Tentative inédite pour cette anthologie d’été. Poezibao se propose de suivre pendant
quelque temps, pour le choix des textes, le fil d’une lecture en cours, celle
du livre de Jean-Claude Mathieu, Écrire,
inscrire, sous titre ″Images d’inscriptions, mirages d’écriture″ (éditions
José Corti 2010). Jean-Claude Mathieu, sur la trace des
« inscriptions » cite d’innombrables poètes. Poezibao reprendra certaines de ces citations et tentera de les
compléter, chaque fois que possible, par un autre texte du même auteur.
•La citation d’Écrire Inscrire
Chapitre 11, ″Pierres écrites″
« Entamer, entailler... Le parcours de ces inscriptions
qui font signe aux écrits sera entamé par l’entaille, la marque archaïque
luttant avec la pierre, réfractaire au sens. Le corps penché pèse de tout son
poids sur une pierre ou l’effleure, docile à ses veines ; la pointe suit
le fil, attaque le minéral. De l’homme de l’âge de pierre au lithographe
contemporain le geste s’est perpétué. L’histoire des gestes, des attitudes – Warburg
l’a montré pour la peinture – témoigne pour l’inchangé. Sur la pierre les Grecs
ont commencé à utiliser un alphabet, un caillou gravé de Thèbes porte un des
plus anciens témoignages de l’écriture en Occident. Y faire des incisions a été
une nécessité pour inscrire et relire dans la longue durée un repère, un signe magique,
des règles, des lois :
″La main épelle au sommeil des roches
des noms et des
rythmes pour une incantation.
Et si claire est
cette voix tirée de l’opaque,
si simple la gorge
qu’elle ouvre en ce qui pèse,
que la main
frisonne sur les pentes évidées.
Adossée à la nuit,
elle hésite encore.″ »
Jean-Claude Mathieu, Écrire, Inscrire,
José Corti, 2010, p. 327. Extrait d’un poème de Lorand Gaspard, ″Minoen
Ancien″, Égée, Judée,
Poésie/Gallimard, 1993, p. 22.
•Trois textes de Lorand Gaspar, en écho
CHŒUR
Ces lueurs que des hommes ont touchées dans la pierre –
hommes à la parole trouée, saccagée de silence, ici et là
inextirpable.
Nous ne connaissons du feu que cette part qui éclaire ou
embrase, - mais qui interroge la flamme où elle est verte, où elle se perd ?
Qui a palpé la maçonnerie ardente entre les grains de musique ?
De cette langue qui a couru dans le lit défoncé de la parole –
[...]
Lorand Gaspar, ″Egée suivi de Judée″, in Jean-Yves Debreuille, Lorand Gaspard, Seghers, Poètes d’aujourd’hui,
p. 161.
Ce qui est. Feuille, caillou, rivière, abeille. Une poudre
levée dans le vent d’un pas. Dans la lumière et dans la nuit. Mon indissoluble
parenté. La bouche, ici et maintenant et toujours. Linge qui sèche dans l’étendue.
Un rien limpide dans la figure que je devine, − et dans sa dispersion.
Lorand Gaspar, Feuilles d’observation,
Gallimard, 1986, p. 101.
Il y a une veine d’énergie qui est langue, qui chemine
continue depuis les dispersions cosmiques et plissements géologiques aux
tissages de la vie, aux mouvements les plus libres de la pensée et du chant.
Cette même lame de fond qui prononce l’écume et les danses de la lumière.
Lorsque la voix y ″prend″, c’est comme si elle ″reconnaissait″ un visage, une
modulation proposée par le monde ; comme si notre langue charriant toutes
nos architectures de pierres et de vents, soudain du présent plongeait aux âges
sans mémoire, reconnaissait sa part d’inconnu. Se reconnaissait.
Lorand Gaspar, ″Langue natale″, Approches
de la parole (1978), suivi de Apprentissages,
Gallimard, 2004, p. 108.
Lorand Gaspar dans Poezibao :
bio-bibliographie,
extrait
1, extrait
2, extrait
3, extrait
4, extrait
5(parution Europe), note
de lecture du numéro spécial d’Europe (oct. 2005), extrait
6, extrait
7, le
Poètes d’Aujourd’hui de Jean-Yves Debreuille (parution), in notes sur la poésie, ext.
8.
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