« Les yeux d'Elsa » dit par l'auteur :
Lecture audio, 2’57
On peut écouter cette autre lecture du poème de Louis Aragon :
Lecture audio, avec le texte du poème, 3’51
Merci à Auxeméry
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« Les yeux d'Elsa » dit par l'auteur :
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Merci à Auxeméry
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 06 février 2017 à 10h50 dans Archives sonores | Lien permanent
Andrea Zanzotto, la création, futur des mémoires
Vocatif, 1957, non traduit jusqu'à présent, second livre après Derrière le paysage, du poète de Vénétie, de Pieve di Soligo village où Zanzotto naît en 1921 et vit toute sa vie alors qu'il meurt en 2011 à Conegliano, cité voisine, pose les prémices d'une création prométhéenne de la langue italienne. Paralysé par de multiples facteurs biographiques et historiques, deuils dans sa famille et traversées du fascisme, et une volonté contrariée alors qu'il s'est désigné poète, écrivant dès ses premières années, mais voyant la poésie lui échapper, la dépression le gagne. C'est donc par nécessité qu'il trouve la voie de sortie à la manière de l'alpiniste qui tente des prises là où, a priori, il n'y en avait pas, en même temps qu'il sort de la poisse, du brouillard, trouve l'azur et gagne les sommets, crée une langue dans un premier temps auto-référentielle. La nature alors intacte loin pourtant des sirènes de Théocrite, d'Ungaretti, de Sereni, n'a-t-elle pas assisté muette à la double déflagration des deux guerres mondiales ?
Surimpressions, 2001, livre inédit lui aussi, expose quant à lui la poésie de Zanzotto au sommet de ses capacités créatrices, celles qui ont accompagné jusqu'ici à travers les livres de poésie, de critique, de prose, le poète de Vénétie avec constance et capacités de renouvellement. Le projet de dépasser, intégrer toutes les traditions de l'Italie, de Dante, de Pétrarque, de Boccace, et de laisser libre cours aux dialectes, supposé impossible, continue ici, Zanzotto n'ayant de cesse que de créer les visages divers et concrets de cette vision, ses tournures, alors même que cette fois ce n'est pas le poète qui est en défaut par rapport à la nature intègre, celle-là même que Pasolini chante et regrette dans la Nouvelle jeunesse (1), écrivant « L'éternel retour prend fin : l'humanité a pris la tangente », mais la nature qui est attaquée, exposée aux saccages et déprédations, ses défenses et ses réactions restant cependant à ce jour aussi imprévisibles que potentiellement redoutables, celles-là même que Zanzotto observe et note dans Météo (2), Surimpressions lui faisant suite.
Les deux livres ne présentent pas seulement des univers à la fin et au début d'une vie linéaire où le balbutiement atteindrait sa maturité sur le tard. En plusieurs poèmes de Vocatif et de Surimpressions, l'énergie, le désir conducteur, la capacité à se deviner à l'aveugle, surgissant de l'inconscient dans sa jeunesse - Coteau de Janus, Fuisse, Depuis le ciel, Avant le soleil, Impossibilité de la parole, sont autant de vers, de réalités de Vocatif arrachés au chaos sur lesquels il faudrait insister - vivent et traversent les sens et la main du poète dans sa vieillesse. D'où mon dire, mère, / pourquoi tu me tais, comme le vers très haut, / le très riche nihil, / qui menace et exalte, où / après la terreur s'ouvrent des fleurs / béatifiantes et des vents glacés -- et toi, azur, / me conformes-tu encore à moi-même, / au miroir qui évolue dans le lendemain ? extrait de « Une Hauteur Nouvelle » de Vocatif annonce et trouve les fulgurances endurantes et les attentions au plus fragile de Surimpressions, dont Lieux ultimes du "galaté au bois", Soirs du jour de fête, suite qui dialogue avec Leopardi, pose un acte concret où en une vue de l'espace-temps, les mémoires, le futur et le présent se côtoient.
