Cette
rubrique suit l’actualité éditoriale et présente les derniers ouvrages reçus
par Poezibao. Il ne s’agit pas de fiches de lecture ou de notes critiques et
les présentations font souvent appel aux informations fournies par les
éditeurs.
°Michèle Grangaud, Les Temps traversés,
P.O.L.
°Emmanuel Hocquard, Ruines à rebours,
Éditions de l’Attente
°Charles Dobzynski, J’ai failli la perdre,
La Différence
°William Shakespeare, Sonnets, P.O.L.
°Patrick Quillier, Orifices du murmure,
La Différence
°John C. Stout, L’Énigme-poésie,
Entretiens avec 21 poètes françaises, Rodopi
°Antoine Dufeu et Marius Guérin, Amour
singulier et Élans, Dernier
télégramme
°Abdo Wazen, La Lampe de la discorde,
La Différence
°Justine Landau, Sommaire, Les
Cahiers de la Seine
°Anne Belin, À distance des corps, La
Dragonne
°Diane Meunier, Haïe coups, Pâte à prose
brisée, Abattre les Cathédrales & Poésie aggravée, Écrits de la
Chouette
°Aurélie Ougier, Les Caprices de la Bulle,
Éditions Praelego
Et aussi
°William Shakespeare, Tragédie du roi
Richard II, P.O.L.
Devant l’affluence des revues cette semaine, Poezibao les traite en un article « Poezibao
a reçu » distinct.
Notices détaillées de chacun de ces ouvrages en cliquant sur « lire la
suite de... »
•Michelle Grangaud
Les Temps traversés
P.O.L.
21 € - sur
le site de l’éditeur, présentation et premières pages
Le magnifique dictionnaire historique d'Alain Rey, paru en 1998, est la base
sur laquelle l'ensemble du travail présenté dans Les Temps traversés, a pu être réalisé. Il se trouve que ce que les
oulipiens nomment les bimots (substantif + adjectif) sont très
présents, dans ce dictionnaire, datés, et en quantité suffisante pour qu'il
soit possible d'en tirer des poèmes en forme de « Morale élémentaire »,
forme inventée par Raymond Queneau dans les dernières années de sa vie, et
forme spécifiquement visuelle. Forme conçue pour la lecture silencieuse (les
yeux seuls, avec le secours éventuel de l'oreille interne), lecture plus
recueillie que l'autre. Les morales élémentaires ici présentées sont
millésimées, comme les vins, c'est-à-dire que, pour chacune tous les mots qui y
sont utilisés (à l'exception des mots outils, articles, prépositions,
conjonctions, verbes auxiliaires, etc.) proviennent d'une même et unique
année ; parfois, mais exceptionnellement, quelques années (une dizaine au
maximum, le plus souvent deux ou trois) sont réunies pour former un seul poème.
La langue y apparaît pour ce qu'elle est en permanence, un cru délicieux. Cette
œuvre séculaire qu'est la langue française, presque entièrement anonyme, et
d'ailleurs collective, possède indiscutablement, comme toutes les autres
langues du reste, un charme surpuissant.
•Emmanuel Hocquard
Ruines à rebours
Éditions de l’Attente
11 €
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Tanger retrouve son statut
international, perdu sous l’occupation par l’Espagne franquiste et connaît,
dans la décennie qui suit, une prospérité et un art de vivre sans précédent.
Durant cette courte période, son cosmopolitisme très particulier – un des
charmes de la cité – atteint son apogée. Après son rattachement au Maroc en
1956, la ville se recroqueville lentement sur elle-même jusqu’à la première guerre
du Golfe. Les capitaux en fuite se remettent à affluer et grâce aux
spéculateurs et promoteurs, la ville et ses alentours commencent alors à se
hérisser de constructions démesurées, vides et clinquantes, qui ruinent peu à
peu ce site exceptionnel. Chaque jour qui passe, les traces du Tanger
international s’effacent irrémédiablement et ″cette ville qui était entourée de
cimetières depuis toujours [...] est devenue elle-même un cimetière″. »
(Angel Vasquez, dos du livre)
•Charles Dobzynski
J’ai failli la perdre
Coll. Clepsydre, Éditions de la Différence, 2010
14 €
La conscience d’aimer
avance à petit pas
avec les aiguilles du temps
qui tombent
quand l’automne les brise
•William Shakespeare
Sonnets
Nouvelle traduction par Frédéric Boyer
P.O.L., 2010
13 €
Il est probable que certains de ces sonnets commençaient à circuler dès
l'époque de La Tragédie du roi
Richard II (1595). Quatre cents ans plus tard, on réécoute avec
stupeur la franchise de ce quiproquo amoureux qui nous fait régulièrement aimer
celle ou celui qu'il ne faudrait pas. Qui célèbre la trop grande beauté de
l'ami, la noirceur d'une maîtresse aux amours pluriels, le trouble parfois
morbide de la passion, l'irritation du désir, les paradoxes narcissiques de la
gloire, de l'amour, la vanité de l'existence...
