Ce poème sous forme de triptyque, dans lequel sont évoquées
les vies de Mathis Grünewald, de l’explorateur G.W. Steller et de l’auteur
lui-même, signe l’apparition en 1988 de Sebald sur la scène littéraire (publication
à Nordlingen, éditions Greno) alors qu’exilé en Angleterre en 1966 il y mène
une carrière universitaire d’enseignant de littérature allemande.
La traduction de Sibylle Muller et Patrick Charbonneau pour Actes Sud, ravira les connaisseurs de l’œuvre, qui admireront la pleine maîtrise des moyens de l’auteur d’Austerlitz dans une forme inhabituelle (on reconnaît toutefois une manière de procéder à laquelle Muriel Pic (ouvrage à paraître) donne le nom de montage littéraire. Pour ceux qui découvriront Sebald à cette occasion - rappelons que sa « carrière » littéraire a été brutalement interrompue en 2001- il y a fort à parier qu’ils chercheront à connaître l’ensemble des écrits (dont une bonne partie en poche, dans la collection folio). Tous seront impatients de découvrir prochainement Campo Santo (essais et fragments de romans).
D’après nature emprunte son titre à un vers du premier volet du poème :
Il est probable que Grünewald
a peint d’après nature
et de mémoire l’enténèbrement catastrophique
la dernière trace de la lumière tombant
de l’au-delà,
[p. 26, il s’agit de la crucifixion de Bâle, et il est fait allusion à l’éclipse de soleil de 1502]
l’adjectif élémentaire, comme le mot nature se retrouveront dans la récriture de conférences rassemblées à cette enseigne : De la destruction, comme élément de l’histoire naturelle. En substance le poème exprime comment ces découvreurs de formes et ce qui les pousse à entreprendre ou poursuivre leur œuvre, s’inscrivent eux-mêmes dans une palingénésie dans lesquelles leurs traces figurent à l’état de palimpseste. D’où une insondable mélancolie, mais aussi une étonnante énergie et des moments épiphaniques de pure beauté.
La « scène primitive » : le tapis de bombes (Dresde, ou Nüremberg ou ailleurs), la maternité annoncée (août 1943), et l’épais silence qui s’ensuit, est certes une des clés de l’œuvre de Sebald (son exil en Angleterre en fait partie), le recours aux œuvres picturales : Altdorfer, et La Bataille d’Alexandre en particulier est un puissant moyen de constater à quel point cette scène dure avec ses obscènes justifications.
Winfried Georg Sebald
D’après nature, Poème élémentaire, traduit de l’allemand par Sibylle Muller et
Patrick Charbonneau, 96 p.
Actes Sud, octobre 2007, 15 €
note de lecture de Ronald Klapka
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