J'ai reçu ce texte en guise de vœux de la part de l'association poétique Chemins qui ne mènent nulle part
Qu’est-ce que je
fais ?
J’appelle.
J’appelle.
J’appelle.
Je ne sais qui j’appelle.
Qui j’appelle ne sait pas.
J’appelle quelqu’un de faible,
quelqu’un de brisé,
quelqu’un de fier que rien n’a pu
briser.
J’appelle.
J’appelle quelqu’un de là-bas,
quelqu’un au loin perdu,
quelqu’un d’un autre monde.
(C’était donc tout mensonge, ma
solidité ?)
J’appelle.
Devant cet instrument si clair,
ce n’est pas comme ce serait avec ma
voix sourde.
Devant cet instrument chantant qui ne
me juge pas,
qui ne m’observe pas,
perdant toute honte, j’appelle,
j’appelle,
j’appelle du fond de la tombe de mon
enfance
qui boude et se contracte encore,
du fond de mon désert présent,
j’appelle,
j’appelle.
L’appel m’étonne moi-même.
Quoique ce soit tard, j’appelle.
Pour crever mon plafond sans doute surtout
j’appelle.
Henri Michaux, Passages, Gallimard 1950, 1963,
p. 120
Henri Michaux dans Poezibao
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