IL Y EUT DES APRÈS-MIDIS CHAUDS 15ème RUE OUEST
Ici, fin du printemps, l’été nous tombe déjà dessus
Nuages et soleil,
brume sur la ville. De l’autre côté
de la fenêtre l’ailante dodeline ensommeillé sous
un vent chaud, sous
l’humidité de l’air, l’éclat
du jour pourtant nuageux . La chaise sur le toit voisin
est posée toute seule et attend
quelqu’un qui viendra s’y étaler de tout son long. Soudain
le tonnerre gronde sur l’océan au sud, on peut
yeuxfermés voir
la grise épouse des vagues, la tempête, implacablement foncer
mamelons sous la pluie à la surface de l’eau, les vagues
commencent à grandir vertigineuses, lancent leur
puissance à l’avant du vent chaud
L’étendue interminable vers l’Europe se dissout, l’a-
verse vient vers la ville gonfle dans l’air
brumeux brûlant de l’île
Haine colère claquent leur fouet puissant contre
les tours qui s’élèvent
loin de la limace bourdonnante du trafic bouchant les rues, les
arbres
du paradis ornant les arrière-cours se tordent
follement sous le vent qui forcit
soleil plus brillant
un maximum de tonnerre
un chant d’oiseau
s’élève strident annonçant
la tempête à l’avance en obscures, en empiétantes syllabes de
purs
sons . siffloter . celui
qui vient sur le toit pour protéger la chaise de l’air
trempé d’orage, il n’y a
rien qui cloche clairement que je puisse voir sauf
qu’il faut que j’aille au nord de la ville contempler quels autres
orages il y
aura, là-bas
Et peindre en rouge l’intérieur du classeur blanc de ma femme
que toutes les choses soient résolues exactes et mortes .
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JOURNAL : JUIN 1971
43° à l’ombre
Assis dans la baignoire
attendant que la douleur dans
l’épaule disparaisse
.
les nerfs che calment, les
muscles che relaxent .
L’impôt m’a été entièrement remboursé . Je sens
la maigreur des bras, la poitrine osseuse et
caverneuse, devant & dans le dos, quand je me savonne .
C’est autre chose dont il faut que les doigts se souviennent
je n’ai pas eu un corps pareil depuis mes 15 ans .
De quoi les côtes se souviennent-elles, les clavicules, les
os des ailes si décharnées ?
Sentir les différences
dans la qualité de la chair pourtant, c’est autre chose .
++
un homme maudit plantant des tomates
jardin derrière une maison où il vit
qu’appartient à quelqu’un d’autre . à genoux
sur la terre
ses mains déplacent la terre
ressentent la terre .
Paul Blackburn, Villes suivi de Journaux, section Journaux, José Corti 2011, pp 33-34 et 206)
[choix de Jean-Pascal Dubost]
bio-bibliographie de Paul Blackburn
Note de lecture de ce livre par Jean-Pascal Dubost