Si j’écris au plus près des mots
leur laissant toute latitude
de me trahir (c’est ce qu’ils font
dès qu’on leur ouvre un peu la porte)
c’est évidemment volontaire
Je pourrais sans doute de biais
t’interrompre banal discours
et prêter à penser aux jours
qui donneraient sens aux ténèbres
Je n’en suis pas là quoique aimant
ceux dont le langage inspiré
demandait pour mieux respirer
d’être ainsi traité Espérons
que cela me sera possible
c’est si beau une page blanche
Et tous ces mots prêts à sortir
du dictionnaire on n’a qu’à prendre
Vrai tous les mots de Moby Dick
ou de la Bible pourquoi pas
sont à portée de toute tête
et l’aphorisme de Pascal
Tout est là Malheureusement
chacun d’entre nous n’a pouvoir
que de parler son seul langage
A quoi bon vouloir être un autre
qui nous fascina par ses mots
il en a souffert la richesse
assumons notre pauvreté
Beaucoup d’écrivains d'aujourd’hui
sont gosses de riches ainsi
Ils choisissent dans la vitrine
le dernier cri sans pour autant
perdre leur bonne mine Allant
de fleur en fleur très littéraires
butinant au gré de leur goût
très sûr au reste mais vicieux.
Georges Perros, Une vie ordinaire, Poésie / Gallimard, 1988, p.90
Mon cher Michel,
un peu de neige, pas la tienne, non, neige bretonne, crachin neigeux, que la
terre n’enregistre que verglacée. Les enfants ne peuvent pas s’amuser. Mais on
peut se casser la figure.
Je viens de lire le S/Z de Barthes.
Ou, comment être honnêtement jaloux d’un texte qu’on aurait dû écrire. Bien
lire, ce serait ressusciter dans l’idéal l’auteur pourchassé. Mais tout ce qui
ressort de « l’étoilement » du texte, du « coupé la parole »,
est d’un poëte. Osera-t-il un jour ?
Puis Lacan, publié pas cher. C’est somme toute assez plat. Avec juste ce qu’il
faut de clin d’œil au canular pour payer de mine. Pas du tout convaincant, en
tous cas. Nous sommes inguérissables. Ouvrir Blanchot après, c’est éternuer de
plaisir.
Bon froid. Embrasse.
Georges
Michel Butor / Georges Perros, Correspondance, 1955-1978, Joseph K., 1996, p. 352 (lettre 524, de mars 1970)
Georges Perros dans Poezibao :
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bio-bibliographique,
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