Il y a là à la fois une mise en échec de l'accélération vite, toujours plus rapide née avec l'industrialisation des deux siècles antérieurs et officialisée par Marinetti et du postmodernisme dont l'objet, désormais inutile depuis la crise financière et le retour des contempteurs sincères à nouveau de la démocratie, a été de travailler à la négation de l'histoire, à la reconduction d'une forme de relativisme synonyme d'impossibilité de décrire les mécanismes d'exercice du pouvoir, de la domination, et d'entraver l'agir, la poésie de Zanzotto actant un changement d'ère, un passage au futur où le passé, les mémoires, les créations se transforment, se vivent dans les libres arbitres et les esprits inventifs à venir.
Erich Auerbach dans Mimésis et Le Haut langage ne décrit-il pas ce phénomène, antérieur à la fin de l'Empire romain, de la disparition de toutes les initiatives créatrices des siècles durant ? À considérer le dernier siècle écoulé, jamais pourtant la création ne s'est tarie en Italie, pas plus que dans nombre de pays occidentaux et d'autres parties du monde. La poésie de Zanzotto, tellement consciente des ravages causés aux paysages et aux modes de vie patiemment élaborés et transformés au cours des siècles depuis les années soixante du vingtième siècle, se porte du côté de la vie - Posant ainsi une équivalence entre intérieur et extérieur, le poète donne ainsi le mot comme un instrument d'amour et de vie écrit Philippe Di Meo dans une des présentations éclairantes qui accompagnent chacun des recueils ici traduits - non pas en futurologue, mais vivant concrètement les transformations imperceptibles à d'autres yeux des relations entre toutes les espèces de la nature autant qu'au sein des sociétés humaines.
La poésie de Zanzotto reste ainsi une chance pour tous ceux qui savent que les auteurs des injustices et de l'exploitation effrénée de la nature gagnent du temps afin de préserver leurs dominations, mais n'ont pas d'avenir. Pourtant, la poésie de Zanzotto n'est pas morale, mais l'admiration de la vie suffit à désarçonner les mauvaises intentions et les mensonges, c'est là un des effets de la création qui la plupart du temps n'a pas même ce but.
1) Pier Paolo Pasolini, la Nouvelle jeunesse, Poèmes frioulans, Traduit du frioulan et postfacé par Philippe Di Meo, Edition bilingue, Gallimard, 2003
2) Météo, Edition bilingue, Texte français par Philippe Di Meo, Postfacé par Stefano Dal Bianco, Maurice Nadeau, 2002
Andrea Zanzotto, Vocatif suivi de Surimpressions, traduction et présentation par Philippe Di Meo, Maurice Nadeau, 2016
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 06 février 2017 à 10h35 dans Notes de lecture | Lien permanent
Je ne peux dire à quelle distance des voix s’animent, comment c’est là-bas, quel regard veut obtenir quelque chose strictement sans moi. Sur l’effet d’ensemble des arbres je ne peux rien dire, des arbres, maisons et rangées de fenêtres lentement revues en sens inverse, fugaces derrière taches de lumière et fruitiers de terrasse en vases galbés. Dans un vide de même force, derrière la ligne en zigzag du massif couleur kaki, notre voiture rouge et blanche se sépare du jour, accède à une vitesse longuement amorcée, progressant peut-être vers un lointain modéré, rajusté par la chaleur du midi et une poussière voltigeante, par un bas-côté en glissade vers la mer, aux champs de riz et buttes pierreuses perdant une route et un temps dont personne encore n’a suggéré la fin.
Source : Farhad Showghi, Die große Entfernung, Engeler 2008. Traduit de l’allemand par Jean-René Lassalle.
