Les éditions Cheyne publient Archives nomades du poète allemand Jan Wagner.
nature morte
un grand
poisson que l’on a couché sur un journal,
une table en bois dans une cabane
en normandie. gros silence, grosse chaleur — l’air
tricote des chaussettes de laine. tu peux le toucher ou
ne pas le toucher, ses écailles argentées pareilles aux longues portées
d’une froide symphonie. sa tête
est coupée, sinon, à supposer que les poissons
sachent lire, il pourrait lire
ce qui est écrit au-dessus de sa nageoire dorsale
et lui souffle : « que font-ils, ces gens ? »
sans bruit la lumière se retire, le papier
absorbe goutte après goutte des océans.
au fond de l’image l’atlantique
enfonce en grondant
les avis de recherche les plus récents des disparus dans le sable.
nature morte
ein großer fisch, gebettet auf eine zeitung,
ein tisch aus holz in einer hütte in
der normandie. ganz still, ganz warm — die luft
strickt wollene socken. du kannst ihn berühren oder
auch nicht, seine silbrigen schuppen gleich langen reihen
von noten einer kühlen symphonie. sein kopf
ist ab, sonst könnte er, gesetzt den fall
daß fische lesen können, lesen
was über seiner rückenflosse steht
und ihm souffliert : "was tun sie, diese leute ?"
das licht entzieht sich leise, das papier
nimmt tropfenweise meere in sich auf.
au fond de
l’image drischt der atlantik dröhnend
der jüngsten vermißtenanzeigen in den strand.
Écouter
Jan Wagner lire ce poème sur le site Lyrikline
Jan Wagner, Archives nomades, traduit de l’allemand et postfacé par François Mathieu, éditions Cheyne, 2009, p. 31 et 30.
Bio-bibliographie de Jan Wagner
Contribution de Tristan Hordé
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