Avec mes remerciements à Tristan Hordé pour cette proposition
À Emily Dickinson
Toi qui tant désirais — on réclame en vain —
Qui rassasiais ta faim comme un labeur perpétuel,
Tu osas révérer le travail, bénir la quête —
Tu atteignis cette paix, suprême en somme,
D’être, de tous, la moins recherchée ; écoute Emily !
Ô la Douce et Silencieuse en allée, soudain la plus limpide
Quand tu chantes cette Eternité prise
Et pillée en chaque poitrine
Nulle fleur, en vérité, ne s’atrophie dans ta main.
La moisson par toi distinguée, la moisson saisie,
Il faut plus que de l’astuce pour la cueillir, que de l’amour
[pour la gerber.
La réconciliation d’un esprit des plus distants —
Abandonne Ormizd sans rubis et laisse Ophir à son frimas.
Sinon les larmes couvrent tout un
mamelon d’argile froid.
To Emily Dickinson
You who desired so much — in vain to ask —
Yet fed your hunger like an endless task,
Dared dignify the labor, bless the quest —
Achieved that stillness ultimately best,
Being, of all, least sought for : Emily, hear !
O sweet, dead Silencer, most suddenly clear
When singing that Eternity possessed
And plundered momently in every breast ;
— Truly no flower yet withers in your hand.
The harvest you descried and understand
Needs more than wit to gather, love to bind.
Some reconcilement of remostest mind —
Leaves Ormus rubyless, and Ophir chill.
Else tears heap all within one clay-cold hill.
Hart Crane, Key West et autres poèmes,
traduits de l’américain par François Tétreau, présentés par François Boddaert,
Orphée/La Différence, 1989, p. 102-103.
bio-bibliographie
de Hart Crane
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Rédigé par : Marilyn Hacker | mercredi 17 janvier 2007 à 07h19