. Hier c’était des mèches de cheveux, des lettres manuscrites : « on s’est retiré du territoire du corps pour entrer dans une zone sans odeur ni toucher. »
→ et je repense à ce texte lu quelques heures auparavant, à haute voix, à M., le livre de Philippe Claudel, L’Arbre du pays Toraja.
« La voix est la seule partie du corps qu’on ne peut pas enterrer » écrit encore R. Sekiguchi.
→ dès la composition de l’anthologie permanente, qui lui était consacrée, il y a quelques jours, cette idée, si évidente, si forte et qui dans le même temps suscite une forte résistance interne : il me faut constituer une bibliothèque sonore de voix. Avec celles de mes proches, mais peut-être pas uniquement. Je réfléchis à la méthode. Je pense à Boltanski et à ses enregistrements de pulsions cardiaques anonymes et dans ce sillage, je me pose cette question : si nous les avions recueillies, que nous diraient, que nous feraient les voix de ceux que le XXème siècle a exterminés ?
Christian Boltanski a en effet entrepris de constituer ce qu’il a appelé « les archives du cœur ». « Poursuivant son investigation sur la mémoire – "La petite mémoire" et non "la grande mémoire préservée dans les livres", "cette petite mémoire qui forme notre singularité, […] extrêmement fragile, et [qui] disparaît avec la mort", comme il aime à le rappeler – Boltanski invite chacun des visiteurs de son exposition à enregistrer, dans une cabine prévue à cet effet, les pulsations de son propre cœur et à participer à la constitution des "archives du cœur de Christian Boltanski". » (source)
De la trace
« Les photos sont des traces mais la voix est bien une extension du corps. » (27) Mais pourquoi alors, pourquoi cette frénésie de photographier les visages et cette négligence à enregistrer les voix, alors que photographie et enregistrement sont aussi faciles aujourd’hui. Enregistrer les voix sans doute encore plus facile, car il n’est pas besoin de lumière et c’est si discret : les espions eux ne s’y trompent pas.
(En lisant La Voix sombre de Ryoko Sekiguchi).
Les voix sans corps
Et pourtant cette intense écoute des « voix sans corps » depuis la fin de l’enfance, ces milliers d’heures du soir ou de la nuit à écouter des voix, celles des acteurs des dramatiques de France Culture ou France inter, celles des interviews, voire même à certaines époques celles des dialogues avec les auditeurs ! Et ce fait que quelques millisecondes de l’écoute d’une voix pouvaient parfois me faire fuir sur le champ. Et toutes ces questions sur les voix d’aujourd’hui dans les médias, tant de « crécelles » et hélas aussi quelques mitraillettes. Et ce fait stupéfiant que l’on reconnait une voix aussi bien, parfois mieux même qu’un visage, en un éclair de temps.
L’odeur s’évanouit, la photo date, dit R. Sekiguchi mais la « voix, elle, est intacte » (28)
(En lisant La Voix sombre de Ryoko Sekiguchi).
Effacement
« Les vraies voix ont toutes les raisons de craindre les vivants qui cherchent à se débarrasser des morts. La voix nous visite. La voix nous déstabilise. Quiconque redoute ce passage et voudrait délimiter clairement les deux mondes cherchera avant tout à bannir les voix enregistrées, contrairement à ceux qui les recherchent désespérément. » (33)
(En lisant La Voix sombre de Ryoko Sekiguchi).
Effacement encore
L’effet de la lecture ne cesse pas immédiatement quand on arrête concrètement de lire. Il y a une rémanence intérieure de la lecture. L’effet principal en est une verbalisation intense, souvent très marquée par le style de ce que l’on vient de lire et qui comme un train lancé à grande vitesse garde une forme d’énergie cinétique avant de s’amenuiser puis de s’éteindre.
Les esquisses de Jean-François Billeter
Cela fait longtemps que je lis cet auteur qui publie des livres petits mais importants chez Allia. J’ai lu très vite la première « Esquisse » du livre lorsque je l’ai acheté. Cette description concentrée comme en une balle de plomb du cycle historique et social inauguré il y a deux siècles avec l’invention du salariat et qui nous a menés là où nous en sommes aujourd’hui en termes d’inégalités abyssales et de dérèglements de tous ordres est impressionnante. Avec son constat glaçant : « Les signes avant-coureurs de la catastrophe se multiplient. Tout est allé très vite et va aller encore plus vite. »
(en lisant Jean-François Billeter, Esquisses, Allia, 2015)
Chamfort
JF Billeter cite Chamfort :
« Qu’est-ce qu’un philosophe ? C’est un homme qui oppose la nature à la loi, la raison à l’usage, sa conscience à l’opinion et son jugement à l’erreur. »
→ Il faudrait analyser des situations concrètes à partir de ces quatre couples de critères. Ici ai-je suivi ma conscience en toute indépendance ou bien me suis-je laissée faire par la doxa, par exemple. Et ajoute Billeter citant Kant, « sapere aude », oser savoir, oser voir, entendre et citant cette fois Lichtenberg « avoir une notion juste de nos besoins essentiels. »
Avec Billeter, pas de délayage, mais des flèches tirées droit en direction de l’essentiel. Il ne faut pas oublier qu’il est un grand connaisseur de Tchouang-Tseu.
