« jusqu’à l’immense
où vivre prend mesure »
hommage à Béatrice Douvre.
lecture de poèmes de Béatrice Douvre
à la brasserie François Coppée
soirée organisée par Pierre Maubé et Isabelle Raviolo
à l’occasion du 40ème anniversaire de Béatrice Douvre
Brasserie François Coppée
1, boulevard du Montparnasse
75006 Paris.(métro Duroc)
participation aux frais (consommation): 6 euros
lecteurs: Léa Marion, Hannah Thurière, Inès Mouhou, Louis Tucoulat,
Elise Pouvreau
choix de textes par Isabelle Raviolo
Et à l’aurore, armés d’une ardente patience, nous entrerons aux
splendides villes.
Arthur Rimbaud, « Adieu » in Une saison en enfer.
Béatrice, toi la petite fille qui rêves, « qui joue dans le climat,
chargée du seul inconnu qui l’excède », tu demeures la flamme vive,
l’indomptable braise d’où sans cesse le feu renaît. Ta vie fut cette flamme,
celle même qui a consumé ta chair mais a élevé ta voix jusqu’au plus haut,
jusqu’à cette fournaise scellée à l’intelligence des savants et révélée aux
tout-petits, aux cœurs purs.
Ta voix solaire et lunaire, mystique, revêt « l’aile grave de nos pensées d’homme ». Toujours à la
recherche de l’autre, du Tout Autre, elle nous invite au voyage. Et celui qui
se laisse toucher par la profondeur de son message entend la traversée de la
nuit comme une promesse, celle d’une aube nouvelle. Ta poésie est cette voix de
l’autre rive, ce chant du « vert présage » terre d’accueil et de fécondité où
l’amour devient possible. Dans « le brûlant de l’ombre », ta voix ne peut se
perdre car elle chante un « bonheur plus fort que le monde » : voix nue,
patiente et tourmentée, mais toujours voix éveillée, voix en devenir
d’elle-même, tendue vers l’insaisissable lumière.
Toi qui as dansé « dans des fracas d’eau pure », tu n’as jamais cessé de
marcher, de t’ouvrir, en route vers cette plus haute lumière où le vivre
s’expérimente au péril de soi-même : oser nos peurs pour les dépasser et
renaître, sans cesse, dans le corps du poème. Telle est peut-être l’aventure
que tu as su vivre et qui t’a demandé de tout laisser pour écouter l’autre
voix, cette voix du plus intime de soi où le « je » devient un « autre », car
il se tient « debout / dans l’étoffe des visions », il se fait tout entier
Désir, « voix folle de sève et de rayons » Et de cette aventure de l’au-delà
des frontières, tu nous as laissé tes poèmes, pierres gemmes qui brillent de
l’éclat de l’ange.
Ton œuvre nous oblige à la plus vive attention, sans quoi nous
risquerions de passer à côté, de ne pas entendre cette voix de fin silence où
s’allient grâce et pesanteur. Tel Dante qui doit passer la muraille de feu pour
être illuminé par le sourire de Béatrice, nous devons à notre tour devenir ces
« voyageurs chérubiniques », être ceux qui partent « sans cesser de mourir ».
Isabelle Raviolo