Ich kann nicht sagen, in welcher Entfernung sich Stimmen regen, wie es dort ist, welcher Blick etwas einholen will ganz ohne mich. Ich kann über die gemeinsame Wirkung von Bäumen nichts sagen, Bäumen, langsam zurückgedrehten Häusern und Fensterreihen, sprunghaft hinter Lichtflecken und Terrassenobst in bauchigen Schalen. In gleichstarker Leere, hinter der Zackenlinie des khakifarbenen Massivs, trennt sich vom Tag unser weißroter Wagen, findet einen Zugang zu längst angefangener Geschwindigkeit, unterwegs vielleicht zu einer mäßiger, mit beweglichem Staub und Mittagshitze nachgestellten Weite, mit meerwärts abschmierendem Strassenrand, an Reisfelder, Steinhöhen verlierend Fahrt und Zeit, über deren Ende noch niemand gesprochen hat.
Source : Farhad Showghi, Die große Entfernung, Engeler 2008.
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On joue à s’attraper, plutôt tomber au hasard, nous commençons par des peupliers blancs juste apparus, leur août rapide. Retiré l’œil de la fenêtre, veux-tu me dire, c’est plus pesant. Le soleil nous atteint jusqu’aux langues. Mais brille seulement à la fin. Insiste surtout à gauche au-dessus des arbres : lente dévoration de groupes de nuages. Ensuite une avancée plus claire en chien qui aboie. Essayons de voir où sont les pieds. Les arbustes se nomment de manière décousue : d’abord bravement baie de zereshk, à hauteur de sol donc bout de nez – enfin un léger revirement avec épine-vinette. La lumière est autre maintenant. Les doigts dérapent, nous nous entendons parler, il arrive du lait, nous évoquons les ondes vocales, disons zereshk, sirop bid meshk, avons bientôt raison : les visages sont de retour : apportant appel d’air sur chemise et pantalon.
Source : Farhad Showghi, Die große Entfernung, Engeler 2008. Traduit de l’allemand par Jean-René Lassalle.
Wir spielen fangen, etwas planloses Fallen, beginnen mit eben erschienenen Weißpappeln, ihrem schnellen August. Nahm das Auge vom Fenster, willst du mir sagen, und wurde schwer. Die Sonne geht uns an die Zungen. Scheint aber am Ende nur. Meint eher links über den Bäumen: Langsamer Verzehr von Wolkengruppen. Gleich deutlicher ein Vorsprung als bellender Hund. Lass uns nachschauen, wo die Füsse sind. Die Sträucher heißen ganz durcheinander: Tüchtig noch Sereshk, in Bodennähe auch Nasenspitze – dann leichter Umschwung mit Sauerdorn. Das Licht ist anders geworden. Die Finger verrutschen, wir hören uns sprechen, es kommt Milch, wir meinen Mundlautwellen, sagen Sereschk, Bid meschk, bald haben wir recht: Und zurück die Gesichter: Tragen Luftzug über Hose und Hemd.
Source : Farhad Showghi, Die große Entfernung, Engeler 2008.
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Je voudrais dire que la brouette est là dans le jardin. Avec de l’eau de pluie, si elle ne s’appuie pas à gauche contre le tas de bois. Je dis que le changement de lumière me déforme les mots dans la bouche ; avec comme une observation de la langue. Et tout ce qui est vite contrecarré. Même la ressemblance de la cuve d’eau avec façon de parler et gain de temps. À l’instant j’ai levé la tête et ri vers un lointain. Si je ne veux pas laisser mon hésitation sans objet, je transporte un seau sur le gazon et ne renonce pas à mon visage entier. Qui donc pourrait ne penser qu’à un nez et une lèvre quand les nuages se déplacent ? La portée de voix arrive juste en haut de la rue. Un souffle d’apparition et redisparition, question sur la sorte de branche et le sécateur peut-être. Pas encore d’aménagement du jardin permettant de visiter. Un regard vers le ciel peut divertir. Il y a le réconfort et les fleurs grimpantes. Aussi cette chose luisante qu’est l’impossibilité. Dans le dos une circulation de voitures s’amasse et entraine une sortie de maison vers la droite avec les abeilles. Je perçois une rumeur qui veut bruire et marteler. Quelque part réparer.
