FLUX
ET REFLUX
Quelle est ton heure noire, ton heure de mal à vivre, ton
heure mortelle ?
Est-ce l’instant du réveil, déchirure brutale de la trame des rêves, renvoi violent au réel le plus cru ?
[...]
Est-ce au nœud du jour : midi, l’heure inquiétante comme une esplanade déserte, et tu te sens guetté ? Ou dans les sables mouvants de l’après-midi, quand déjà s’enlise l’espoir d’une croissance ? qui sait, d’une métamorphose ? Quand la lumière se tend avant de décroître et se dérobe ?
Et que dire du soir qui monte, comme une eau glacée, implacable, qui recouvre tout ? Que crier de la nuit épaisse, oppressante, qui engloutit ?
Quelle est ton heure d’angoisse ? Quand la voie se fait
si étroite qu’aucune âme vivante ne passerait par le chas de cette
aiguille ; quand l’air à respirer se fait si rare que, dressé sur la
pointe des pieds, il te devient difficile d’en happer une goulée ? L’heure
où tu te malmènes et ne supportes ni toi ni l’autre ; l’heure d’effroi où
tu ne peux ni vivre ni mourir, où tu balances, hagard, d’un abîme à l’autre,
perdu d’avance, damné ?
Colette Nys Masure, Feux dans la nuit, Poésie 1969-2002, La Renaissance du livre, p.
68
Note importante : pour des raisons de longueur
du texte et de respect des règles du copyright, je ne peux donner la suite de
ce texte qui est un diptyque en quelque sorte et qui se continue sur l'autre versant "quelle est ton heure de fête, ton heure de gloire, d'aise à vivre et à chanter ?.
Je le donnerai ultérieurement dans l'anthologie de Poezibao.
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