Sophie Nauleau, productrice à France-Culture, nous donne rendez-vous le 2 juillet prochain, pour une série d’émissions A voix nue sur Jordi Savall.
Pourquoi le signaler ? Les dernières lignes de La main d’oublies, Galilée, mai 2007, disent : « C’est ainsi, Baugin m’accompagne en tous lieux. Plus au Nord on m’a dit que l’église baroque d’Asfeld avait la forme d’une viole de gambe. Tous les matins du monde m’escorte où que je sois. »
Gardons au titre du récit de Sophie Nauleau, son statut de purloined letter, quand bien même le bandeau en rappel de frontispice d’Ernest Pignon-Ernest, fonctionne comme la lettre volée, l’expression anglaise d’Edgar Poe indiquant la missive arrivant à son destinataire, toi lectrice, toi lecteur, avec délai, tout l’exergue de Nicolas Bouvier le souligne :
Dans l’oubli des noms et des souvenirs, il reste quelque chose à dire. (Le dehors et le dedans)
C’est le cas, en ce qui concerne le titre du tableau de Lubin Baugin, mis en lumière par le film de Corneau tiré du livre de Pascal Quignard (on peut imaginer sans peine que Sainte Colombe sera au rendez-vous, et son instrument honoré comme alia vox).
Le double parcours universitaire de Sophie Nauleau (Lettres, Ecole du Louvre), sa qualité de productrice d’émissions à vocation culturelle, son implication dans les manifestations comme le festival Etonnants Voyageurs (édition de l’anthologie Un tour du monde des poètes d’expression française (Poésie/Gallimard), confèrent au récit ses dimensions poétiques et érudites et son ton allègre sans verser dans l’anecdote ou la parure verbale. Discrètement mentionnée parmi les derniers chapitres, la rencontre avec l’auteur de Dernier Royaume confirmera les quignardiens dans leur goût.
Il leur apparaîtra que l’auteure a en partage avec l’un des plus éminents d'entre eux, Philippe Bonnefis (Son nom seul, la direction avec Dolorès Lyotard du colloque de Cerisy Figures d’un lettré, les deux publiés chez Galilée), l’amour de la traque érudite et la verve pure pour la faire partager.
Un beau talent donc, une voix et
de beaux prochains livres à attendre …
Car il est des récits inventés plus vrais qu’un cartel du Louvre.
©Ronald Klapka pour Poezibao
Sophie Naulleau, La Main d’oublies, Galilée, 2007
photo : le frontispice d’Ernest Pignon-Ernest