Source : Farhad Showghi, dans Lyrikline.org, 2016. Traduit de l’allemand par Jean-René Lassalle. (écouter ce poème lu en allemand par l’auteur)
Ich meine, dass im Garten die Schubkarre steht. Mit Regenwasser, wenn sie nicht links am Holzstapel lehnt. Ich sage, Lichtwechsel dreht mir das Wort im Mund herum. Wie Sicht auf die Zunge. Und alles, was leicht vereitelt wird. Auch die Ähnlichkeit der Regentonne mit Redeweise und Zeitgewinn. Erst vorhin hob ich den Kopf, lachte in eine Ferne hinein. Will ich mein Zögern nicht gegenstandslos lassen, trage ich einen Eimer über den Rasen, verzichte nicht auf mein ganzes Gesicht. Wer denkt schon ständig nur an Nase und Lippe, wenn die Wolken ziehen. Die Rufweite ist gerade oben an der Straße. Ein Anflug von Auftauchen und wieder Verschwinden, Frage nach Zweigart und Schere vielleicht. Noch keine herumführende Gartengestaltung. Ein Blick in den Himmel kann unterhalten. Es gibt Zuspruch und Kletterblumen. Auch das leuchtende Ding der Unmöglichkeit. Im Rücken staut sich ein Autofahren, schiebt Hausverlassen mit Bienen nach rechts. Ich vernehme ein Rasseln, das rascheln will und feststampfen. Irgendwo reparieren.
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 06 février 2017 à 10h02 dans Anthologie permanente | Lien permanent
Farhad Showghi est né à Prague en 1961 et a grandi en Iran et en Allemagne. Il est maintenant psychiatre à Hambourg. Ses poèmes en prose créent un flux de conscience intranquille qui questionne sans cesse la perception, le lieu, le langage. Peu de matériau conventionnel évident de la poésie comme métaphores ou assonances ici. La langue est simple mais les mots sont biaisés, comme s’ils n’étaient pas complètement stables ou subissaient de légères modifications de sens dont il faut s’assurer. Les phrases semblent tirées de conversations ou auto-réflexions anodines et contiennent pourtant une flexion, une articulation ou un angle inattendus. L’ambiance générale est caractérisée par une douceur émotionnelle, un léger onirisme qui englobent l’inquiétude dans une transe soyeuse d’où s’échappent des pensées gagnées sur le trouble. Entre géographies, cultures et langues, Farhad Showghi est aussi le traducteur en allemand du grand poète moderne iranien Ahmad Shamlou. Un livre de Farhad Showghi a été traduit et édité en anglais par la poète expérimentale Rosmarie Waldrop.
Bibliographie selective :
Die Walnußmaske, durch die ich mich träumend aß, Rospo 1998
Ende des Stadtplans, Engeler 2003
Die große Entfernung, Engeler 2008
In verbrachter Zeit, kookbooks 2014
Traduction en français :
Récit intermédiaire, Contrat Main 2001 (traduit par Pascal Poyet)
On trouve aussi un poème de Farhad Showghi dans la revue La Mer Gelée (2016)
Sitographie :
Une trace du passage de Farhad Showghi au Centre de poésie de Marseille vers 1998
Écouter sur Lyrikline la lecture par Farhad Showghi de son poème traduit dans Poezibao par « Je voudrais dire que la brouette est là dans le jardin »
Jean-René Lassalle
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 06 février 2017 à 09h47 dans Poètes (fiches bio-bibliographiques) | Lien permanent
Les treize articles parus dans Poezibao cette semaine (et aussi, pour information, les nouvelles parutions de Muzibao et du Flotoir).
Toutes les mentions en bleu sont des liens, cliquables, qui conduisent aux articles.
