Poésie incisive que celle de Billy Dranty, où le vers coupe net et vite l’élan
(ainsi que les poèmes en prose, où les phrases sont concises et tranchantes),
afin d’éviter l’effusion lyrique, afin de trancher dans l’attendu dès lors
qu’il est question d’une exploration du corps, car Billy Dranty, en droite
lignée de Bernard Noël, est un explorateur du langage du corps, de ses
profondeurs, voire, poésie organique, « la langue n’est pas l’habit mais
la chair de la pensée » (W.C. Williams). Ce qui sourd du fond du corps
fait forme nerveuse, tendue, provoquant un « archiribouldingué d’éclats
de/nuances rances de/camisole du souffle et de/manque dans
l’abcès : », forme par quoi on entend l’auto-injonction de dire, de
dire absolument ce qui grouille à l’intérieur pour « revenir à l’air qu’on
dit libre, qu’on sait carcéral. » Le poète se débat contre la sensation
d’étouffement et d’enfermement, aussi bien interne qu’externe et se regarde
sans complaisance, en ses vers maigres, mais explosifs et coléreux, hallucinés
parfois, se débat contre l’intense sensation de pourrissement, sinon contre
lui-même qu’il prend à contre-pied sous forme de quelques calembours ou jeux
verbaux grâce à quoi il transforme le « pourrissoir » en
« repoussoir », joue de sa propre vision sombre de l’être, de la vanité qu’il constate avec force
(« Par ici et par là l’au cas où est
mort, et où les chaos éternel de
la muse éphémère d’une vie qui s’éternise »). Les jongleries verbales du
poète ont loin d’avoir la gratuité dont on accuse souvent ceux qui ont recours
à cela, ils n’ont pas la drôlerie du clown et la facilité de l’histrion, ils
ont la férocité d’un rire jaune ; elles sont ironiques comme il importe de
moquer la grande ironie du sort ; encore qu’on pourrait reconnaître
dans un certain nombre d’échos sonores comme étant ceux venus du plus profond
du corps, où ça hurle de vie, néanmoins. Alors certes, cette langue bouscule et
défait au fur et à mesure la lecture, transgresse les limites de la langue
signifiante, et cherche, se cherche un sens en équilibre sur ces limites-là.
[Jean-Pascal
Dubost]
Billy Dranty
Rivage veuf
éd. Fissile
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