Cette
rubrique suit l’actualité éditoriale et présente les derniers ouvrages reçus
par Poezibao. Il ne s’agit pas de fiches de lecture ou de notes critiques et
les présentations font souvent appel aux informations fournies par les
éditeurs.
°Andrea Zanzotto, Phosphènes,
José Corti
°Lionel Ray, Entre Nuit et soleil,
Gallimard
°Yves Bonnefoy, Pensées d’étoffe ou d’argile,
L’Herne
°Yves Bonnefoy, Genève 1993, L’Herne
°Hassam Wachill, La Rive-errance,
Gallimard
°Antoinette Dilasser, Les Maisons, Le
Temps qu’il fait
°Cécile Reims, Peut-être, Le Temps qu’il
fait
°Joëlle Pagès-Pindon, Naissances d’argile,
Éditions du Frisson Esthétique
°Maximine, Somme d’amour, Arfuyen
°Gérard Augustin, Athènes dispersée parmi
les fleurs, L’Harmattan
°Valérie Harkness, Sauve, Polder
°Etienne Paulin, Tuf, toc, Polder
et les
revues
°La Barque, n° 6|7
°Borborygmes, n° 17
Notices détaillées de chacun de ces livres en cliquant sur
« lire la suite de…. »
•Andrea Zanzotto
Phosphènes
Traduit de l’italien et du dialecte haut-trévisan (Vénétie) et présenté par
Philippe di Meo
José Corti, 2010
16 €
Si Le Galaté au bois, premier volet
de la trilogie d'Andrea Zanzotto, prenait pour thème un sud matérialisé par les
bois sombres et feuillus du Montello semés de riches traces historiques, Phosphènes, le second pan du dessein
trinitaire, campe, pour sa part, un nord peu ou pas historicisé, fortement
minéralisé, inclinant au blanc enneigé, givré ou glacé. Dans cet univers comme
surexposé, de réfractions en diffractions, la lumière est au surcroît. Une
foule de scintillements se propagent de place en place, la parole s'émiette en
une multitude de bribes tantôt abstraites tantôt concrètes où les effets de
vérité et les épiphanies - Eurosie qui protège de la grêle et Lúcia porteuse de
clarté au plus sombre de l'hiver - se bousculent. Cet univers transi et congelé
se révèle toutefois réversible car, invisibles, des lacs peuvent se former sous
les glaciers les plus hostiles, la lumière ricocher sur les surfaces blêmes. Un
jeu d'oppositions contradictoires, mimant d'une certaine façon le silence et le
cri, se fraye alors la voie. Le couple conflictuel et finalement complice du
carbone et de la silice, susceptible de se changer en silicium, se fraye la
voie. Une recomposition des minuscules signes éblouis, aveuglés explose alors
en une pulvérulence de phosphènes proches et lointains, intérieurs et
extérieurs, impersonnels ou privés. Des gisements de souvenirs fossilisés ou
enfouis épars réaffleurent à mi-chemin du sens et du non-sense sur une page virginale mimant tous les jeux du
recommencement. Là le moi et le monde se superposent sans se confondre pour
parler ensemble et l'un de l'autre, l'un a travers l'autre, comme dans la
transparence d'un prisme cristallin facetté. Un miracle synesthésique et
anagrammatique devient alors tangible, la conquête d'une apaisante lumière
dorée apaisante procédant d'une temporalité au futur antérieur devient
finalement tangible. (Dos du livre)
•Lionel Ray
Entre Nuit et soleil
Gallimard, 2010
16 €
Les mots n’ont pas les mains liées
ils ne reviennent pas de loin avec
un clou fiché dans l’œil,
ils n’entendent pas les chuchotis
des oiseaux au crépuscule,
ils ne boivent pas l’eau fade du souvenir
ils ne rentrent pas quand la nuit tombe
ils ne sont ni des étoiles ni de la boue
ni des miroirs pour jeunes filles solitaires
ni des enfants perdus
Ce ne sont rien que mots parmi les mots
sans impatience et sans effroi
sans ombre et sans masque.
Le nombre est en eux.
[...]
(p. 47)
•Yves Bonnefoy
Pensées d’étoffe ou d’argile
Coll. Carnets, L’Herne
9,50 € - présentation
du livre sur le site de l’Herne
Yves Bonnefoy a réécrit ou augmenté pour ces Carnets de l’Herne des essais qui
avaient paru antérieurement, mais étaient restés un peu en marge de l’œuvre.
Son travail de réécriture les articule plus fermement à sa pensée de la poésie.
Le premier était la préface à un livre de Patrice Hugues (peintre qui a mis le
textile au centre de son travail de création et de ses recherches critiques),
intitulé « Tissu et travail de civilisation » (1996). Yves Bonnefoy y médite
sur les trois fonctions civilisatrices du tissu. Le second essai avait été
écrit pour le catalogue de l’exposition rétrospective au Musée des Arts
décoratifs (1976), consacrée à Norbert Pierlot, potier et ami d’Yves Bonnefoy.