Les notes de lecture, Chantal Maillard, Krzysztof Siwczyk et Ariane Dreyfus :
○ (Note de lecture), "Fils", de Chantal Maillard, par Yves Boudier
○ (Note de lecture), Krzysztof Siwczyk, "Ailleurs est maintenant", par Mazrim Ohrti
○ (Note de lecture), Ariane Dreyfus, "Le dernier livre des enfants", par Antoine Emaz
Un reportage :
○ (reportage) Lecture de Claude Ber à la Maison de la Poésie de Paris, par Matthieu Gosztola
Une Carte blanche :
○ (Carte blanche) à Claude Minière : "Logique de Lautréamont"
Dans « l’anthologie permanente », Claude Ber, Cédric Demangeot et Emmanuel Fournier :
○ (anthologie permanente) Claude Ber, "il y a des choses que non"
○ (anthologie permanente) Cédric Demangeot, "criblé d'inquiétude & / déguenillé de joie"
○ (anthologie permanente) Emmanuel Fournier, "où des substrats et où une demeure ? "
Les archives sonores de la poésie, Rimbaud, Cendrars et Mallarmé :
○ (Archive) Gérard Philipe lit Rimbaud
○ (Archive) La voix de Blaise Cendrars
○ (Archive) Trois poèmes de Stéphane Mallarmé de Maurice Ravel
Les livres reçus par Poezibao :
○ (Poezibao a reçu) du samedi 4 février 2017
Et aussi :
○ (agenda et revue de presse) journal du mardi 31 janvier 2017
Une nouvelle parution dans Muzibao :
(Note d'écoute) "Une nuit américaine", œuvres chorales a capella du XXème siècle américain
Et une nouvelle publication du Flotoir :
"points d'échappée qui sont déjà là", autour d’Hubert Lucot en particulier.
Rédigé par Florence Trocmé le samedi 04 février 2017 à 10h28 dans Poezibao Hebdo | Lien permanent
Les 12 livres reçus par Poezibao cette semaine :
○ Collectif, La porte rouge, avec Julien Blaine, Sarah Kéryna, Liliane Giraudon et Frédérique Guétat-Liviani, préface de Anne Vuagnoux, Fidel Anthelme X et L'Antre lieux, 2017, 10€
○ Kees Ouwens, Du perdant & de la source lumineuse, traduit du néerlandais et suivi de "Lire Kees Ouwens" par Elke de Rijcke, La Lettre volée, 2016, 16€
○ Guy Bennett, Ce livre, traduit de l'américain par Frédéric Forte et l'auteur, L'attente, 2017, 11€
○ Fernando Pessoa, Bureau de tabac, traduit du portugais par Rémy Hourcade, illustrations de Fernando de Azevedo, édition bilingue, Éditions Unes, 2016, 14€
○ Franck Doyen, collines, ratures, La Lettre volée, 2016, 14€
○ Pierre Albert-Birot, Petites gouttes de poésie avec quelques poèmes sans gouttes, illustrations de Bobi +Bobi, Motus, 2017, 10,40€
○ Jean-Pierre Chevais, Le temps que tombent les papillons, Rehauts, 2017, 13€
○ Thomas Vinau, Collection de sombreros ? Rougier V. éd. , 2017, 18€
○ Bernard Bretonnière, Datés du jour de ponte, Éditions Les Carnets du Dessert de lune, 2016, 12€
○ Paul Verlaine, Romances sans paroles, texte intégral et dossier par Reynold Le Damany, Folio Collège, 2017, 2,90€
○ Valéry Brioussov, Par les habitacles stellaires, Anthologie, choix et traduction du russe de Youri Kouznetsov, édition bilingue, La Ligne d'ombre, 2017, 14€
Catalogue
○ Jean-Christophe Bailly, L'Ineffacé, brouillons, fragments, éclats, catalogue de l'exposition IMEC, Éditions de l'IMEC, 2016, 32€
Rédigé par Florence Trocmé le samedi 04 février 2017 à 10h01 dans Poezibao a reçu | Lien permanent
Stéphane Mallarmé et Maurice Ravel :
Poezibao propose aujourd’hui Trois poèmes de Mallarmé, mis en musique par Maurice Ravel.
