marcher sur la tête
L E C T U R E S D A N S L A M O N T A G N E
LES ALSACIENS ERRENT DEPUIS DES lustres entre deux langues, sans prise
véritable sur aucune. A la fois fautifs et embarrassés en langues. Mais quelle
est la « bonne langue » ? Ils ont été privés de ce que Schleiermacher a appelé
« das heimliche Wohlbefinden der Sprache ». Du moins pour ce qui
concerne la langue écrite. Ils ont toujours posé une autre langue comme
ontologiquement supérieure à la leur. Les Alsaciens écrivent un français
étranger – ils sont étrangers dans la langue française comme Beckett, ou comme
le fut Kafka dans la langue allemande… Dans une hypothèse joyeuse, ils jouent
aujourd’hui de l’ambivalence, de la réversibilité, de la traduction infinie.
Le dialecte, autrefois appelé
« allemand-alsacien » (elsäserditsch), était la langue de cette
conversion créative. L’alsacien, l’elsäserditsch, n’est pas la LANGUE DE CEUX QUI SAVENT MAIS DE ceux qui cherchent, qui écoutent… qui
cherchent le secret de la langue. C’est la langue de la musique, du rire et de
la mélancolie. C’est d’ailleurs une des raisons qui fait des Alsaciens de si
bons musiciens. Mais sans doute faut-il considérer désormais l’alsacien comme
la figure discursive de la déflagration. Le moment de la Joycisation des
langues nationales – une langue d’écrivain, en quelque sorte.
Je voudrais essayer de raconter les paysages, les larmes et les rires, les
moments d’excitation et les silences qui forment la trame de cet embarras de
langue. Ma thèse : l’écriture qui tiendrait compte de la distance alsacienne
dans la langue française serait « naturellement » joycienne – le Joyce de
Finnegans Wake s’entendBrékkek Kékkek Kékkek ! Koax Koax Koa» Kwatsch ! Kwatsch !… M. D.
Né à Strasbourg, Michel Deutsch a écrit de nombreux essais (L’Alsace
dans le désordre, BF, 1993 ; Le Théâtre et l’air du temps, L’Arche, 1999), des
pièces de théâtre (Skinner, L’Arche, 2002) et de la poésie (Météorologiques, Bourgois, 2002).
Dramaturge et metteur en scène au Théâtre national de Strasbourg de 1974 à
1983, il a été aussi le scénariste, avec Henri de Turenne, du film télévisé Les
Alsaciens, ou les deux Mathilde, et a réalisé Alsace, terre étrangère.
« Celui qui marche sur la tête, Mesdames et Messieurs – celui qui marche
sur la tête, il a le ciel en abîme sous lui. »
Le Méridien, Paul Celan
CALENDRIER
Les lectures ont lieu le dimanche à 14 h 30, environ tous les deux mois.
Participation aux frais : 5 €.4 juin, rencontre avec Michel Deutsch
Coordination
Gérard Haller
01 43 58 77 66, [email protected]
Isabelle Baladine HOWALD
06 62 01 93 26, [email protected]
Accueil
Marlies et Pierre Schoch, L’instant, Chambres et tables d’hôtes, 39 rue du Eck,
67140 Le Hohwald,
03 88 08 35 95
[email protected]
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