Le sonnet shakespearien est une petite machine poétique proche du chant bref
qui tient en équilibre sur des paradoxes, des renversements, des antiphrases et
autres oxymores. La voix poétique de ces sonnets est celle d'une existence
contrariée, de sentiments doubles, de passions inversées. La voix légère et
grave de l'existence.
La forme sonnet a atteint ici son efficacité presque magique. Interpellations,
malédictions, serments, regrets, éloges, prières et supplications...
Pourquoi retraduire, une fois de plus, les sonnets de Shakespeare, ou Tragédie du roi Richard II ? Pour
Frédéric Boyer, traduire n'est pas une simple opération linguistique. C'est
d'abord une forme d'engagement, une confrontation sur un sol nouveau avec une
patrie qui ne sera jamais tout à fait la nôtre. Mais en nous déportant dans
l'autre langue d'une œuvre nous apprenons alors que nous n'étions d'aucun sol
particulier, d'aucune patrie. Traduire, et retraduire, est une nécessité pour
nous sauver, collectivement et individuellement, de l'oubli dans lequel nous
sommes. Nous sommes oubliés des œuvres et de leurs langues. Les retraduire
c'est réveiller leur mémoire de langage. Leur dire nous sommes là nous aussi,
et faire en sorte que nous puissions nous entendre. Leur faire dire:
faites-vous entendre en nous, réveillez-nous, je vous prends dans mes mots,
dans ma langue imparfaite et inachevée.
•Patrick Quillier
Orifices du murmure
coll. Clepsydre, Éditions de la Différence, 2010
15 €
Le premier vers du recueil Office du
murmure évoquait « toute une tentation de ténèbres », non pour
revendiquer une posture hermétique, mais par référence aux leçons de ténèbres
de la musique baroque, dans lesquelles l’inévitable travail du deuil se fait œuvre
de vie. Le « murmure » est donc le modèle, non seulement de la
musique mais aussi du poème, répétition tremblée de la force fragile du vivre,
inlassable ostinato de liberté et de révolte. Voix ténue qu’on n’entend guère,
si ce n’est grâce à une fine écoute, à l’instar de la fin’amor des troubadours.
Dans Orifices du murmure, cette polyphonie
éclot dans le cadre d’une forme déjà présente secrètement à la fin du premier
recueil, le sonnet, qu’elle soumet ici à toutes sortes de distorsions. La
situation triangulaire présentée par les Sonnets
de Shakespeare (deux hommes, une femme) est transposée dans les temps
actuels, ce qui construit en filigrane toute une histoire amoureuse à trois
protagonistes. « La force fragile du livre » cherche à y faire
retentir l’éloge de la bisexualité, à travers les rythmes qu’un langage comme
fécondé par la vie ne cesse de produire en autant de variations des désirs et
des plaisirs. (Prière d’insérer)
•John C. Stout
L’Enigme-Poésie
Entretiens avec 21 poètes françaises
Chiasma 27, Rodopi, 2010
voir
l’article de Françoise Hàn dans Poezibao
L’Énigme-poésie présente une
série d’entretiens avec vingt-et-une poètes françaises contemporaines. Une
grande diversité de voix et d’approches face à l’objet poème se fait entendre
dans ces discussions exceptionnelles. A travers un dialogue en profondeur,
chaque poète cherche à définir et à explorer sa conception et sa pratique de la
poésie. Les écrivaines reconnaissent toutes l’influence des ancêtres poétiques,
surtout celle des poètes de la modernité française et européenne. Ces
entretiens fournissent une excellente introduction à la poésie française
contemporaine, ce volume s’adressant à la fois aux universitaires et à un plus
large public qui essaie de s’orienter face à la production poétique actuelle.
Les échanges servent aussi de guide permettant aux lecteurs et aux lectrices de
découvrir des œuvres et des pratiques individuelles richement impressionnantes
qui méritent d’être infiniment mieux connues. La question du féminisme revient,
certes, souvent dans ces entretiens mais la plupart des poètes interviewées
expriment une certaine ambivalence à l’égard d’étiquettes parfois trop
contraignantes.
Les 21 poètes interviewées, par ordre chronologique des entretiens :
Marie-Claire Bancquart, Andrée Chedid, Annie Salager, Françoise Hàn, Esther
Tellermann, Anne Teyssiéras, MarieÉtienne, Jeanine Baude, Jeanne Hyvrard,
Claire Malroux, Gabrielle Althen, Anne Portugal, Vénus Khoury-Ghata, Michelle
Grangaud, Janine Mitaud, Jacqueline Risset, Liliane Giraudon, Florence
Pazzottu, Sandra Moussempès, Hélène Sanguinetti, Fabienne Courtade.