00:00 - I. Soupir [à Igor Stravinsky]
04:22 - II. Placet futile [à Florent Schmitt]
08:55 - III. Surgi de la croupe et du bond [à Erik Satie]
Soliste : Anne Sofie von Otter (mezzo soprano)
Enregistrement de 1994, durée totale, 12’25. Lien de la vidéo. Bonne notice mais en anglais.
On peut suivre les textes sur la partition. Ou les trouver ici, Soupir, Placet futile, Surgi de la croupe et du bond
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 03 février 2017 à 14h52 dans Archives sonores | Lien permanent
Eric Pesty éditeur publie La Comédie des noms d’Emmanuel Fournier.
Giudecca Palanca – Redentore – Zitelle –
San Zaccaria (Jolanda)-
Les noms et les concepts, instruments au service d’un besoin : moins un besoin de connaissance qu’un besoin d’identification, en vue de prévisions et de manipulations. Quelle connaissance en effet par les noms (hormis les considérations d’identité d’ordre policier) ? Une certaine compréhension des sentiments et des émotions, une intelligence indéniable des « choses », tout à coup aptes à quelque intrigue. Un discernement authentique, indissociable de l’acte de dénomination, mais juste suffisant pour nos manœuvres.
Les noms et les nombres, comme outils de domination efficaces (du monde, des autres ou de soi-même), mais au prix d’une violence sur la réalité. Par supposition de l’existence de choses identifiables (dans l’usage même du nom et du nombre). Par réduction du divers à l’identique, du nouveau au déjà vu, de toute qualité à de l’égalité (Nietzsche encore). Par soumission à l’équivalence et au quantifiable. Par affaiblissement du devenir et du mouvement dans l’immobile. Par enfermement du réel dans des catégories. Par nivellement et par désespérance.
Quelle vérité ? Où donc une objectivité neutre ? Où une identité dans la mobilité universelle ? Où cela des choses ? Où des catégories de la substance et de la pensée ? Où des substrats et où une demeure ? Où une identité des choses à elles-mêmes derrière les changements ? Où, sinon dans nos rêves fantasques.
Rejet de l’originalité, imposition d’une vision commune, banale et rassurante du réel, en vue d’une possibilité de manipulation, en fonction de nos intérêts. Acquisition non d’une connaissance absolue des choses, mais d’une puissance sur les forces naturelles, d’une possibilité de domination, etc. Mais à quel prix ? Quelle place pour la qualité et le mouvement au bout de la réduction ? Des sortes de miracles ? Bons seulement pour l’élimination ? À la poubelle les couleurs et les sons ! Seules les longueurs d’onde et les fréquences ! Au rebut l’âme et l’esprit, et peut-être même la pensée (au risque de contradiction) ! Seuls les « états mentaux » observables et les images d’aires cérébrales ! Pas de regard en arrière, pas d’encombrantes vieilleries, pas de juxtaposition des anciennes et des nouvelles visions !
Désert et appauvrissement ! Seul soi, nous seuls, avec nos noms, nos chiffres, nos nombres et une législation de la raison valable universellement pour nous tous… Et quelle issue ? Refuge dans l’hyperspécialisation aveugle ou dans une histoire des idées, érudite mais loin de la vie urgente, et retrait dans un scepticisme stérile et sans danger ?
Emmanuel Fournier, La Comédie des noms, Eric Pesty éditeur, 2016, 40 p., 9€, p.18.