Réfléchissant à la fascination exercée par le moindre pot de terre, Yves
Bonnefoy voit dans « ce vaisseau de terre pétrie et cuite, fait pour répondre
aux premiers désirs, un des premiers grands symboles, celui du bien, présent ou
possible, celui de la suffisance ». Puis il développe un parallèle entre le
langage et la poterie, pour voir dans celle-ci la poésie en acte au sein du
travail de l’artisan. Dans le mot comme dans le vase, il y a à la fois une
signification et une matière...
(Extrait de la préface d'Odile Bombarde)
N.B : L’Herne vient de publier un Cahier
consacré à Yves Bonnefoy et dont Poezibao
rendra compte cette semaine, par une note de lecture d’Alain Paire.
•Yves Bonnefoy
Genève 1993
Coll. Carnets, L’Herne
9,50 € - présentation
du livre sur le site de l’Herne
« La conscience de soi et le fait de la poésie » fut le discours d’ouverture
par Yves Bonnefoy des Trente-quatrièmes Rencontres internationales de Genève,
portant en 1993 sur Nos identités.
Selon Bonnefoy, la pensée rationnelle et la matière muette prédominent
aujourd’hui, au contraire des époques marquées par les croyances religieuses
qui structuraient les sociétés anciennes.
Cela crée un besoin de vérité, et des pouvoirs pour la vérité, mais blesse en
profondeur le besoin d’être. Or il y a une forme de la parole qui, sans
retomber dans la rêverie mythologique, peut garder le contact avec ces moments
en nous où la perception de soi a cessé d’être pure négativité et angoisse.
C’est la parole poétique, celle qui repose sur l’expérience que chacun peut
faire de l’indéfait et de l’unité du monde, à des moments de déverbalisation de
ce qui est perçu. La poésie veut recréer et retrouver ces moments, par le
travail du son dans le poème. D’une telle présence authentique à soi-même
résultent des bénéfices pour le lien social et la confiance dans le langage.
(Extrait de la préface d'Odile Bombarde)
•Hassam Wachill
La Rive-Errance
Gallimard, 2010
15 €
Un langage dit que nous
Sommes encore là et que ma main caresse un arbre.
Mais ce n’est qu’un langage.
Chaque jour qui passe nous
Rapproche de ce qui ne nous appartient pas.
Dans le vent près de la chair d’un rêve.
Nus marchons sur l’eau sans le savoir.
•Antoinette Dilasser
Les Maisons
Le Temps qu’il fait
15 €
« Parfois je croise (dans la rue,
sur des routes) des maisons dont les signaux me mordent le cœur. Souvent je me
demande pourquoi. Celle-là tout à coup. Pas grand-chose à voir avec le lieu, ou
la beauté. Des neuves, des vieilles. Qu’est-ce qu’elles ont. Façon qu’elles ont
de dire. Il y a des maisons heureuses, d’autres qui suent la tristesse, les
heureuses et les tristes ne sont ni plus laides ni plus belles, ce n’est pas à
ça que la chose se voit ; des signaux, je te dis, mais guère décelables. C’est
ainsi les maisons. Tout ce qui nous fait est là, tout ce que nous y faisons, et
c’est la même chose. »
Comme dans un murmure, une délicate confidence, Antoinette Dilasser nous fait
entrer dans ses maisons, elle y convoque des ombres – des hommes, des femmes « lisibles,
là » - avec ce qu’elles ont laissé d’elles, dans leur soin jaloux aux
choses, à l’ordinaire des jours. Cet « humain comme il peut », avec « son
inépuisable, touchante, indéracinable bonne volonté ». Comme les deux
autres de cette « lamentable histoire, le veil Adam et sa vieille Ève fichus
dehors, chassés, exclus ». (Dos du livre)
•Cécile Reims
Peut-être
Le Temps qu’il fait
18 €
C’est à une profonde méditation sur le thème de la vieillesse que nous invite
Cécile Reims qui fait ici retour sur sa vie toute entière consacrée à l’art et
sur son origine de Juive lituanienne – qui lui donne le dur devoir d’être le
dernier dépositaire de tous ceux qu’une aberration de l’histoire a privés de la
vie. Regardant sans ciller le bout du chemin, elle mesure l’exigeante ascèse d’une
existence pleinement partagée avec un artiste également sans concession, dans
une courageuse soumission à l’inconnu. Il n’y a pas l’ombre d’un regret dans
cet autoportrait sans fard dont, pourtant, la première esquisse semble revenir
à la fatalité. C’est au contraire une leçon de consentement à soi-même, « d’obéissance
à sa propre loi », et une profession de tendresse. (Dos du livre)
Née en 1927, Cécile Reims arrive en France en 1933 après avoir vécu sa petite
enfance en Lituanie, dans une famille juive traditionnelle. Elle rencontre Fred
Deux en 1951. Initiée à la gravure au burin par Joseph Hecht, elle produit,
entre 1950 et 1960, une soixantaine d’œuvres originales avant de faire la
rencontre d’Hans Bellmer dont elle sera le graveur-interprète de 1967 à 1975,
et après la mort duquel elle alternera les gravures d’interprétation (Fred Deux
et Léonor fini) et les œuvres personnelles. Outre plusieurs ouvrages consacrés
à cet aspect de son travail, on lui doit trois livres : L’Épure (1963, rééd. André Dimanche,
2000), Bagages perdus, (id, 1986) et Plus tard (id, 2002)
•Joëlle Pagès-Pindon
Naissance d’argile
Imprégnations de Marie-Pierre Thiébaut
coll. Les mots qui couvent, éditions du Frisson Esthétique
13 € - site des éditions
Spécialiste de l'œuvre de Marguerite Duras, Joëlle Pagès-Pindon vit sa poésie
dans l’obsession des traces. Son recueil est scandé par dix
toiles-imprégnations originales de Marie-Pierre Thiébaut qui fut l’amie de
Marguerite Duras…
Vivre en poésie — ou l’obsession des traces. Entre naître et mourir, le
monde ne cesse de se donner pour mieux se dérober ; les mots du poème sont
là pour retenir et concentrer les fulgurances que le temps s’active à éteindre.