•Antoine Dufeu
Amour singulier
Fabrikasharia, Chants de construction, Saison 11
&
•Marius Guérin
Elans
Quelques singuliers élans amoureux
Dernier Télégramme, 2010
14 €
Livre tête-bêche à deux auteurs, Antoine Dufeu et Marius Guérin.
•Abdo Wazen
La Lampe de la discorde
Traduit de l’arabe (Liban) par Antoine Jockey et préfacé par Jean-Michel
Maulpoix
coll. Le Fleuve et l’écho, Éditions de la Différence, 2010
20 €
Voir
un extrait de ce livre et une note sur le poète dans Poezibao.
•Justine Landau
Sommaire
Les
Cahiers de la Seine, Éditions Henri Lefebvre, 2010
10 €
« Racines dans leur manière si spontanée de se ressembler, là, dans l’entrelacs
des souches et des corps les uns sur les autres, d’accroître les spores de la
putréfaction ? Qu’ils confondent le, ils se mettent à, nom des corps
étrangers et leur structure d’alvéole. Voir l’humus, serein, sur leur
génération animale. L’une serait avec leur fort, il. »
(34)
•Anne Belin
A distance du corps
La Dragonne, 2010
15 €
Quatre ensembles constituent ce livre comme le récit de quatre expériences : un
éclair de lucidité au cours d'une promenade, une confrontation avec les tâches
ménagères, un épisode de désarroi touristique, et une conversation avec
l'enfant. Le récit se fait un chemin dans les bribes et les brisures du sens.
Ce livre conforte la singularité de la poésie d’Anne Belin, tout à tour fluide
et heurtée, qui explore les failles du langage et de la conscience et où l’expérience
formelle a toujours partie liée avec le vécu.
Anne Belin est née en 1961. Elle a publié TV (série, au Dé Bleu. Elle est
également l’auteur d’illustration et de livres d’artiste.
•Diane Meunier
Haïe coups, Pâte à prose brisée, Abattre
les Cathédrales & Poésie aggravée (4 opuscules différents)
Écrits de la Chouette
Utiliser les miettes, les rogatons, les
fantômes, les atomes cristallisés
de ces temps mythomanes
pour en parfumer l’œuvre et la humer
Ainsi se cristallise le sens du monde
par des images, des odeurs, des sons originaux
Ainsi se pétrifie le faux réel
se justifie le non-sens du monde
par l’absurde
l’impossible
l’inconcevable
l’inexplicable
l’irrecevable
mensonge
Diane Meunier est poète, éditrice artisanale ("l'écrit de la
chouette"), comédienne, auteure-compositeur-interprète de 5 CD (Universal
Jeunesse, co-fondatrice de la Cie
R.A.O.U.L. & R.I.T.A. avec Thierry Lefever, et elle peint et dessine
A propos de ces 4 livres,
voir son site
•Aurélie Ougier
Les Caprices de la bulle
Éditions Praelego, 2010 (4, rue Scipion, 75005 Paris)
12 €
Des histoires courtes pour les pressés de pendule, d’autres lunaires, d’autres
éphémères. Des poésies à emporter. Un marque-page qui fait des plis, un
tourniquet, des pâtisseries en chocolat et même un traversin : voici un
échantillon des personnages du livre d’Aurélie Ougier qui se définit elle-même
comme « la Tricoteuse de mots ».
et aussi
•William Shakespeare
Tragédie du roi Richard II
Nouvelle traduction de Frédéric Boyer
P.O.L., 2010
15 € - sur le site de l’éditeur présentation et premières pages
Frédéric Boyer a voulu écrire cette tragédie comme un long
poème en prose, sportif, souple et acéré. Bannir le romantisme de la
traduction. Il a voulu s’attacher à l’étrangeté poétique de ce monde perdu,
peuplé de morts, et dans lequel les survivants tentent d’échapper à leur
destin. Un roi non-roi, persécuté pas sa propre souveraineté, des rivaux aussi
féroces qu’aimants, un félon incapable d’assumer le régicide, une jeune reine
résistante et dont la parole fait basculer le drame dans le non sense, pas
si loin de Lewis Caroll.
Comme en 2008, avec une traduction qui redonnait vie aux Confessions de
Saint Augustin (Les Aveux, P.O.L),
Frédéric Boyer propose une nouvelle lecture de Shakespeare. Tragédie du Roi Richard II sera
accompagné de trois textes. De Frédéric Boyer : sur la pièce proprement
dite, sur ce qu'elle dit et nous dit aujourd'hui du pouvoir, notamment, et sur
la traduction, ses enjeux, ses défis. De Samuel Daniel, poète contemporain de
Shakespeare, traduits et adaptés par Frédéric Boyer, trois extraits des Civil Wars.