Intéressante et très complète fiche sur Emmanuel Fournier dans Wikipédia : « Emmanuel Fournier s’oriente en 1975 vers l'étude de la philosophie (université Paris I, EHESS, traductions) et du dessin (ateliers de la Ville de Paris, académie de la Grande Chaumière, transcriptions). Il suit des formations complémentaires en médecine « pour se plonger autrement dans les questions du corps et de l'humain » (faculté de médecine Pitié-Salpêtrière), mais aussi en mathématiques, électronique, informatique et neurosciences (université Paris VI - Pierre et Marie Curie), afin de tenter de comprendre en particulier les relations de la pensée à la matière et au cerveau. (…)
Il est l'inventeur de la méthode infinitive, une façon "non finie" de réfléchir et de penser qui s'appuie sur une langue dépouillée, toute en verbes, sans substantifs. Il l'utilise avec ironie et poésie pour déjouer les préjugés, les stéréotypes et les dogmatismes inscrits dans les modes de pensée et d'expression ordinaires et savants. La méthode infinitive et les méthodes développées de front en philosophie et en dessin visent à alléger les différentes entraves de la pensée et à dégager des possibilités plus ouvertes, plus actives, d'être, de faire et de vivre. »
Prière d’insérer de l’éditeur : « Dans La Comédie des noms, comme le titre de ce livre le suggère, l’auteur s’enjoint d’explorer tout de même le domaine des substantifs pour que cette catégorie grammaticale, suspendue jusqu’ici de l’écriture, ne restât pas non plus un impensé. C’est donc dans une langue nominale, qui fait abstraction résolument de tout verbe, et là encore parfaitement grammaticale, que La Comédie des noms se déploie, comme un antipode du projet général de l’auteur, ou encore : un gant retourné. »
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 03 février 2017 à 11h06 dans Agenda, liens, informations | Lien permanent
Le premier vers du livre installe un fond sombre : « J’écris parce que je vais disparaître ». Cela peut faire écho à l’adjectif « dernier » dans le titre, et laisserait attendre un livre – somme ou testamentaire. Et il y a un peu de cela tant le livre poursuit et varie des « gestes d’écriture » (pour reprendre une expression de J. Sacré) et des thèmes propres à A. Dreyfus depuis L’Amour 1, en 1993. Ce motif de la fin, comme horizon plus ou moins proche mais certain, est repris de façon incidente dans certains poèmes : « Le temps nous soulève dans ses mains / Nous serons jetés, mais comment ? » (p.14), « Même sans être engloutis par l’océan on sera engloutis » (p.76), « Qui sera dans la chambre quand nous aurons disparu ? » (p.79), « On ne rentre pas dans la mort on y disparaît » (p128)… Mais le rappel le plus insistant de cet arrière-plan sombre est produit par la série de citations isolées en pleine page, comme des poèmes autonomes et recensés comme tels dans la table des matières : « Pour ne pas mourir » (1 à 11). Dans cette série – leitmotiv, l’auteure cède la parole avec une générosité qui indique que si la poésie s’écrit avec les poètes qui nous ont précédés, elle s’écrit également avec les poètes d’aujourd’hui : à la fin du livre, en note, A. Dreyfus indique « p.58 et autres « Pour ne pas mourir » : les phrases de Patrick Dubost sont extraites de Cela fait-il du bruit ? (Voix éditions, 2005), phrases que j’ai proposées à des enfants en atelier d’écriture, enfants que je cite ici aussi. » (p.167)
Pourtant, Jaccottet dirait « Et, néanmoins », cette perspective de mort n’est pas la tonalité dominante du livre ; elle apparaît plutôt comme un contrepoint, une réalité à prendre en compte mais qui ne lève ni angoisse (« On peut toujours penser que l’on va vers la mort / Ce n’est pas la pensée la plus dévorante », p.47) ni questionnement métaphysique (« Le monde respire mieux sans Dieu », p.99). Ce qui importe, c’est la vie présente, simple (« Il suffit à chaque minute de rejoindre la suivante », p.82), et une aspiration au bonheur qui ne se dément pas, malgré la détresse ou les difficultés : « Les corps qui marchent vont bien trouver / Un peu de jour qui les désire » (p.47). A partir de là, on renoue avec une thématique qui est celle d’Ariane Dreyfus : l’enfance et la jeunesse, la rencontre amoureuse, la tendresse et l’intimité des corps… « Je découvre une graine dans la phrase / De tendresse / Soir après soir / Il y a une grande transparence / Du temps / Il suffit que ton bras me tienne fort / On passe » (p.49).