Les créations de Marie-Pierre Thiébaut assignent à la fragilité de l’argile une
vocation d’éternité. Le parcours poétique du recueil poursuit la même
quête : retenir le monde, ombre et lumière, quand il s’ouvre ou se
referme ; capturer ses traces dans les mots de la langue ; retrouver
son empreinte scellée dans les créations de l’artiste.
•Maximine
Somme d’amour
Arfuyen, 2010
15 €
Après L’ombre la neige (1992, avec
une lettre-postface de Christian Bobin), Un
cahier de pivoines (2002, Prix Paul Verlaine) et Au front des sapins (2005), la Somme d’amour est le quatrième ouvrage de Maximine aux Éditions
Arfuyen. Si Arfuyen a été le découvreur de cette œuvre, d’autres éditeurs lui
ont fort heureusement emboité le pas, permettant à d’autres livres de voir le
jour : Quotidienne à son amour (Paroles
d’aube, 1998) et Les Visiteuses,
suivi de Quelques lilas (Maison de
Poésie, 2003). En tant que traductrice, Maximine a publié chez Actes Sud une
traduction nouvelle des Élégies de Duino,
de Rainer Maria Rilke (1991).
On se souvient du bel hommage que rendit Paul de Roux à Maximine, alors qu’elle
n’avait encore publié que deux ou trois recueils : « De nos jours, dans la
filiation conjuguée de Louise Labé et d’Édith Piaf, se fait entendre une voix
tout à tour passionnée ou plaintive, dont l’un des mérites est de se ficher
éperdument des modes littéraires. » L’écriture de Maximine est bien ainsi
: aussi virtuose et élégante que Louise Labé, aussi puissante et émouvante
qu’Édith Piaf. Lire la
suite sur le site de l’éditeur
•Gérard Augustin
Athènes dispersée parmi les fleurs
Photos de Julien Augustin
12 €
Marginal, obsédé par l’espace, hermétique et baroque, Gérard Augustin publie
ici un nouveau fragment du monde de prose tyrrhénienne, hanté par les
magiciennes et les romanciers errants. (dos du livre)
•Valérie Harkness
Sauve
Polder, n° 146
6 €
« Je te porte / comme une peau //je
te tiens / comme une joie/qui s’est perdue//tu me fais lourd/et tu me fais
belle//tu me fais deux » (dos du livre)
•Etienne Paulin
Tuf, toc
Polder, n° 145 145
6 €
« à la fin tu regardes un peu
partout tu dis / en effleurant la palissade c’est
là, c’est / bientôt là cherchez » (dos du livre)
et les revues
•La Barque
Hiver 2009_2010, n° 6|7
25 €
Poezibao reviendra prochainement sur
cette revue
Au sommaire de ce numéro riche de plus de 425 pages et comportant un CD :
Edward Stachura, Philippe Van Cutsem (dessins), Huguette Champroux, Moondog,
Christian Wolff, des tangos argentins, Olivier Gallon, Julien Bruneau, Tarjei
Vesaas, Emmanuel Rouglan, Paul Klee, Yi Sang, Jean-Luc Parant, Franck Gourdien,
Mathieu Bénézet, Frédéric Schulz-Richard, Joao César Monteiro, Viatcheslav
Ivanov avec des estampes de Jacques Sicard. CD audio : Emmanuel Miéville :
“y’a moins de jaune dans le tilleul”, texte Huguette Champroux, lecture,
Frédérique Bruyas, & ″les sons d’H.C.″
•Borborygmes
n° 17, mai 2010
5 €
Parmi les contributeurs de ce numéro, notamment Derek Munn, Thomas Vinau, Bruno
Ronzani, Jean-Claude Pirotte, David Cayla et un cahier sur le thème du Temps
issu d’une collaboration avec l’émission Les Contes du jour et de la nuit de France
Culture. Images de David Clerc.