Nuit ailée
La fenêtre ouverte donnait sur l’été mais
Elle était voilée d’une fine résille
Pour empêcher de jour comme de nuit
Que des hôtes bourdonnants ne la franchissent.
Etendu sur le lit, j’étais plongé dans le journal
Qui contait des histoires de sang royal,
Quand j’entendis soudain un grésillement
Comme d’un compteur Geiger dans mon silence de lune.
Je m’enfouis dans les profondeurs du lit
Tout en écarquillant les yeux
Jusqu’à ce qu’au coin supérieur du voile
J’eus une effroyable vision :
Une bête aussi petite qu’une feuille de chêne,
Une pelote de peaux, pliée avec adresse
Soigneusement conçue avec délicatesse
D’os fins, fourrures et crochets.
Les yeux, des billes de têtes d’épingle,
Oreilles agiles comme un jeune chien de cirque
Les dents discrètes et pas très avancées
Le nez, deux gouttes enfoncées.
Des ailes d’ange, sombres, fascinantes,
Plus fines qu’une crêpe, soyeuses
Toile tissée d’air en plein été indien.
Cela voudrait-il s’approcher de moi ?
Me dis-je marchant sur la pointe des pieds.
L’idée des dents enfoncées dans mes veines,
En plein sommeil, me donna des frissons.
Aussi pensai-je prendre des précautions
Et je l’enfermai entre voile et vitre,
L’emportant dans mes rêves.
Le lendemain, elle parut affaiblie
Et dédaigna les mouches que je lui servis,
Grosses, épinglées sur le grillage.
Juste de l’eau, c’est tout ce qu’elle acceptait
Mais ce n’était ni encre rouge, ni lait de chienne.
Fini son vol sous le plafond, fini
L’acrobatie tête-bêche dans le voilage.
Une seule journée de mon amour courtois et curieux
L’avait brûlée comme une mite dans la lampe.
Voilà qu’elle sèche, un caveat,
Projetée par les réverbères sur le mur de ma chambre
Au-dessus du lit où je me roule,
Dans la contrition d’un hérisson en boule.
Beflügelte Nacht
Das Fenster war zum Sommer hin geöffnet
Zugleich verhängt mit Fliegenseide
Daß täglich nicht, noch nächtlich
Summbesuch die Grenze überschreite.
So lag ich auf dem Bett mit meiner Zeitung
Vertieft ins Leben königlichen Bluts
Als ein leiser Geigerzähler
Meine Mondscheinstille knackte.
Ich sackte in die Tiefe meines Nests
Und weitete die Augenschlitze
Bis ich im Obereck des Gazefensters
Die schreckende Erscheinung sah :
Ein Tierchen von der Größe eines Eichblatts
Ein Knäuel von Häuten, kunstgefaltet.
Das Ganze feinsinnigst gestaltet
Aus Knöchelchen, aus Pelz und Widerhaken.
Die Augen Hemdennadelköpfe
Die Ohren flink wie junge Zirkushunde
Die Zähne nicht gleich vorn im Munde
Die Nase zwei versenkte Tropfen.
Bestechend dunkle Engelsflügel
Dünner als Tortillateig, geschmeidig
Luftgespinst im Weibersommer.
Und sowas will mir nahekommen ?
Dachte ich im Leisernähertreten.
Mich lähmte der Gedanke an die Zähne
Geschlagen in mein Schläferblut.
So meint ich, auf der Hut zu sein
Und schloß sie zwischen Grill und Scheibe ein
Nahm sie nur in meine Träume.
Anderntags schien sie geschwächt
Warn dickste Fliegen ihr nicht recht
Die ich ans Mückengitter pinnte.
Grad Wasser nahm sie noch von mir.
Doch wars nicht Hundemilch, nicht rote Tinte.
Vorbei ihr Zimmerdeckenflug, vorbei
Der Kopfhang in der Falte der Gardine.
Ein Tag in meiner Neugierminne
Verbrannte sie wie Bogenlampen das Insekt.
Nun trocknet sie als Menetekel
Von Peitschenlampen an die Zimmerwand
Geworfen übers Bett, auf dem ich lieg
Zerknirscht und eingeigelt.
./
Le jeune Rhin
Regardez-le passer, les poches remplies de pierres, comme il s’insurge,
Rebelle incontrôlé. Les pieds meurtris de rives d’achoppement.
Les bras inertes en camisole de force.
Il ne se range pas, sauf sous contrainte. Titube
Et tourne comme sous l’emprise de coups. Les paysans
L’ont dompté : une rigole sans alevin,
Mais ils redoutent celui qui sème
Les galets ronds qui descendent en coulée, retenus
À mains nues ou dans les déversoirs
Fouettés par vagues et crues à la montée des eaux.
À moi le val, à vous les doux coteaux
Proposa-t-il fraternel et rusé. L’encre à peine séchée,
Il dépassa les bornes, les arrachant.
Fleuve je suis, et jamais immobile,
Et courant, débordant, je dois creuser mon lit.
Ils haïssaient son âme de prédateur. Les riverains
Belligérants, en appelèrent à Dieu, et ils gagnèrent.
Le Rhin s’engonce dans son lit grabataire.
Sa chute de reins est assagie, le cœur flambeur étouffé pour cent ans
Mais dans les profondeurs du sang : rancœur et rebellion.
Le rêve du lit d’enfance.
Der junge Rhein
Da geht er hin, die Taschen voller Steine, braust er auf
Ein schlingernder Rebell. Die Füße wund, von Stolperrainen
Die Arme schlaff und zwangsjackenversenkt.
Er lenkt nicht ein, nur notgedrungen. Schwenkt
Und schwankt, wie vor den Kopf gestossen. Die Bauern
Schrumpften ihn zur leergefischten Rinne
Und fürchten ihn, den Sämann runder
Steine, die in Rüfen niederfuhren, aufgefangen
Von Händen, nackten, bloßen und von Wuhren
In welche seine Pegel hoher Wogen flogen.
Mir das Tal und euch die sanften Hänge
War seine brüderliche Finte. Die Tinte war noch naß
Da schlug er übern Strang und riß sie aus, die Pfähle.
Ich bin ein Fluß und steh an keiner Stelle.
Schaff mich fließend, überfließend, wenn ich muß.
Die Siedler haßten seine Beuteseele. Riefen Gott
In grimmer Kampfeslust. Nun haben sie den Zwist gewonnen.
Eng zwängt der Rhein sich in die Siechengruft.
Der Hüftenschwung ist ihm vergangen, das Schwarm-
Herz für ein Säkel matt. Der Überschwang rebellischer
Ranküne schläft tief im Blut, im Traum vom Kindheitsbett.
Richard Pietrass, deux poèmes, traductions inédites de Gabriele Wennemer et Alain Lance, tirés du livre Wandelstern, paru en 2012 (Edition Ornament, Quartus Verlag), pp. 44 et 71
Bio-bibliographie de Richard Pietrass