Sans que cela soit systématique, on retrouve également d’un poème l’autre l’alternance entre le couple lyrique habituel (« je / tu »), et une forme plus distanciée, « il / elle » , renvoyant à des personnages. Dans « Un chantier de poème », texte placé en annexe dans lequel l’auteure retrace de façon détaillée son travail sur le « Poème contre l’excision », elle écrit : « En général, je préfère passer par le narratif, pour la dynamique possible, et la présence de personnages. » (p.154) Nombre des poèmes du livre racontent des « scènes » vécues par des personnages de fiction dans des films ou des romans : une liste des « sources, si vives, d’inspiration » est donnée à la fin du volume (p.149). L’exemple le plus clair, parce qu’il scande le livre avec une dizaine de poèmes distincts des autres par l’emploi de l’italique et de la justification au centre, est celui du passage par Un cyclone à la Jamaïque, roman de Richard Hughes (1929) repris en film par Mackendrick en 1965. Pour d’autres poèmes, les « personnages » peuvent être issus de la vie réelle ou du monde du spectacle vivant (danse, cirque…). Cette variété d’origines n’empêche pas l’unité : elle tient à ce que l’auteure fait vivre ces personnages avec une telle proximité dans les sensations et émotions qu’ils perdent de leur extériorité et deviennent comme des doubles de la poète, lui permettant de varier l’approche d’une même gamme d’émotions en la plaçant dans des contextes très différents. Cette osmose ou porosité auteure / personnages est nette dans un passage du poème qui met en scène Angèle et Tony, couple de marins-pêcheurs : « Tony a avancé droit sur elle / Parmi les autres femmes / Alors ils ont eu leur fête / Un peu entortillée / Dedans, là où ils vivent // Donc, ça va / * / Moi aussi, je vais // Je ne sais pas quand / Le dernier poème / Je me penche au bord de / Chaque jour /* / Pour se couvrir Angèle enfile / Vite fait un pull »(p.134). Cette intrusion brève de l’auteure dans un poème à la 3° personne montre que le choix des personnages et des scènes n’est pas dû au hasard ou seulement esthétique ; il répond bien à une proximité émotionnelle, que cette familiarité soit de l’ordre du vécu, du rêvé ou, comme ici, de l’analogie : vivre « au bord ». C’est sans doute ce qui permet à Ariane Dreyfus d’évoquer avec autant de délicatesse les sensations ou les sentiments des personnages.
Si ce livre, plus que les précédents, est marqué par l’ombre de la mort, il n’en reste pas moins dans la ligne de vie et de poésie qui est celle d’A. Dreyfus : il faut continuer à vouloir vivre, être heureux, et saisir la beauté quand elle passe, même dans le minime : « Est beau ce qui respire. Est belle. » (p.105), « Les fleurs ternies / De la toile cirée si souvent épongée / Les carreaux rouges et verts / Du tablier jeté sur la chaise / Le pot ouvert la confiture brille » (p.67) … Et puis, après, « Va, poème, va » (p.61).
Antoine Emaz
Ariane Dreyfus, Le dernier livre des enfants, Flammarion, 2016, col. Poésie, 180 pages, 16 €
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 03 février 2017 à 10h17 dans Notes de lecture | Lien permanent
Après Logique de Melville & Logique de Claudel, après Tous des drogués, Claude Minière poursuit ses réflexions sur la littérature avec Logique de Lautréamont.
Pour respecter la mise en page du texte, en faciliter l'enregistrement ou l'impression, il est proposé en fichier PDF, à ouvrir par simple clic sur ce lien
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 01 février 2017 à 10h30 dans Cartes Blanches | Lien permanent