L’écriture à boutons poussoirs
Christine Jeanney écrit à propos de Cécile Portier : « Elle écrit au bord de nous, à la hauteur de nous, de nos enracinements, dévastations, de nos questions qui restent sans réponses, nos vertiges, nos petites joies aussi ou nos flammes furieuses, nos émerveillements. Je lis Cécile Portier parce j'aime lire ceux et celles qui écrivent sans pancartes ("ici vibrez, ici voyez comme je suis intelligent(e)", l'écriture à boutons poussoirs). (source)
Louis Thiry
J’ai acheté un petit livre de l’organiste Louis Thiry, connu notamment pour son intégrale de l’œuvre d’orgue d’Olivier Messiaen. Le livre s’intitule Ma forêt musicale. Je relève cette idée intéressante sur la question de l’écoute : la nécessité d’une écoute répétitive en ce qui concerne la musique classique et cela me renvoie une fois de plus à cette formidable émission des années 60 dont je n’ai jamais pu retrouver le nom (et j’ai pourtant interrogé de nombreux amis et même France Musique), émission sur la musique contemporaine qui procédait précisément par une double audition d’une même oeuvre, entrecoupée par une courte analyse et quelques explications. Le seul fait de la double écoute suffisait à rendre l’œuvre moins hermétique, plus accessible. Donc si une œuvre rebute à première écoute, il peut être bon d’insister un peu, de laisser l’oreille et l’esprit se faire à toute la nouveauté, parfois dérangeante, qu’elle apporte. Louis Thiry écrit : « il faut accepter de répéter son écoute, en considérant que la première audition, si elle peut laisser quelque impression, ne livre qu’une toute petite partie des secrets de l’œuvre. » Je me souviens avoir été très frappée en écoutant, l’été dernier, des entretiens avec André Tubeuf proposés par Qobuz. André Tubeuf qui s’est formé seul à la musique, disait que tout jeune il achetait des disques, comme nous l’avons tous fait, à la petite semaine, bien sûr, avec les moyens qu’il avait alors et qu’il apprenait à chaque fois ce disque par cœur. Je me suis maintes fois demandé ce que cela voulait dire apprendre le disque par cœur et je n’ai toujours pas la réponse. Je crois qu’il ne lisait pas la musique et de toutes façons, il n’aurait pas eu à l’époque accès à toutes ces partitions. Donc c’est par l’écoute, la réécoute, répétée, qu’il apprenait les œuvres.
Double approche
Porteuse aussi et dans tous les domaines, cette remarque de Louis Thiry : « j’ai toujours continué à pratiquer cette double approche de la musique : d’un côté un travail "classique", méthodique ; de l’autre une approche plus spontanée, un peu inconsciente. ». (21)
Travailler à fond le détail, puis oublier toute cette construction et se laisser faire par la musique ou par le texte.
(en lisant Louis Thiry, La Forêt musicale).
De la voix, de notre voix, plus tard
« Nous aussi, nous serons un jour une telle voix, audible quoique détachée de son apparence, qui est le corps » (41)
Terriblement, effroyablement troublant si on prend la mesure de ce qui est écrit là.
(en lisant La Voix sombre de R. Sekiguchi)
De la radio
« À l’écoute de la radio, on est dans l’intimité » (45)
Tellement juste cette remarque, mais pourquoi ? J’ai souvent ressenti que l’ouverture de la radio me branchait sur quelque chose, qui est de l’ordre intérieur. Serait-ce cela que suggère Ryoko Sekiguchi ?
Du retour des voix
« Si cette voix est revenue du passé, il y aurait donc une sorte de banque de données capable d’archiver toutes les voix qu’on a entendues ? » (55)
→ lisant cela, j’ai convoqué intérieurement trois de mes amies. Mon amie d’enfance, une autre amie de jeunesse très aimée mais perdue de vue et encore une autre amie de jeunesse, elle toujours présente dans ma vie d’aujourd’hui. Je note que ce sont trois voix connues très tôt, je note aussi que j’ai essayé de les écouter s’adresser à moi et qu’elles furent là, instantanément. Mais est-ce leurs voix que j’ai entendues ou surtout leurs intonations ? Ou plutôt n’est-ce pas l’intonation qui porte la voix : les petits grains de la voix sur l’onde de l’intonation, double nature comme la lumière ?
Conclure pour aujourd’hui avec cela : « La voix seule se fait entendre, comme la silhouette d’une personne apparaîtrait, sans décor ni arrière-plan. Comme un hologramme, un fantôme »
→ ce côté hologrammatique de la parole enregistrée, son volume dans l’espace intérieur. Sa triple dimension. En ces jours de grande découverte scientifique et bien que cela n’ait rien à voir, on serait tenté de parler de parler de ces voix comme d’ondes gravitationnelles. Elles ont eu lieu et déforment depuis l’espace-temps. Voix fossiles dont la « lumière » nous parvient avec retard.
(en lisant La Voix sombre de R. Sekiguchi)