Jacques Ancet publie Puisqu’il
est ce silence, aux éditions Lettres Vives, collection Terre de Poésie.
Le livre est sous-titré Prose pour Henri
Meschonnic
Henri Meschonnic est mort il y a juste un an, le 8 avril
2009.
Je ne sais si
je parle ou si je me tais
la parole est devenue
un tel silence
Henri Meschonnic
Puisque je suis ce buisson
Les choses se referment. La traînée des primevères, le morse
du pinson, le chêne, la clôture ne laissent plus d’espace. La montagne est un
mur. Le ciel remplit le vide où bouge la mémoire. Sa lumière estompe les
formes. On se tait. On cherche dans le silence la voix et le rire. On n’entend
que l’air criblé d’oiseaux.
On se dit qu’il aurait aimé toute cette beauté du jour : le grand vent de
la lumière et son théâtre de nuages. Celui du temps qui passe, qui fait du
visible avec de l’invisible. On se dit qu’il serait resté là, seul, à regarder passer
le fleuve, comme chaque matin. Ou assis, à poursuivre le feu de vivre entre des
mots qu’il n’aurait pas reconnus. Ou simplement à rire, sous l’auréole de ses
cheveux avec, dans les yeux, deux minuscules étoiles qui n’auraient jamais
cessé de luire.
[...]
On se dit, oui, qu’on ne sait plus quoi se dire. Qu’il y a trop de lumière. Les
jonquilles se balancent, les branches avec ce vent que, comme lui, on ne voit
pas, mais qui souffle. On le sent, il suffit de tendre la main. On se dit qu’il
est dans ce qu’on ne sait plus. Les mots qui viennent et s’en vont, le geste
comme envolé, le visage qui recule. On le voit, il est arrêté, toujours un peu
à côté des images qu’on a gardées. Il tend la main lui aussi. On ne sait pas
vers quoi.
Il disait : C’est mon ombre / et pas mon ombre / que je vois. Aucune ombre
aujourd’hui pour voir avec lui. La pluie tombe sur les feuilles, efface ce qui
brille. Le jour est pâle, comme s’il veillait, la tasse vide, la main absente.
Sur les livres, son nom s’est arrêté. Il est, dans les yeux, comme un visage qu’on
reconnaît. Avec sa voix qu’on a là, dans la bouche et qu’on entend, même si
elle se tait.
Jacques Ancet, Puisqu’il est ce silence,
prose pour Henri Meschonnic, coll.
Terre de Poésie, Lettres Vives, 2010, pp. 7&8 et 12&13.
Jacques
Ancet dans Poezibao :
Bio-bibliographie, extrait 1, extrait 2, extrait 3, un
texte de JA sur La dernière phrase, fiche
lecture de la Dernière Phrase, extrait
4 (Diptyque avec une ombre), extrait
5,
le
blog de Jacques Ancet, sur
la poésie (blog), une
lecture de Juan Gelman (séminaire du PIAL), Entre corps et pensée (parution),
extrait
6,
traduction de Andrès Sanchez Robayna, sur une confidence de la mer grecque (par R. Klapka), traduction de Fragments brisés de JA Valente
(R. Klapka), Journal de l’air (parution), Le poème, son milieu est le langage,
Pourquoi cette irritation à écouter…, Écrire, c'est entrer en contact avec quelque
chose de très lointain, Comment parler de
cette sorte de bouillonnement vague et d’insatisfaction sourde, Antonio
Gamoneda, La voix de la mer (par Antoine Emaz), lauréat du prix Apollinaire, notes sur la poésie
Henri Meschonnic dans Poezibao :
Bio-bibliographie, extrait 1,
"Lecture" poétique 2, extrait 2,
lecture à la librairie Tschann déc. 06 (Le nom de notre ignorance, la Dame d’Auxerre),
sa mort, ext. 3 , notes sur la poésie
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