Après un numéro 0 consacré de manière sans doute quasi programmatique à Orphée, voici le numéro 1 de Thαumα, titré Anima-L
Thαumα dont le nom grec invite à l’émerveillement est une toute nouvelle revue littéraire qui a pour objectif de mettre en relation philosophie et poésie, autour d’un thème précis chaque fois, thème suffisamment ouvert pour susciter toutes sortes d’approches et de contributions.
Les deux numéros parus mêlent librement les interventions et les auteurs. Le court essai côtoie le poème, la signature prestigieuse celle du débutant et l’ancien le contemporain. Approche donc très ouverte, généreuse et salubre, autour du « questionnement sur le sens de notre présence au monde. Comment louer, écrire et parler si on ne commence pas par s’étonner ? »
Je me pencherai plus précisément sur le numéro 1, trouvant dans ces rencontres inattendues autour du double thème de l’âme et de l’animal, de l’âme de l’animal, sujet d’étonnement.
Ce n’est pas tout à fait un étonnement toutefois de trouver
en ouverture Jacques Roubaud, qui a déjà offert à ses lecteurs de nombreuses
variations sur le thème de l’animal (Les
animaux de tout le monde, Les animaux
de personne), c’est un bonheur de trouver un bon texte solide de James
Sacré autour du cheval : « Cheval emballé, fond de campagne / L’enfance
que ça trimballe guenille / A travers les buissons le ciel déchiré ! ».
Parmi les autres signatures, je relèverai tout particulièrement celles de
Judith Chavanne, Aurélie Loiseleur et Pierre Maubé et j’attirerai l’attention
sur un bel article de Sébastien Labrusse
sur La Chèvre d’Umberto Saba. J’ai aimé trouvé des textes, magnifiques, de
William Blake « Tyger, Tyger, burning bright / In the forests of the
night // Tigre, Tigre, Feu et Lumière /
Dans les forêts de la nuit », de Pierre Jean Jouve, Joachim du Bellay ou
Aloysius Bertrand….. . Je terminerai cette énumération en reprenant la chute d’un
poème de Gabrielle Althen qui semble pouvoir accompagner le devenir de Thαumα : « Et la parole osée nous
fut donnée / Afin que soit vivable de demeurer ensemble ».
Les deux numéros 0 et 1 sont illustrés d’encres de Chine de la créatrice et rédactrice en chef de la revue Isabelle Raviolo (qui est aussi écrivain). A propos de ces dessins, j’émettrais une petite réserve que je reprendrais d’ailleurs pour l’ensemble du projet : je note dans ces dessins comme dans ces pages une certaine inégalité. Certaines encres sont magnifiques, d’autres semblent moins abouties. Et de même pour les textes, mais là est sans doute le lot de toute revue. Enfin on aimerait que dans les numéros suivants qui seront consacrés à Eros, fils de Poros et de Penia (n° 2), Corps et records (n°3) et Gémellités (n°4), le parti philosophique soit plus affirmé.
Mais ce sont critiques mineures et l’on ne peut que souhaiter nombre de parutions pour un projet de cette qualité.
©florence trocmé
Abonnement, 2 numéros, 20 € (ou 35 € ou plus pour un abonnement de soutien).
à Isabelle Raviolo, Les Argonautes / Revue Thauma, 28 rue Beaubourg, 75003,
Paris.
Le numéro 0, Orphée, 8 €, le numéro 1, Anima-L, 10 €.

Rédigé par : Maximine (Lagier-Durand) | mardi 25 juillet 2006 à 05h55