ndlr : Paul Verlaine est en dehors du champ temporel couvert par Poezibao (qui suit l’actualité éditoriale de la poésie moderne et contemporaine, à partir d’Apollinaire), mais c’est l’occasion d’attirer l’attention sur un nouveau numéro de la revue Passage d’Encres qui dédie un fort dossier, coordonné par Alexis Pelletier, à la difficile question des rapports de la musique et de la poésie. Ce poème est cité dans l’article introductif d’Alexis Pelletier qui fait un sort à beaucoup de lieux communs, vides de sens, ayant cours notamment sur la musicalité de la langue.
Je
ne sais pourquoi
Mon
esprit amer
D’une aile inquiète et folle vole sur la mer
tout
ce qui m’est cher,
D’une
aile d’effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi. Pourquoi ?
Mouette à l’essor mélancolique,
Elle suit la vague, ma pensée,
A tous les vents du ciel balancée,
Et biaisant quand la marée oblique,
Mouette à l’essor mélancolique.
Ivre
de soleil
Et
de liberté,
Un instinct la guide à travers cette immensité.
La
brise d’été
Sur
le flot vermeil
Doucement la porte en un tiède demi-sommeil.
Parfois si tristement elle crie
Qu’elle alarme au lointain le pilote,
Puis au gré du vent se livre et flotte
Et plonge, et l’aile toute meurtrie
Revole, et puis si tristement crie !
Je
ne sais pourquoi
Mon
esprit amer
D’une aile inquiète et folle vole sur la mer
tout
ce qui m’est cher,
D’une
aile d’effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi. Pourquoi ?
Paul Verlaine, Sagesse (1880), cité in revue Passage d’ Encres, n° 34, « interférences », 2009, p. 12.
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