La désillusion
Blanc
et noir et blanc et noir,
attention, je vais vous apprendre à mourir,
fermez les yeux, serrez les dents,
clac ! vous voyez, ce n’est pas difficile,
il n’y a là rien d’étonnant.
— Je vous parle sans passion,
noir et blanc et noir et blanc,
clac ! vous voyez qu’on s’y fait vite, je vous parle sans amour, et
pourtant vous savez bien...
il faut être évident jusqu’à l’absurde —
Blanc
et noir et blanc et noir et noir et blanc,
si nos âmes échangeaient leur corps,
il n’y aurait rien de changé,
alors ne parlez plus de corps ni d’âmes.
Blanc,
noir, clac ! c’est la seule chose
qu’ensemble nous pouvons comprendre,
(mais n’est-ce pas qu’il n’y a là rien de tragique ?)
Je
vous parle sans passion,
blanc, noir, blanc, noir, clac,
et c’est mon éternel cri de mourant,
ce cri blanc, ce trou noir...
Oh ! Vous n’entendez pas,
vous n’existez pas,
je suis seul à mourir.
René
Daumal, Le contre-ciel, suivi de Les dernières paroles du poète,
Poésie/Gallimard, 1970, p. 73-74.
Contribution
de Tristan Hordé
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