Les éditions de la Nerthe publient Au commencement du jour (1990-1999), poèmes d’Eugenio de Signoribus dans une traduction de Thierry Gillyboeuf, avec une préface de Martin Rueff.
suggestion
dans le champ illimité
file, file le wagon chargé de…
chargé de… dans le champ ensoleillé…
du rouge parfum des pastèques ?...
eh non, malheureusement, il n’est pas là
ni ici d’où il semble monter…
dans la vibration des portières
ou peut-être dans la chambre des yeux
pourquoi la mélancolie se déclenche ?
le petit chêne est dans la plaine
seul avec l’ombre qu’il ne laisse pas voir
s’il y a quelqu’un qui écoute ou qui parle
la rangée de vignes dessine les confins
par où file la voie ferrée
de l’autre côté la nature éteint son moteur
la lentille submergée de l’esprit
pieux scrute en soi la scène
qui s’enfonce dans le passé
au point mort d’une gare
théâtre quotidien de chaque combat
d’escarmouches entre cavaliers et fantassins
entre les ferraillements des petits trains de marchandise
un wagon encaissé sur l’autre
quelques trous aux grilles noires
qui est là ?... quel prisonnier ?
le regard de quelqu’un qui va au gibet
ou bien le naseau d’un fier destrier ?...
le jeu rend libres les enfants
qui restent grimpés aux fenêtres
et si c’étaient de petits trains enfumés…
dans le passage le long du libellé
se trouve toujours un trou d’air en embuscade
où se croisent la foi et la peur
Eugenio de Signoribus, Au commencement du jour, traduction de Thierry Gillyboeuf, préface de Martin Rueff, La Nerthe, 2011, pp. 75 et 76
Eugenio de Signoribus dans Poezibao
bio-bibliographie, La Ronde des Convers (note de lecture de R. Klapka), extraits 1, notes sur la poésie
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